Examen du Lesotho au CRC : des experts saluent la loi sur la protection et le bien-être des enfants, et s’interrogent sur l’implication des acteurs communautaires dans la protection des droits de l'enfant
Le Comité des droits de l’enfant (CRC, selon l’acronyme en anglais) a examiné hier après-midi et ce matin le rapport présenté par le Royaume du Lesotho au titre de la Convention relative aux droits de l’enfant.
Présentant le rapport, M. Pitso Lesaoana, Ministre du genre, de la jeunesse et du développement social du Royaume du Lesotho, chef de la délégation, a notamment indiqué que, depuis le dernier dialogue avec le Comité, le Lesotho avait entrepris d’importantes réformes législatives, politiques et institutionnelles visant à renforcer la réalisation des droits de l’enfant. M. Lesaoana a ainsi mentionné le dixième amendement à la Constitution de 2025, porteur de dispositions transformatrices visant notamment à éliminer la discrimination à l’égard des filles, des enfants en situation de handicap, des enfants vivant avec le VIH, des orphelins et des enfants nés hors mariage.
En outre, le Gouvernement a réalisé des progrès substantiels dans la modernisation du cadre juridique relatif à la protection de l’enfance, a indiqué le Ministre, citant en particulier le projet de loi de 2023 portant modification de la loi sur la protection et le bien-être des enfants. Il s’agit là d’une étape importante vers le renforcement de la protection de l’enfance, de la participation des enfants, de la prise en charge alternative, des procédures d’adoption, du système de justice pour mineurs et de l’interdiction du mariage des enfants, a dit le Ministre.
M. Lesaoana a mentionné des progrès accomplis par le Lesotho dans la prévention des mariages précoces, dans l’accès aux services publics essentiels et dans la lutte contre l’abandon scolaire, ainsi que l’élaboration en cours d’un projet de politique de justice réparatrice et de justice pour mineurs.
La délégation était également composée, entre autres, de M. Richard Ramoeletsi, Ministre de la loi et de la justice du Lesotho, chef adjoint de délégation, et de nombreux autres représentants des Ministères des affaires étrangères, du genre, de la jeunesse et du développement social, ainsi que de la loi et de la justice.
Au cours du dialogue noué entre les experts membres du Comité et la délégation lesothane venue soutenir ce rapport, une experte a salué l'adoption très récente par le Sénat du Lesotho de la version révisée de la loi sur la protection et le bien-être des enfants, qui, a estimé l’experte, représente une avancée significative dans l'harmonisation de la législation nationale relative à la protection de l'enfant. Elle a aussi jugé positives les mesures législatives, institutionnelles et politiques prises par l'État pour appliquer la Convention relative aux droits de l'enfant et pour remédier aux différentes formes de vulnérabilité auxquelles sont confrontés les enfants.
L’experte a cependant regretté que le budget du Lesotho ne contienne pas de ligne spécifique à la protection et à la promotion des droits de l'enfant. Elle a aussi relevé qu’il demeurait, au Lesotho, un écart important entre les dispositions légales contre la discrimination et la réalité vécue par les enfants, en particulier ceux issus de groupes marginalisés : des informations parvenues au Comité font en effet état d’une discrimination persistante à l'encontre des filles enceintes dans le système scolaire, et de stigmatisation des enfants handicapés et des enfants atteints d’albinisme.
Une experte s’est émue d’informations faisant état de la libération sous caution d’un homme accusé d’avoir assassiné deux enfants dans le cadre de pratiques rituelles. Il a été demandé comment le Gouvernement impliquait les acteurs communautaires – chefs traditionnels, guérisseurs, leaders religieux – dans les actions de protection et de promotion des droits de l'enfant, dans un contexte où, a fait remarquer une experte, les pratiques traditionnelles néfastes trouvent leurs racines au sein des communautés et où ces acteurs communautaires sont incontournables pour y remédier.
Plusieurs experts ont demandé quelles stratégies le Gouvernement appliquait pour que les enfants qui vivent dans les zones rurales du Lesotho aient effectivement accès à l'éducation, à la santé, à la protection sociale, à la justice et à l'eau. D’autres questions ou préoccupations des experts ont porté sur l’enregistrement des naissances ou encore sur le taux élevé de grossesses précoces parmi les jeunes filles au Lesotho.
Le Comité adoptera ultérieurement, à huis clos, ses observations finales sur le rapport du Lesotho et les rendra publiques à l’issue de sa session, le 28 septembre.
Le Comité entamera l’examen du rapport du Timor-Leste cet après-midi à 15 heures.
Examen du rapport du Lesotho
Le Comité est saisi du document valant troisième à septième rapports périodiques du Lesotho (CRC/C/LSO/3-7), ainsi que des réponses du pays à une liste de points à traiter qui avait été soumise par le Comité.
Présentation
Présentant le rapport, M. PITSO LESAOANA, Ministre du genre, de la jeunesse et du développement social du Royaume du Lesotho, chef de la délégation, a indiqué que depuis le dernier dialogue avec le Comité, le Lesotho avait entrepris d’importantes réformes législatives, politiques et institutionnelles visant à renforcer la promotion, la protection et la réalisation des droits de l’enfant. M. Lesaoana a ainsi mentionné le dixième amendement à la Constitution de 2025, porteur de dispositions transformatrices visant notamment à éliminer la discrimination à l’égard des filles, des enfants en situation de handicap, des enfants vivant avec le VIH, des orphelins et des enfants nés hors mariage. L’amendement reconnaît en outre la langue des signes.
En outre, le Gouvernement a réalisé des progrès substantiels dans la modernisation du cadre juridique relatif à la protection de l’enfance, a indiqué le Ministre, citant en particulier le projet de loi de 2023 portant modification de la loi sur la protection et le bien-être des enfants, qui a été récemment adopté par le Sénat et transmis à l’Assemblée nationale pour approbation. Il s’agit là d’une étape importante vers le renforcement de la protection de l’enfance, de la participation des enfants, de la prise en charge alternative, des procédures d’adoption, du système de justice pour mineurs et de l’interdiction du mariage des enfants, a dit le Ministre.
Par ailleurs, des progrès législatifs ont été réalisés grâce à la promulgation de la loi de 2024 sur l’administration des successions et des héritages, qui abolit les pratiques successorales discriminatoires qui favorisaient traditionnellement le fils aîné. Le Gouvernement a adopté un large éventail de cadres politiques et opérationnels visant à renforcer les systèmes de protection de l’enfance et à améliorer la prévention des violations des droits de l’enfant et la réponse à celles-ci. M. Lesaoana a cité les Lignes directrices de 2024 relatives à la prévention de la violence sexiste et à la gestion des interventions, un Guide de la parentalité positive adopté en 2025, ou encore des Lignes directrices de 2025 relatives aux mécanismes harmonisés de signalement des cas relevant de la protection de l’enfance dans les écoles.
De plus, le Gouvernement a élaboré un Parcours d’orientation pour la protection de l’enfance destiné aux communautés, leur permettant d’identifier les risques en matière de protection de l’enfance et facilitant l’accès à des services de protection adaptés. En juillet 2026, le Ministère de la police, en partenariat avec des organisations non gouvernementales, a mené avec succès un projet pilote de mentorat destiné aux garçons, qui a bénéficié à 97 adolescents. Ce programme promeut le leadership, une masculinité positive et la résilience.
Depuis 2024, le Gouvernement a fait de la prévention et de la lutte contre la violence à l’encontre des enfants une priorité nationale et a réaffirmé sa détermination à éliminer toutes les formes de violence, de maltraitance, de négligence et d’exploitation dont sont victimes les enfants, a relevé le Ministre. Le Ministre a également insisté sur le fait que le Gouvernement continuait de renforcer la participation des enfants, reconnaissant que ceux-ci ne sont pas simplement des bénéficiaires de droits, mais des titulaires de droits dont les opinions doivent être respectées et prises en compte.
M. Lesaoana a fait état, d’autre part, de progrès dans la prévention des mariages précoces, dont le taux de prévalence a baissé de 23 % à 11 % ; dans l’accès aux services essentiels, le taux de couverture de l’enregistrement des naissances ayant atteint environ 81 %, grâce notamment au déploiement d’officiers d’état civil au sein des conseils communautaires ; ainsi que dans la lutte contre l’abandon scolaire, dont le taux est tombé, dans le premier cycle du secondaire, de 27 % à 19,8 % dans certaines communautés.
M. Lesaoana a mentionné d’autres progrès réalisés par le Lesotho dans les domaines de la santé, de la protection sociale et de la nutrition des enfants, ainsi que dans le domaine de la justice, avec l’élaboration d’un projet de politique de justice réparatrice et de justice pour mineurs.
Questions et observations des membres du Comité
Le Comité avait chargé une équipe spéciale (ou groupe de travail) composée de plusieurs de ses membres de procéder à l’examen du rapport du Lesotho : Mme Aissatou Alassane Sidikou, Mme Suzanne Aho, M. Philip Jaffé et Mme Faith Marshall-Harris.
Coordonnatrice de cette équipe, Mme Sidikou a salué l'adoption très récente par le Sénat du Lesotho de la version révisée de la loi sur la protection et le bien-être des enfants, qui, a estimé l’experte, représente une avancée significative dans l'harmonisation de la législation nationale relative à la protection de l'enfant. Elle a aussi jugé positives les mesures législatives, institutionnelles et politiques prises par l'État pour appliquer la Convention relative aux droits de l'enfant et pour remédier à toute forme de vulnérabilité.
L’experte a relevé que le cadre juridique actuel au Lesotho constituait une base de protection des droits des enfants, y compris la protection contre la discrimination. Elle a cependant regretté la faible mise en œuvre de cette législation, en raison notamment d’une faible mobilisation des ressources humaines et financières, d’une communication et d’une mobilisation très limitées des parties prenantes, et d’un manque de coordination.
L’experte a aussi relevé qu’il demeurait, au Lesotho, un écart important entre les dispositions légales contre la discrimination et la réalité vécue par les enfants, en particulier ceux issus de groupes marginalisés : des informations parvenues au Comité font en effet état d’une discrimination persistante à l'encontre des filles enceintes dans le système scolaire, et de stigmatisation des enfants handicapés et des enfants atteints d’albinisme.
L’experte a demandé où en était le processus d'harmonisation de la législation matrimoniale afin d'établir un âge minimum uniforme de 18 ans pour le mariage des filles et des garçons, et a voulu savoir si le pays disposait d'un système national numérisé de collecte de données sur les enfants. Mme Sidikou a regretté que le budget du Lesotho ne contienne pas de ligne spécifique à la protection et à la promotion des droits de l'enfant.
L’experte s’est émue de la libération sous caution signalée d’un homme accusé d’avoir assassiné deux enfants dans le cadre de pratiques rituelles.
Mme Sidikou a demandé comment, concrètement, le Gouvernement impliquait les acteurs communautaires – chefs traditionnels, guérisseurs, leaders religieux – dans les actions de protection et de promotion des droits de l'enfant, dans un contexte où, a fait remarquer l’experte, les pratiques traditionnelles néfastes trouvent leurs racines au sein des communautés et où ces acteurs communautaires sont incontournables pour y remédier.
Mme AHO a relevé les « progrès fulgurants » réalisés par le Lesotho en matière d’enregistrement des naissances grâce, notamment, à la distribution de matériel informatique aux agents de l’état civil. Elle s’est enquise de l’accès des communautés reculées à Internet et de l’enregistrement des naissances des garçons vivant dans les régions montagneuses et s’occupant de l’élevage.
Mme Aho a également demandé si le Parlement des enfants du Lesotho comprenait aussi des enfants nés dans les montagnes ; combien de familles bénéficiaient des subventions en espèces prévues par les programmes de lutte contre la pauvreté ; et si toutes les écoles du pays disposaient de l’eau potable.
Mme Aho, félicitant le Lesotho de consacrer 12 % de son budget national à la santé, a demandé quelle part de ce budget était consacrée aux travailleurs sociaux. L’experte a recommandé que le Lesotho adopte une politique pour éviter le départ, vers l’Afrique du Sud, de son personnel de santé spécialisé qualifié. Elle a aussi voulu savoir ce qu’il en était des services de santé mentale destinés aux enfants.
Mme Aho s’est enfin interrogée sur la prise en charge des jeunes vivant avec le VIH/sida – le taux de prévalence de cette maladie atteignant 28 % au Lesotho, a fait remarquer l’experte – de même que l’information dispensée aux adolescentes afin de prévenir les grossesses précoces.
L’experte a fait remarquer que le taux élevé de grossesses précoces parmi les jeunes filles au Lesotho s’expliquait par des viols et par le fait que les filles n'ont pas accès aux préservatifs. L’experte, relevant que l’État refusait de dépénaliser l’avortement, s’est interrogée sur le lien entre cette prise de position et les décès de jeunes filles liés à des avortements clandestins.
Pour sa part, M. JAFFÉ a salué les lois et politiques progressistes adoptées par le Lesotho en matière de lutte contre la violence à l’encontre des enfants et de protection des enfants handicapés. L’expert a cependant fait état de « preuves alarmantes » relatives à des violences sexuelles, des maltraitances et des cas d’exploitation à l’encontre d’enfants dans les foyers, les écoles et les communautés, souvent perpétrés par des personnes de confiance, y compris des parents, des enseignants et des soignants.
L’expert a fait part d’autres préoccupations relatives aux châtiments corporels et à certaines autres pratiques préjudiciables, telles que les mariages précoces, ainsi qu’à la stigmatisation dont sont toujours victimes les enfants atteints d’albinisme au Lesotho. M. Jaffé s’est par ailleurs interrogé sur les mesures prises par le Gouvernement en matière de placement d’enfants privés d’environnement familial.
Mme MARSHALL-HARRIS a, quant à elle, demandé pourquoi le Lesotho vendait de l’eau à l’Afrique du Sud alors même qu’il était confronté à des périodes d’intense sécheresse, lesquelles entraînent des pénuries d’eau potable et des difficultés d’accès à l’assainissement. La question environnementale est essentielle pour les enfants, qui hériteront du monde dans l’état où nous le leur laisserons, a souligné l’experte.
Mme Marshall-Harris a prié la délégation de donner au Comité des informations sur l’accès des enfants migrants aux services de santé et à l’éducation.
De nombreux enfants au Lesotho entrent dans le monde du travail dès l’âge de 13 ans, a par ailleurs regretté l’experte.
Mme Marshall-Harris a fait part, par ailleurs, de préoccupations relatives à l’insuffisance de la prise en charge de la petite enfance au Lesotho ; au fait que l’éducation secondaire n’est pas gratuite dans le pays ; et à des carences en matière d’éducation inclusive. L’experte a recommandé que le Lesotho augmente l’âge de la responsabilité pénale à 14 ans au moins.
Une autre experte membre du Comité a demandé si les enfants du Lesotho, en attendant la création d’une institution nationale de droits de l’homme, pouvaient déposer plainte directement auprès du Médiateur lesothan, sans devoir passer par un adulte.
Plusieurs experts ont demandé quelles stratégies le Gouvernement appliquait pour que les enfants qui vivent dans les zones rurales du Lesotho aient effectivement accès à l'éducation, à la santé, à la protection sociale, à la justice et à l'eau.
Réponses de la délégation
La délégation a indiqué que le mariage de mineurs était désormais considéré comme une infraction par le droit civil, et que la pratique coutumière autorisant l’union de jeunes filles de 16 ans avait été interdite par un amendement à la loi.
La délégation a précisé que le Gouvernement avait lancé des initiatives destinées à former les différents ministères à la manière de gérer les financements publics pour renforcer la protection de l’enfance. Avec le soutien de l’UNICEF, le Gouvernement a consacré 14 millions de dollars des États-Unis à un éventail de domaines relatifs à la protection des enfants, notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation.
Les autorités sont en train de mettre au point un système de gestion de l’information dont l’objectif est notamment la numérisation de la collecte de statistiques, a aussi fait savoir la délégation.
De même, le Gouvernement est en train d’élaborer une politique relative au bien-être de l'enfant, politique qui devrait l’aider à amender la politique sociale qui est arrivée à échéance récemment.
Malgré les contraintes budgétaires auxquelles le Lesotho est confronté, d’importants progrès ont été accomplis en matière d’accès à la justice, a ensuite précisé la délégation. En particulier, le nombre de tribunaux pour mineurs a été porté à six et les procureurs ont été formés pour pouvoir traiter les affaires impliquant des enfants handicapés. De plus, des tribunaux ont été décentralisés dans le nord et le sud du pays pour résorber les retards dans le traitement des affaires.
Concernant la lutte contre la discrimination, a poursuivi la délégation, le dixième amendement à la Constitution adopté récemment reconnaît la langue des signes et deux langues vernaculaires en tant que langues officielles du Lesotho. Cet amendement sera complété par des initiatives destinées à remédier aux inégalités dont sont victimes les enfants historiquement défavorisés, a ajouté la délégation, notamment les enfants atteints d'albinisme, les enfants handicapés et les enfants issus de minorités.
La délégation a mentionné d’autres mesures contre la discrimination, telles que la diffusion d’émissions télévisées en langue des signes, accessibles aux enfants, pour éradiquer la discrimination dans l'accès à l'information, ou encore l’introduction d’aménagements dans le système judiciaire pour répondre aux besoins des enfants handicapés.
Les autorités, qui ont instauré une Journée de l’albinisme, veillent à ce que les enfants concernés soient protégés, a aussi fait savoir la délégation. Le Gouvernement applique les recommandations formulées par l’Experte indépendante sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes atteintes d’albinisme au terme de sa visite dans le pays (en 2024).
D’autres questions des experts ayant porté sur la manière dont le Lesotho prenait en compte l’intérêt supérieur de l’enfant, il a été précisé que cette notion était ancrée dans la loi sur la protection et le bien-être de l'enfant. L’intérêt supérieur de l’enfant fait ainsi l’objet d’une évaluation systématique avant toute décision, administrative ou judiciaire, en matière de garde, d’adoption et de placement en institution.
S’agissant de l’assassinat des deux enfants évoqué par Mme Sidikou, la délégation a indiqué que l’affaire faisait toujours l’objet d’une enquête et que l’homme accusé n’avait pas bénéficié d’une libération sous caution. Le Gouvernement prend des mesures pour que de tels crimes odieux ne se reproduisent pas ; il sensibilise les communautés par des campagnes médiatiques et déploie des programmes de protection de l'enfance par le biais de structures communautaires dotées de travailleurs sociaux.
Depuis 2016, les châtiments corporels ne sont plus autorisés au Lesotho, y compris dans les centres correctionnels. Cette pratique persistant cependant dans certaines familles, le Gouvernement sensibilise les communautés et les parents à l’utilisation d’autres mesures de discipline.
Le Gouvernement s’efforce d’abolir les châtiments corporels par le biais d’un projet de loi, a ajouté la délégation. Le Gouvernement diffuse de plus, depuis juillet 2025, des directives concernant l’éducation positive. Les retours sur ces directives reçus de la part des parents, des enseignants, des soignants et des membres des équipes communautaires de protection de l'enfance sont positifs : ces directives et les formations qui les accompagnent leur ont permis de comprendre l'importance de contrer les mauvais traitements à l'égard des enfants.
Aux termes du projet de loi sur le bien-être et la protection de l’enfance, le fait de ne pas enregistrer la naissance d’un enfant sera considéré comme un crime, a indiqué la délégation.
Certaines communautés reculées montagneuses se heurtent toujours à des difficultés concernant l'accès à Internet et à l'électricité, a admis la délégation, raison pour laquelle le Gouvernement a adopté nombre de mesures pour s'assurer que tous les enfants, indépendamment de leur lieu d'habitation, ont accès au service d'enregistrement des naissances, a-t-elle ajouté. Des certificats de naissance imprimés sont remis aux familles.
Les jeunes des dix districts – tant urbains que ruraux – que compte le pays élisent eux-mêmes leurs représentants au Parlement des enfants du Lesotho, qui se réunit dans la capitale, Maseru, a-t-il été précisé. Les enfants handicapés, de même que les enfants détenus, sont aussi représentés au sein du Parlement. Les enfants ont décidé que la session de 2026 du Parlement porterait sur la protection de la jeunesse.
La délégation a précisé, par ailleurs, que le Gouvernement était conscient du fait qu'il doit améliorer les services d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Les autorités assurent aujourd’hui un taux d’approvisionnement en eau de 82 % dans les zones urbaines et de 76 % dans les zones rurales ; elles entendent passer à 90 % en 2029. Le Gouvernement œuvre inlassablement pour assurer l'accès à l'eau et à l'assainissement dans les écoles, a assuré la délégation.
S’agissant de l’âge de la responsabilité pénale, fixé à 7 ans au Lesotho, la délégation a indiqué que, selon la loi, il est présumé que les enfants de 7 à 14 ans n'ont pas la capacité de distinguer le bien du mal. Pour engager des poursuites pénales contre un enfant de cet âge, il faut montrer au-delà de tout doute raisonnable que l’enfant disposait de cette capacité d’appréciation au moment de la commission des faits.
S’agissant du travail des enfants, la loi prévoit qu'un jeune peut être employé uniquement s’il est âgé de plus de 15 ans et que l'emploi n'a pas d'incidence préjudiciable sur sa scolarité. Les enfants de 13 à 15 ans peuvent accomplir certains travaux légers à l'école ou dans des établissements similaires, uniquement lorsque l'emploi en question a été autorisé par le département de l'éducation.
La délégation a ensuite décrit le système de comités villageois de justice pour mineurs appliqué au Lesotho, parallèlement au système judiciaire ordinaire. Actuellement, il y a 78 comités, dont le rôle consiste à favoriser la réconciliation entre les victimes d’infractions et les mineurs qui en sont les auteurs, tout en prenant également en charge les mineurs victimes d’infractions. Ces comités sont composés de dix membres, dont quatre enfants. Ce système est conforme à la Convention puisqu'il est favorable aux procédures judiciaires alternatives et favorise la participation de l'enfant, a estimé la délégation.
Les retards apportés dans la création d’une institution nationale de droits de l’homme au Lesotho sont liés à des processus législatifs complexes, notamment le dixième amendement à la Constitution, et non à un manque de volonté politique, a assuré la délégation en réponse à d’autres questions des experts. En l’état, il existe des mécanismes qui permettent aux enfants de porter plainte en toute confidentialité, notamment par l’intermédiaire d’une ligne d’appel gratuite, a dit la délégation.
Le Gouvernement applique des stratégies de fidélisation pour remédier au problème du départ de personnels de santé qualifiés, notamment d’infirmières, a indiqué la délégation.
S’agissant de la santé mentale des jeunes, et en particulier du problème de l’abus de substances, qui constitue une préoccupation nationale, la délégation a indiqué que le Gouvernement avait adopté de nombreuses initiatives de prévention axées sur la famille et la communauté, sur des activités communautaires constructives et sur la sensibilisation à l’école, outre l’action de la police. L’objectif est de faire face aux dangers immédiats auxquels les jeunes sont confrontés et de les guider en même temps vers l’espoir et la dignité.
Le Lesotho a par ailleurs renforcé sa réponse contre le VIH/sida pour les enfants, les adolescents et les jeunes, grâce notamment à des dépistages, à l'éducation complète en matière de sexualité, à une prophylaxie avant l'exposition, et à des programmes communautaires et de sensibilisation entre pairs, surtout pour les adolescentes et les jeunes filles. Le Gouvernement soutient aussi l'accès aux antirétroviraux et aux soins pédiatriques, notamment grâce à des infrastructures de santé pour les communautés rurales.
La délégation a indiqué que l’on ne recensait plus de mutilations génitales féminines dans le pays.
La délégation a aussi précisé que le Gouvernement avait accepté quatre recommandations adressées au Lesotho à l'occasion de son quatrième Examen périodique universel (EPU), visant à assurer une reconnaissance juridique du genre et des personnes LGBTQI, y compris des enfants LGBTQI, dans les documents officiels.
Répondant à une autre préoccupation exprimée par des experts, la délégation a indiqué que la situation des enfants en situation de rue constituait une priorité de l’exercice fiscal 2026-2027. Le Gouvernement a mené des consultations avec des organisations qui travaillent avec les enfants des rues et a élaboré, sur cette base, un programme d’action qui sera bientôt mis en œuvre.
La délégation a donné d’autres explications sur les stratégies de protection de l’environnement et de réduction des risques de catastrophe déployées par le Gouvernement dans les communautés, ainsi que sur les activités destinées à favoriser les loisirs, le jeu et le sport au profit des enfants.
La délégation a souligné que des consultations étaient en cours au sein des communautés, avec toutes les parties prenantes, en vue de faire évoluer la loi relative à l’avortement.
Enfin, la délégation a indiqué que l’éducation secondaire au Lesotho était gratuite uniquement pour les enfants de familles vulnérables.
Remarques de conclusion
M. RICHARD RAMOELETSI, Ministre de la loi et de la justice du Lesotho, a assuré que son Gouvernement œuvrerait sans relâche pour renforcer les mesures générales de mise en œuvre de la Convention, notamment en intensifiant les efforts visant à prévenir le mariage des enfants et les grossesses précoces chez les adolescentes. Le Gouvernement accordera en outre une attention renouvelée à l’amélioration des infrastructures des services sociaux et continuera à autonomiser les enfants par le biais de l’éducation civique, afin qu’ils puissent acquérir une compréhension plus complète de leurs droits et de leurs responsabilités, y compris dans l’espace numérique en constante évolution, a conclu le Ministre.
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