Fil d'Ariane
Au Conseil, Guterres alerte sur une « dangereuse érosion » de l’ordre international

S’exprimant lors d’un débat ministériel du Conseil convoqué par la Chine, consacré à la défense de la Charte des Nations Unies et au renforcement du multilatéralisme, M. Guterres a décrit la Charte de l’ONU comme « un guide de survie pour l’humanité », tout en soulignant que ses principes fondamentaux subissent aujourd’hui « de profondes tensions » dans un contexte de multiplication des conflits et d’aggravation des rivalités géopolitiques.
« Nous faisons face aujourd’hui au plus grand nombre de conflits depuis la création des Nations Unies », a-t-il déclaré devant les ministres et diplomates réunis au Conseil, où plus d’une centaine de pays devaient prendre la parole lors de ce débat présidé par le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi.
La réunion intervient alors que les inquiétudes grandissent quant à l’avenir du multilatéralisme et face aux tensions croissantes entre grandes puissances autour de l’interprétation et de l’application du droit international.
Une remise en cause du droit international
Le chef de l’ONU a mis en garde contre « une dangereuse érosion du respect du droit international », affirmant que des principes fondamentaux comme la souveraineté des États, l’intégrité territoriale et l’interdiction du recours à la force sont aujourd’hui « contestés ou ignorés ».
« Les violations restent sans réponse. L’impunité se propage », a-t-il dénoncé.
Le Secrétaire général a évoqué une série de crises mondiales interconnectées mettant à l’épreuve la résilience du système international mis en place après la Seconde Guerre mondiale.
Parmi les défis cités figurent la méfiance géopolitique grandissante, l’augmentation des dépenses militaires, l’intelligence artificielle et les armes autonomes, les attaques contre les droits humains, l’aggravation des inégalités et la crise climatique.
« Ces sept défis sont liés entre eux », a-t-il expliqué. « Et ils mettent à l’épreuve la résilience même de la Charte ».
Un Conseil de sécurité divisé
António Guterres a également estimé que les divisions au sein du Conseil de sécurité affaiblissent sa capacité à répondre efficacement aux crises mondiales.
« Trop souvent, ce Conseil ne parvient pas à agir avec unité et détermination », a-t-il déclaré. « Lorsque le Conseil de sécurité est divisé, les conséquences se font sentir bien au-delà de cette salle ».
Le Secrétaire général a évoqué les guerres en cours et les tensions croissantes en Ukraine, au Moyen-Orient et au Soudan, mettant en garde contre tout risque d’escalade supplémentaire.
Il s’est dit « profondément préoccupé » par la récente annonce russe évoquant des frappes « constantes et systématiques » contre des cibles militaires ukrainiennes, après des informations faisant état d’une attaque de drones ukrainiens contre un bâtiment universitaire et un dortoir à Starobilsk, dans un territoire occupé par la Russie.
« Plus que jamais, il est impératif d’éviter toute escalade dans un conflit qui a déjà infligé un tribut dévastateur aux civils », a-t-il insisté.
M. Guterres a également mentionné l’extension annoncée des opérations israéliennes au Liban, les violations persistantes du cessez-le-feu à Gaza ainsi que les incertitudes entourant les négociations entre les États-Unis et l’Iran.
Une course mondiale aux armements
Au-delà des conflits, le chef de l’ONU a dénoncé une course mondiale aux armements qu’il juge déstabilisatrice, alors même que les financements destinés au développement et à l’aide humanitaire diminuent.
« Les dépenses militaires mondiales atteignent des niveaux records, tandis que les armes meurtrières deviennent moins coûteuses à produire et que les ressources consacrées au développement et à l’aide humanitaire sont réduites », a-t-il déclaré.
Au cœur de son intervention figurait également un appel à restaurer la confiance dans les institutions multilatérales par la diplomatie, la responsabilité et les réformes.
Le Secrétaire général a exhorté les États membres à investir davantage dans la prévention des conflits et la médiation, à appliquer le droit international « sans sélectivité » ni « deux poids, deux mesures », et à réformer les institutions mondiales afin qu’elles reflètent les réalités géopolitiques actuelles.
« Les institutions mondiales doivent refléter les réalités d’aujourd’hui — et non celles de 1945 », a-t-il affirmé, qualifiant l’absence de représentation permanente africaine au Conseil de sécurité « d’injustice historique » qui mine la légitimité et l’efficacité de l’organe.
António Guterres a conclu par un appel direct aux membres du Conseil à dépasser les discours pour agir collectivement en faveur de la paix et de la sécurité internationales.
« Le monde observe — et exige des actes, pas seulement des paroles », a-t-il déclaré.
Consultez ci-dessous les différentes interventions, couvertes par l’équipe de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies.