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Exode massif au Liban à cause des bombardements israéliens

Des membres d'une famille se reposent dans une rue de Beyrouth, au Liban, après avoir fui leur maison en raison d'un ordre d'évacuation.
© Unicef/Dar al-Mussawir
Des membres d'une famille se reposent dans une rue de Beyrouth, au Liban, après avoir fui leur maison en raison d'un ordre d'évacuation.
Alors que le Liban est soumis à d’intenses bombardements israéliens depuis une semaine en riposte à une attaque du Hezbollah, des centaines de milliers ont été déplacées par le conflit, a indiqué lundi une agence des Nations Unies. 

Le conflit a éclaté la semaine dernière, lorsque le Hezbollah a lancé une attaque à la roquette contre Israël en représailles à l'assassinat du dirigeant iranien Ali Khamenei, tué par Israël lors des premiers bombardements de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Depuis, l'armée israélienne a riposté par une escalade militaire au Liban.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, les nouveaux déplacés s’ajoutent aux dizaines de milliers de personnes déjà déracinées lors des escalades militaires précédentes au Liban.

Un précédent bilan fourni dimanche par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) faisait état de 517.000 déplacés recensés auprès du ministère des Affaires sociales, dont plus de 117.000 hébergés dans des centres d’accueil.

Selon les agences humanitaires, le nombre réel de personnes contraintes de quitter leur domicile pour se réfugier ailleurs est probablement bien plus élevé.

Des voitures chargées de bagages et de biens d'autrui attendent dans une file d'attente au point frontalier de Masnaa au Liban, alors que des gens fuient le conflit et les bombardements israéliens pour traverser la Syrie.
© UNHCR
Des personnes au point de passage frontalier de Masnaa, au Liban, en attendant de passer en Syrie.

Ordres d’évacuation israéliens

Ces derniers mouvements de populations interviennent alors que le Liban continue d’être pris pour cible par Israël. Selon les rapports des médias, l’aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Dans l’est du Liban, près de la frontière syrienne, des combats sont également signalés près du village de Nabi Chit.

Ces mouvements interviennent alors que les ordres de déplacement se multiplient dans plusieurs zones. 

Outre l’ordre émis pour un quartier de la ville de Tyr, Israël a également renouvelé son ordre de déplacement forcé pour toute la zone située au sud du fleuve Litani pour la troisième fois depuis le début de l’escalade, et pour la banlieue sud de Beyrouth pour la deuxième fois.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), ces mesures émises par Israël ces derniers jours, combinés à l’intensification des frappes aériennes dans plusieurs gouvernorats, représentent « un tournant humanitaire important, provoquant le déplacement de centaines de milliers de personnes ».

Des déplacés vivent dans la rue et leurs véhicules

Sur le terrain, les maisons, les bâtiments municipaux et les écoles de certaines communautés sont déjà pleins. Les personnes déplacées arrivant des zones touchées cherchent refuge dans des sites collectifs officiels ou trouvent un abri auprès de leurs proches, de leur famille élargie et d’autres sources d’aide communautaires. 

Mais des « centaines de déplacés » seraient contraints de « rester dans leurs véhicules » ou se seraient « rassemblés le long des routes » dans le gouvernorat de Beyrouth, tout en continuant à chercher des abris sûrs ». « Des familles déplacées vivent ainsi dans la rue et dorment dans leur voiture, les conditions météorologiques étant difficiles, en particulier pour les enfants pendant la nuit », a détaillé l’OCHA dans son dernier rapport. 

Cette précarité des déplacés sur les routes du gouvernorat de Beyrouth reflète également les difficultés pour les organisations humanitaires à atteindre les zones les plus touchées. Selon l’OCHA, la situation sécuritaire actuelle entrave considérablement l’accès humanitaire aux villages frontaliers. « Les communautés frontalières du sud du Liban restent largement inaccessibles en raison des opérations militaires en cours ».

Plus de 10 enfants tués par jour

Les difficultés d’accès humanitaire aggravent la vulnérabilité des enfants face aux combats en cours. Selon l’UNICEF, au moins 83 enfants ont été tués et 254 blessés depuis le 2 mars, date à laquelle les hostilités se sont intensifiées. 

En moyenne, plus de 10 enfants ont été tués chaque jour au Liban au cours de la semaine dernière, et environ 36 enfants ont été blessés chaque jour.

Au cours des 28 derniers mois, 329 enfants auraient été tués au Liban et 1 632 blessés. Au cours des six derniers jours seulement, le nombre d’enfants tués a augmenté de 25 %, avec un chiffre dévastateur de 412 enfants tués.

« Ces chiffres sont stupéfiants. Ils témoignent de manière frappante des conséquences du conflit sur les enfants. Alors que les frappes militaires se poursuivent dans tout le pays, les enfants sont tués et blessés à un rythme effrayant, les familles fuient leurs maisons dans la peur et des milliers d’enfants dorment désormais dans des abris froids et surpeuplés », a déclaré, dans un communiqué, Edouard Beigbeder, directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

L’ONU apporte une aide humanitaire

Face à une situation humanitaire qui « se détériore très rapidement », l'ONU apporte son aide, a souligné lundi le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors d'un point de presse. « Malgré des ressources limitées, nous intervenons avec nos partenaires, mais nous avons besoin d'un soutien international urgent pour répondre aux besoins croissants ».

Des repas chauds, des couvertures et des produits d'hygiène ont été distribués, ainsi que de l'eau et plus de 80 000 litres de carburant à des dizaines de milliers de personnes déplacées. Un soutien psychosocial et des solutions d'éducation alternatives sont également proposés aux enfants, a-t-il précisé.

« Une désescalade immédiate est indispensable », a déclaré le porte-parole.

La Coordonnatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a entamé lundi une visite officielle en Israël. Elle doit rencontrer de hauts responsables israéliens pour des discussions.

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« Bien que cette visite ait été planifiée de longue date, son opportunité est évidemment cruciale. Nous continuons d'appeler toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et à protéger les civils, les infrastructures sanitaires et le personnel humanitaire. Elles doivent également garantir un accès sûr et durable à l'aide humanitaire pour toutes les personnes qui en ont besoin », a dit M. Dujarric.

Casques bleus blessés

Au cours d’un incident la semaine dernière, trois Casques bleus ghanéens de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) ont été blessés lors d'échanges de tirs nourris. Le Casque bleu grièvement blessé, le caporal Albert Abrefa Busia, est soigné dans un hôpital de Beyrouth et son état est stable. Ses deux collègues, légèrement blessés, ont été pris en charge sur place.

Une enquête de l'ONU est en cours afin de déterminer les circonstances exactes de l'incident. « Nous insistons sur le fait que la sécurité du personnel et des biens de l'ONU doit être respectée en toutes circonstances et que les responsables doivent rendre des comptes. L'inviolabilité des locaux de l'ONU doit toujours être respectée », a dit M. Dujarric.

Au cours du week-end, les Casques bleus de la FINUL ont continué d'observer des échanges de tirs, notamment des tirs de roquettes vers Israël et des frappes aériennes et bombardements israéliens dans leur zone d'opérations. Les Casques bleus ont également observé des incursions de l’armée israélienne au Liban.