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En Libye, une transition politique toujours introuvable

Un migrant dans la cour d'un centre de détention à Al Khoms, en Libye (photo d'archives).
© UNICEF/Alessio Romenzi
Un migrant dans la cour d'un centre de détention à Al Khoms, en Libye (photo d'archives).
Institutions fracturées, économie à bout de souffle, transition politique au point mort : la Libye s’enlise dans une crise qui ne fragilise plus seulement ses institutions mais atteint désormais l’ensemble du tissu social.

« La situation en Libye se détériore sur de nombreux fronts », a constaté mercredi l’envoyée de l’ONU dans le pays, Hanna Tetteh, devant le Conseil de sécurité.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, le pays vit au rythme d’une fragmentation politique persistante. Deux autorités rivales – le gouvernement d'union nationale à Tripoli, reconnu par l’ONU, et l'Armée nationale libyenne à l’Est, bâtie autour du maréchal Khalifa Haftar – continuent de se disputer les rênes du pouvoir, retardant l’organisation d’élections nationales pourtant promises depuis des années. 

Une justice menacée de scission

Hanna Tetteh, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies et chef de la mission de soutien des Nations unies en Libye, s'exprimant lors d'un briefing du Conseil de sécurité.
UN Photo/Eskinder Debebe
Hanna Serwaa Tetteh, Cheffe de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye, informe le Conseil de sécurité de la situation dans le pays.

Le risque d’une division durable des institutions judiciaires inquiète particulièrement l’ONU. Entre décisions contradictoires, juridictions parallèles et batailles d’influence, l’architecture juridique, longtemps restée un des rares éléments relativement unifiés du pays, vacille.

« C’est une ligne rouge : si elle est franchie, elle peut compromettre l’unité de l’État », a averti Mme Tetteh, appelant les dirigeants libyens à éviter toute escalade.

Selon la responsable, qui dirige la mission politique des Nations Unies dans le pays (MANUL), cette désagrégation institutionnelle nourrit un cercle vicieux. En affaiblissant la gouvernance, elle alimente la défiance populaire et complique à son tour davantage toute transition politique.

Une économie sous tension, une société sous pression

Sur le terrain économique, la situation se dégrade rapidement. La dévaluation du dinar, l’inflation, les pénuries de carburant et la hausse du coût de la vie accentuent la frustration sociale dans un pays pourtant riche en hydrocarbures.

Selon l’ONU, près d’un tiers des Libyens vivraient désormais sous le seuil de pauvreté, tandis que la majorité des dépenses publiques continue d’être absorbée par les salaires et les subventions, laissant peu de marges pour l’investissement ou la reconstruction.

Cette fragilité économique alimente aussi les réseaux criminels transnationaux. Le trafic d’armes, de drogue ou d’êtres humains prospèrent dans un contexte de frontières poreuses et d’institutions fragmentées. Un rapport de l’ONU publié lundi décrit notamment une véritable « machine » d’exploitation des migrants, faite d’enlèvements, de détentions arbitraires, de violences sexuelles à l’encontre des femmes et d’extorsions.

Vue large de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la situation en Libye, avec des délégués assis autour d'une grande table circulaire.
UN Photo/Eskinder Debebe
Réunion du Conseil de sécurité sur la situation en Libye.

Une paix fragile, une colère latente

Du côté de la société civile, le diagnostic est tout aussi sombre. Ahmed Albibas, fondateur de Hive Orgs et représentant d’une organisation de jeunes à Tripoli, résume l’aspiration dominante : « Un seul État, pas des entités rivales ; une armée nationale qui protège les frontières, pas des groupes armés qui protègent des intérêts ».

Malgré le cessez-le-feu conclu en 2020 entre le gouvernement d'union nationale et l'Armée nationale libyenne, les armes restent omniprésentes et la confiance envers les institutions demeure fragile. « Le silence des armes ne signifie pas une paix durable tant que les armes restent répandues, que les institutions restent divisées et que des légitimités “temporaires” deviennent permanentes », a prévenu le jeune Libyen.

La lassitude gagne une population confrontée aux coupures d’électricité, à la flambée des prix et à l’absence de perspectives politiques claires. « Le peuple libyen bout sous la surface », a alerté M. Albibas. «  Nous ne savons pas quand ni comment il pourrait exploser à nouveau ».

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© UNICEF
Des jeunes filles lybiennes suivent des cours dans un centre scolaire soutenu par l'UNICEF en Libye.

Sortir de la gestion de crise

Pour lui comme pour l’ONU, la clé reste politique. « La seule voie à suivre est une solution politique qui rassemble les Libyens », a insisté Hanna Tetteh.

Encore faut-il qu’un compromis crédible émerge entre des institutions concurrentes et des acteurs armés toujours influents. Faute de quoi, préviennent diplomates et observateurs, la Libye risque de rester coincée dans un entre-deux instable – ni guerre ouverte, ni véritable paix.

Ahmed Albibas a formulé l’enjeu en termes simples : « Aidez-nous à passer de la “gestion de la crise” à la “construction de l’État” pour tous les Libyens, pas seulement pour les privilégiés ».

Un horizon encore incertain pour un pays où, 15 ans après la révolution, l’État reste largement à reconstruire.