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« Comme dans un film d’horreur » : des crimes de guerre ont été commis lors de la prise d'El Fasher

De nombreuses familles soudanaises ont fui les combats à El Fasher et vivent désormais dans un camp de personnes déplacées à Zalingi, dans l’ouest du Darfour.
© UNICEF/Rogier van Zeventer
De nombreuses familles soudanaises ont fui les combats à El Fasher et vivent désormais dans un camp de personnes déplacées à Zalingi, dans l’ouest du Darfour.
Les violations commises par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) lors de la prise de la ville d’El Fasher, dans la région soudanaise du Darfour, constituent des « crimes de guerre » et pourraient également relever de « crimes contre l’humanité », selon un rapport du Bureau des droits de l’homme de l’ONU publié vendredi.

Le document insiste sur la nécessité d’enquêtes « crédibles » devant aboutir à une reddition des comptes pour ces « crimes exceptionnellement graves ».

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) décrit « une vague intensive de violences choquante dans sa dimension et son intensité ». Plus de 6.000 décès ont pu être vérifiés pendant l’offensive, après 18 mois de siège. Trois personnes sur quatre ont été tuées à El Fasher, et un quart alors qu’elles fuyaient dans la région.

« Parmi ces victimes, au moins 4.400 personnes ont été tuées à El Fasher au cours des trois premiers jours de l’offensive et plus de 1.600 autres le long des voies de sortie », précise le rapport, qui souligne toutefois que le bilan réel est « significativement plus important ».

« Les violations gratuites perpétrées par les FSR et les milices arabes alliées lors de l’offensive finale sur El Fasher soulignent que l’impunité persistante alimente des cycles de violence continus », a déclaré le Haut-Commissaire Volker Türk.

Une femme déplacée passe des cendres et des biens brûlés dans un camp au Soudan à la suite d'un conflit et d'un incendie, soulignant la crise humanitaire.
© UNICEF/Mohammed Jamal
Une femme fouille les restes brûlés de son abri dans un camp de déplacés au Darfour, au Soudan.

Massacres, violences sexuelles et exécutions sommaires

Le rapport documente des attaques à grande échelle, notamment des massacres et des exécutions sommaires, des violences sexuelles, des enlèvements contre rançon, des actes de torture, des détentions, des disparitions, des pillages, ainsi que l’utilisation d’enfants dans les hostilités.

Dans de nombreux cas, les civils auraient été visés en raison de leur appartenance ethnique ou de leur affiliation présumée.

Selon l’ONU, ces abus graves rappellent ceux déjà documentés lors des offensives contre le camp de Zamzam en avril 2025, ainsi qu’à El Geneina et Ardamata en 2023. Pris ensemble, ils suggèrent une attaque systématique contre la population civile au Darfour, susceptible de constituer des crimes contre l’humanité.

Une famille déplacée se rend dans un centre de santé à Tawila, au Darfour du Nord. © UNFPA
Une famille déplacée se rend dans un centre de santé à Tawila, au Darfour du Nord. © UNFPA

« Comme dans une scène de film d’horreur »

Des témoins ont livré des récits concordants d’un incident survenu le 26 octobre, au cours duquel environ 500 personnes auraient été tuées lorsque des combattants des FSR ont ouvert le feu avec des armes lourdes sur une foule réfugiée dans le dortoir Al-Rashid de l’Université d’El Fasher. L’un d’eux dit avoir vu des corps projetés en l’air, « comme dans une scène de film d’horreur ».

Le rapport fait également état d’exécutions sommaires de civils accusés de « collaboration », souvent sur la base de leur appartenance ethnique non arabe, notamment parmi la communauté zaghawa. Les adolescents et les hommes de moins de 50 ans auraient été particulièrement visés.

Des enlèvements généralisés contre rançon auraient aussi eu lieu alors que les civils tentaient de fuir, dans ce qui apparaît comme un schéma systématique. Plusieurs milliers de personnes restent par ailleurs portées disparues.

Face à ce sombre tableau, le HCDH réitère son appel au respect de l’embargo sur les armes en vigueur, afin de mettre fin aux transferts d’armes et de matériel militaire aux parties au conflit.

« Dans une crise humanitaire de cette ampleur, les droits de l’homme doivent rester au cœur des efforts visant à trouver une solution durable », conclut M. Türk.