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Au Darfour, sauver un enfant relève d’un périple de plusieurs jours

Au Soudan, des dizaines de milliers de personnes ont fui les violences au Darfour et au Kordofan.
© UNOCHA/ Mohamed Galal
Plusieurs milliers de personnes ont fui les violences à El Fasher et le Kordofan
Au cœur de la ville soudanaise de Tawila, des centaines de milliers d’enfants survivent dans des camps improvisés faits de bâtons et de bâches en plastique, après avoir fui des violences indicibles. Selon l’UNICEF, chaque intervention dans cette partie du Darfour exige des jours de négociations, d’autorisations sécuritaires et de déplacements périlleux sur des routes sablonneuses, au milieu de lignes de front mouvantes — un parcours difficile, mais indispensable à leur survie.

Dans ce contexte extrême, chaque opération humanitaire est complexe et fragile : rien n’est simple, chaque déplacement est ardu, chaque livraison incertaine.

Face à ces contraintes, chaque geste compte et chaque intervention, aussi fragile soit-elle, peut faire la différence pour les enfants pris au piège de la crise. 

Une jeune fille en chemise rouge creuse des trous dans la terre sèche pour créer un abri pour sa famille dans un camp de déplacés à Tawila, au Soudan, à la suite de la violence à Al Fasher.
© UNICEF/Mohammed Jamal
Une jeune fille creuse des trous pour créer un abri pour sa famille dans un camp de déplacés à Tawila où des centaines d'Al Fasher ont fui en sécurité.

Des enfants au bord du gouffre

Depuis Port-Soudan, une responsable de la communication du Fonds des Nations Unies pou l'enfance (UNICEF) au Soudan rappelle qu’intervenir sur le terrain reste un « travail minutieux et précaire », qu’il s’agisse d’acheminer un convoi, de soutenir une clinique ou une salle de classe.

« Mais pour les enfants du Darfour, c’est la seule différence entre être abandonnés et être secourus », a déclaré Eva Hinds lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève. 

L’ampleur des déplacements, la fragmentation du conflit et l’effondrement des services essentiels ont créé une situation où chaque enfant vit au bord du gouffre. 

De retour d’une mission de dix jours au Darfour, Mme Hinds semble encore marquée. « Même avec des années d’expérience dans les situations d’urgence, ce que j’ai vu là-bas ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu auparavant », confie-t-elle.

Même avec des années d’expérience dans les situations d’urgence, ce que j’ai vu là-bas ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu auparavant

Les routes, principalement constituées de sable et de pierres, rendent chaque déplacement particulièrement difficile. Chacun nécessite de multiples autorisations et une planification minutieuse pour assurer la sécurité des équipes. 

Des milliers d’enfants sauvés

« Rien n’est simple. Mais c’est le seul moyen d’atteindre des enfants qui n’ont eu qu’un accès très limité à l’aide pendant des mois », insiste la porte-parole de l’UNICEF.

Malgré ces obstacles considérables, les efforts humanitaires produisent des résultats concrets. En seulement deux semaines, l’UNICEF et ses partenaires ont vacciné plus de 140.000 enfants et soigné des milliers d’entre eux contre des maladies et la malnutrition.

Ils ont également rétabli l’accès à l’eau potable pour des dizaines de milliers de personnes, ouvert des salles de classe temporaires et fourni une aide alimentaire, une protection et un soutien psychosocial.

Mais derrière ces chiffres, chaque intervention révèle une détresse humaine difficilement saisissable. Avant de se rendre à Tawila, Mme Hinds avait été informée qu'entre 500.000 et 600.000 personnes s’y étaient réfugiées. « Mais me tenir au milieu de cette immense étendue d’abris de fortune — faits de foin, de bâtons et de bâches en plastique — était bouleversant », partage-t-elle.

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WFP Video
Un enfant soudanais dans le camp de DALI, à TAWILA, au Darfour. Sa famille a fui El Fasher, où une famine persistante avait été confirmée en octobre 2025.

Sans action internationale, la situation des enfants pourrait empirer

Il est difficile de ne pas être frappé par l’ampleur du déracinement et de la souffrance. « C’est une ville reconstruite par désespoir, plus grande que ma ville natale de Helsinki, et chacune de ces familles s’y trouve parce qu’elle n’avait d’autre choix que de fuir ».

L'immensité de cette détresse humaine rappelle que, derrière chaque campement, se cache une catastrophe humanitaire de grande ampleur. Selon l’UNICEF, le Soudan demeure aujourd’hui la plus grande crise humanitaire au monde — mais aussi l’une des moins visibles.

« Les enfants du Soudan ont un besoin urgent de l’attention de la communauté internationale et d’une action décisive. Sans cela, les souffrances auxquelles sont confrontés les plus jeunes et les plus vulnérables ne feront que s’aggraver », a averti Mme Hinds.