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Les actions militaires américaines au Venezuela « constituent un dangereux précédent », affirme le chef de l'ONU

Caracas, la capitale du Venezuela.
© Wikipédia/Olga Berrios
Caracas, la capitale du Venezuela.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « profondément alarmé » par l’impasse qui oppose les États-Unis et le Venezuela depuis plusieurs mois, et qui a culminé samedi matin avec la capture rapportée du Président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines.

L’annonce a été faite sur les réseaux sociaux par le Président des États-Unis, Donald Trump. La ministre américaine de la Justice a indiqué que M. Maduro et son épouse feraient face « à toute la rigueur de la justice américaine, sur le sol américain, devant des tribunaux américains », sur la base d’un acte d’accusation datant de 2020, lors de la première administration Trump, à New York.

L’opération américaine aurait débuté par des frappes nocturnes dans et autour de la capitale, Caracas. Le Venezuela a décrété l’état d’urgence nationale, tandis que le bilan humain et l’ampleur des dégâts restent à confirmer.

Le gouvernement vénézuélien a dénoncé un acte d’« agression militaire extrêmement grave » de la part des États-Unis, après des mois de tensions croissantes marquées notamment par un important renforcement militaire au large des côtes vénézuéliennes et une série de frappes meurtrières contre des embarcations soupçonnées de trafic de drogue.

Ces dernières semaines, Washington avait ordonné la saisie de pétroliers sanctionnés, tout en menaçant de lancer des opérations terrestres afin de contraindre M. Maduro à quitter le pouvoir.

Respecter l’Etat de droit

L’action militaire des États-Unis dans le pays pourrait avoir des répercussions préoccupantes pour la région

« Le Secrétaire général est profondément alarmé par la récente escalade au Venezuela, qui a culminé aujourd’hui avec l’action militaire des États-Unis dans le pays, et qui pourrait avoir des répercussions préoccupantes pour la région », a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, dans un communiqué.

« Indépendamment de la situation au Venezuela, ces développements constituent un dangereux précédent. Le Secrétaire général continue de souligner l’importance du plein respect, par tous, du droit international, y compris de la Charte des Nations Unies », poursuit le communiqué.

« Il est profondément préoccupé par le fait que les règles du droit international n’aient pas été respectées ».

M. Guterres a appelé toutes les parties concernées à s’engager dans un « dialogue inclusif », conformément aux droits humains et au droit international.

Protéger la population vénézuélienne

De son côté, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a appelé toutes les parties à faire preuve de « retenue » et à respecter pleinement la Charte des Nations Unies ainsi que le droit international des droits humains.

« La protection de la population du Venezuela est primordiale et doit guider toute action future », a déclaré Volker Türk sur les réseaux sociaux.

Réunion d’urgence du Conseil de sécurité

À la suite de l’action militaire américaine, le Venezuela a formellement demandé la convocation en urgence d’une réunion du Conseil de sécurité afin d’examiner la situation.

Dans une lettre adressée au président du principal organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, la Mission permanente du Venezuela auprès de l’ONU indique que, tôt ce matin, les forces américaines ont « exécuté une série d’attaques armées brutales, injustifiées et unilatérales », faisant état de bombardements visant des sites civils et militaires à Caracas ainsi que dans des villes des États de Miranda, d’Aragua et de La Guaira. La lettre mentionne aussi des attaques menées par hélicoptères et avions en divers points du territoire vénézuélien.

Le Venezuela demande que cette agression soit condamnée, que les attaques armées américaines cessent et que des responsabilités soient établies.

La séance du Conseil doit se tenir lundi 5 janvier à 10h00, heure de New York.

Lors d’une conférence de presse tenue depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, le Président Trump a déclaré que les États-Unis entendaient « diriger le Venezuela » jusqu’à ce qu’une transition du pouvoir « sûre, appropriée et mesurée » soit mise en place.

Rappelant que le Venezuela détient les plus importantes réserves de pétrole au monde, il a ajouté que des compagnies pétrolières américaines moderniseraient et rénoveraient les infrastructures afin de « générer des revenus pour le pays ».

La force ne fait pas le droit

Réagissant à son tour à la crise, la Présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, Annalena Baerbock, a déclaré que le « cadre de référence » dans les jours à venir doit être la Charte des Nations Unies, qui n’est pas un « document facultatif ».

Elle a rappelé que l’Article 2 stipule clairement que tous les États Membres, y compris les États-Unis, doivent s’abstenir de la « menace ou de l’emploi de la force » contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout autre État.

« Un monde pacifique, sûr et juste pour tous n’est possible que si l’Etat de droit prévaut, et non la loi du plus fort », a-t-elle averti.

Garder le cap sur les droits humains

Alors que l’avion militaire américain transportant le Président Nicolás Maduro atterrissait à New York, où il doit être jugé devant un tribunal fédéral, accusé de « narcoterrorisme », la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Venezuela a publié un communiqué soulignant « la nécessité de garantir l’établissement des responsabilités pour les graves violations des droits humains et les crimes contre l’humanité ». 

La présidente de l’équipe d’enquête indépendante nommée par le Conseil des droits de l’homme, Marta Valiñas, a déclaré que l’attention devait rester centrée sur les « graves violations des droits humains et les crimes contre l’humanité » commis à l’encontre de la population vénézuélienne, indépendamment des chefs d’accusation invoqués par les États-Unis pour justifier leurs actions.

La Mission a déjà documenté un ensemble de violations, notamment des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires, des disparitions forcées — souvent de courte durée — des actes de torture et d’autres mauvais traitements, ainsi que des violences sexuelles et fondées sur le genre.

Le membre expert Alex Neve a souligné que des violations présumées ne justifient pas une intervention militaire en violation du droit international, tout en précisant que l’illégalité d’une telle intervention ne diminue en rien la responsabilité des autorités vénézuéliennes pour des années de répression, susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité.

Inquiétudes face à l’intention américaine de « diriger » le Venezuela

Autre experte indépendante, María Eloisa Quintero, a rappelé que la responsabilité ne se limite pas à M. Maduro, mais s’étend à d’autres personnes ayant exercé un commandement sur les forces de sécurité ou ayant contribué d’une autre manière à la commission de ces crimes.

Mettant en garde contre une instabilité accrue, les enquêteurs ont évoqué les risques de nouvelles violations dans un contexte d’état d’urgence déclaré et à la lumière des déclarations de Washington affirmant son intention de « diriger » le pays.

La Mission a indiqué suivre de près l’évolution de la situation et a appelé les autorités vénézuéliennes et américaines, ainsi que la communauté internationale, à respecter le droit international et à placer les droits humains au premier plan.