Fil d'Ariane
Ouverture de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme: M. Guterres observe que les droits humains sont « la cible d’une attaque de grande envergure partout dans le monde » et plaide pour « un Conseil de sécurité qui reflète le monde d’aujourd’hui »
Le Conseil des droits de l’homme a ouvert ce matin les travaux de sa soixante et unième session, qui se tient à Genève jusqu’au 31 mars prochain sous la présidence de M. Sidharto Reza Suryodipuro (Indonésie), lequel, dans son discours d’ouverture de la session, a notamment affirmé que les contraintes financières persistantes au sein des Nations Unies devaient inciter non pas à un retrait, mais à un renforcement des différentes composantes de l’architecture mondiale des droits de l’homme.
Le Conseil a ensuite successivement entendu des déclarations du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, M. António Guterres; du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Volker Türk; de la Présidente de la quatre-vingtième session de l'Assemblée générale des Nations Unies, Mme Annalena Baerbock; et du Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Suisse, M. Ignazio Cassis.
Le Secrétaire général a d’emblée mis en garde contre le fait que les droits humains étaient « la cible d’une attaque de grande envergure partout dans le monde » et que l’état de droit était « écrasé par la loi du plus fort ». « Quand les droits humains s’effritent, tout le reste s’écroule : la paix, le développement, la cohésion sociale, la confiance et la stabilité », a souligné M. Guterres. C’est précisément pourquoi les instruments du Conseil des droits de l’homme – notamment les procédures spéciales, les rapporteurs spéciaux et rapporteuses spéciales, les mécanismes d’enquête et l’Examen périodique universel – sont aussi indispensables, a-t-il ajouté.
M. Guterres a évoqué le quatrième anniversaire de « l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Fédération de Russie », « une invasion qui a entraîné la mort de plus de 15 000 civils », et a estimé qu’il était « plus que grand temps de mettre fin à l’effusion de sang ». Évoquant les « violations flagrantes des droits humains, de la dignité humaine et du droit international dans le Territoire palestinien occupé », M. Guterres a déclaré que la trajectoire actuelle est sombre, claire et réfléchie: « la solution des deux États est ouvertement rendue inapplicable », a-t-il déploré.
Relevant qu’à travers le monde, les conflits se multiplient et l’impunité se propage, le Secrétaire général a souligné que cela n’est pas dû à de l’ignorance, au manque d’outils ou à l’absence d’institutions, mais que « c’est le résultat de choix politiques ». Il a appelé les États Membres à « défendre nos fondements communs, sans compromis ». « Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité qui reflète le monde d’aujourd’hui, pas celui de 1945 », a par ailleurs déclaré M. Guterres. « Il en va de même pour l’architecture financière internationale, afin de garantir aux pays en développement une participation réelle et une voix qui compte », a-t-il ajouté.
Pour sa part, M. Türk s’est inquiété d’une normalisation du recours à la force pour régler les différends entre États et au sein des États. Des menaces incendiaires sont proférées contre des nations souveraines, sans égard pour l’embrasement qu’elles pourraient provoquer, tandis que les lois de la guerre sont brutalement violées et que des souffrances massives sont infligées aux civils, du Soudan à Gaza, de l’Ukraine au Myanmar, a déploré le Haut-Commissaire.
M. Türk a mis en garde contre certains dirigeants qui « se considèrent au-dessus du droit et au-dessus de la Charte des Nations Unies ». Dans le même temps, a-t-il constaté avec satisfaction, les femmes et les jeunes sont à l’avant-garde de mouvements revendiquant des conditions de vie décentes, une rémunération équitable, l’autonomie corporelle, l’autodétermination, le droit d’être entendus et de voter librement. Les droits humains sont l’antithèse de la suprématie et sont universels, intemporels et indestructibles, a souligné le Haut-Commissaire.
Dans sa déclaration, Mme Baerbock a, quant à elle, demandé aux États de protéger les principes interdépendants de la Charte des Nations Unies, à savoir la paix et la sécurité, le développement, et les droits de l'homme. Elle a mis en garde contre les amendements à des résolutions que l'on pensait « gravées dans le marbre » et qui viennent mettre à mal les droits des femmes, des LGBTIQ+, des réfugiés, des personnes handicapées, des migrants. Elle a insisté sur la nécessité d'un engagement clair de la part de tous les États Membres pour faire respecter les droits des réfugiés, interdire les mariages d’enfants, et faire face aux « propagandes antisémites, racistes ou islamophobes qui entendent rédiger notre droit civil et notre droit pénal ».
Le travail autour des droits de l'homme n'est pas statique et doit évoluer en même temps que les nouvelles menaces à la dignité humaine, a ajouté Mme Baerbock. Elle a demandé que les technologies de l’information et des télécommunications et l'intelligence artificielle soient encadrées et utilisées de manière responsable pour améliorer les soins de santé ou encore rendre les techniques agricoles plus résistantes au climat.
Enfin, M. Cassis a fait observer que « les droits de l’homme ne sont pas un luxe mais une nécessité, une boussole ». Il a souligné l’importance de faire preuve de clarté et de discipline et, alors qu’il n’est pas possible de tout faire, de concentrer les efforts là où les droits sont le plus menacés et de viser un impact réel. Il a précisé qu’il s’agissait de l’approche retenue par la Suisse : se recentrer sur l’essentiel, la protection de l’individu et de ses libertés fondamentales, tout en réaffirmant l’universalité et l’indivisibilité des droits.
Dans un monde fragmenté, il est essentiel de préserver des lieux où le dialogue reste possible, surtout lorsque les positions divergent profondément, a rappelé M. Cassis, avant de souligner que Genève est l’un de ces lieux.
À la demande de M. Suryodipuro, les délégations ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de violations des droits de l’homme dans le monde.
Le Conseil poursuivait ses travaux ce matin en entamant son débat de haut niveau.
Déclarations d’ouverture
M. Sidharto Reza Suryodipuro, Président du Conseil des droits de l’homme, a souligné que la forte présence de plus de 120 hauts dignitaires de toutes les régions [pour le débat de haut niveau de cette première semaine de la 61ème session du Conseil] envoyait un message puissant et sans équivoque, à savoir que ce Conseil compte, que les droits de l’homme comptent et que la coopération multilatérale demeure indispensable pour faire face aux défis communs. Même dans un contexte de pressions sur les fondements du multilatéralisme, cette présence renouvelle la détermination inscrite dans la Charte des Nations Unies de réaffirmer la foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, ainsi que dans l’égalité des droits des hommes et des femmes et des nations grandes et petites, a-t-il affirmé.
À l’occasion du vingtième anniversaire [cette année] de la création du Conseil des droits de l’homme, le Président a indiqué qu’il convenait de réfléchir non seulement à deux décennies de contributions significatives – allant du renforcement du dialogue et de la coopération entre États, à l’élaboration de normes, en passant par le renforcement des mécanismes de responsabilité -, mais aussi à la résilience de cet organe.
Face aux risques numériques et technologiques, aux effets des changements climatiques, aux conflits, aux inégalités et à l’insécurité alimentaire, le Conseil a cherché non seulement à délibérer, mais aussi à promouvoir des améliorations tangibles sur le terrain, a-t-il rappelé.
Le Président a toutefois reconnu que les contraintes financières persistantes au sein des Nations Unies ont affecté la capacité collective à mettre pleinement en œuvre les mandats. Il a estimé que ces contraintes doivent inciter non pas au retrait, mais à agir avec une détermination accrue, à innover, à rester réactifs et à renforcer les différentes composantes de l’architecture mondiale des droits de l’homme. Il a plaidé pour que cette session soit un appel renouvelé à écouter, à coopérer et à agir, et qu’elle marque la capacité du Conseil à répondre aux exigences du moment.
Le Conseil a été invité à observer une minute de silence en mémoire de toutes les victimes de violations des droits de l’homme dans le monde.
M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, a d’emblée mis en garde contre le fait que les droits humains étaient « la cible d’une attaque de grande envergure partout dans le monde » et que l’état de droit était « écrasé par la loi du plus fort ». Cette agression n’est menée ni en secret, ni par surprise: « elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants », a-t-il souligné. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté, a-t-il ajouté. « Les conséquences sont effroyables, comme le constate le Conseil », a-t-il poursuivi. « Elles sont gravées dans la vie des personnes qui souffrent deux fois: d’abord de la violence, de l’oppression ou de l’exclusion, puis, à nouveau, de l’indifférence du monde», a insisté le Secrétaire général.
« Quand les droits humains s’effritent, tout le reste s’écroule : la paix, le développement, la cohésion sociale, la confiance et la stabilité », a souligné M. Guterres. C’est précisément pourquoi les instruments du Conseil des droits de l’homme – notamment les procédures spéciales, les rapporteurs spéciaux et rapporteuses spéciales, les mécanismes d’enquête et l’Examen périodique universel – sont aussi indispensables, a-t-il ajouté.
M. Guterres a évoqué le quatrième anniversaire de « l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Fédération de Russie », « une invasion qui a entraîné la mort de plus de 15 000 civils », estimant qu’il était « plus que grand temps de mettre fin à l’effusion de sang ». Il a aussi rappelé avoir pris récemment la parole devant le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien au sujet des « violations flagrantes des droits humains, de la dignité humaine et du droit international dans le Territoire palestinien occupé ». La trajectoire actuelle est sombre, claire et réfléchie: « la solution des deux États est ouvertement rendue inapplicable », a déploré le Secrétaire général.
M. Guterres a fait remarquer à ce propos, avec préoccupation, que nous vivons « dans un monde où les souffrances massives sont admises, où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d’échange, où le droit international est considéré comme un simple désagrément ». Les conflits se multiplient et l’impunité se propage. « Cela n’est pas dû à de l’ignorance, au manque d’outils ou à l’absence d’institutions ; c’est le résultat de choix politiques », a déclaré le Secrétaire général, avant de souligner que cette crise des droits humains n’est pas isolée, et qu’elle fait écho à toutes les autres fractures et les aggrave.
M. Guterres a appelé les États Membres à « défendre nos fondements communs, sans compromis ». La Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les instruments relatifs au droit international des droits humains ne sont pas un menu à la carte, a-t-il souligné, affirmant que les dirigeants ne peuvent pas choisir ce qui leur plaît et faire fi du reste.
M. Guterres a ensuite demandé aux États Membres renforcer les institutions onusiennes: « Nous ne pouvons faire comme si les dysfonctionnements de la gouvernance mondiale actuelle n’avaient aucun rapport avec la détérioration mondiale des droits humains ». « Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité qui reflète le monde d’aujourd’hui, pas celui de 1945 », a ajouté le Secrétaire général. « Il en va de même pour l’architecture financière internationale, afin de garantir aux pays en développement une participation réelle et une voix qui compte ».
M. Guterres a fait savoir que l’Initiative ONU80 renforce également le lien entre droits humains, paix, développement durable et protection dans les contextes humanitaires, afin que ces domaines agissent de manière plus cohérente et se renforcent mutuellement. L’Initiative, a-t-il ajouté, propose aussi de créer un « Groupe des droits humains à l’échelle du système des Nations Unies », afin d’ancrer plus profondément les droits humains dans l’ensemble des politiques et activités de l’Organisation.
Le Secrétaire général a insisté sur le fait que les droits humains n’étaient l’apanage d’aucune région du monde et n’étaient ni un luxe, ni négociables. « Ils sont le fondement d’un monde plus pacifique et plus sûr », a-t-il déclaré. Rappelant que les États étaient « liés par les obligations mises à leur charge par la Charte et le droit international », M. Guterres leur a demandé de ne pas laisser la force dicter de nouvelles règles ne donnant aucun droit aux personnes vulnérables et aucune limite aux puissants. « Que ce Conseil des droits de l’homme soit la voix et le bouclier de toutes celles et tous ceux qui sont dans le besoin », a conclu le Secrétaire général.
M. Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a déclaré qu’une concurrence acharnée pour le pouvoir, le contrôle et les ressources se joue sur la scène mondiale à un rythme et avec une intensité inédits depuis 80 ans. Les populations se sentent déracinées, anxieuses et en insécurité. Les rouages du pouvoir mondial sont en train de se déplacer et les conséquences ne sont pas claires. Certains y voient la fin de l’ordre mondial tel que nous le connaissons.
Le Ha ut-Commissaire a indiqué vouloir aujourd’hui parler d’un autre ordre mondial, organisé de bas en haut et inébranlable, un système solide fondé sur notre valeur intrinsèque, nos espoirs et nos valeurs communes. Il a précisé faire référence à la quête de dignité, d’égalité et de justice, inhérente à ce qui fait notre humanité : être libres, être entendus et voir nos besoins fondamentaux satisfaits. Cette quête constitue un contrepoids puissant aux tendances autocratiques imposées du haut auxquelles nous assistons aujourd’hui, a-t-il souligné.
Le Haut-Commissaire a relevé que le recours à la force pour régler les différends entre États et au sein des États était en train de se normaliser. Des menaces incendiaires sont proférées contre des nations souveraines, sans égard pour l’embrasement qu’elles pourraient provoquer, a-t-il observé. Les lois de la guerre sont brutalement violées et des souffrances massives infligées aux civils – du Soudan à Gaza, de l’Ukraine au Myanmar – se déroulent sous nos yeux, a-t-il ajouté.
S’agissant du Soudan, M. Türk a plaidé pour une reddition de comptes pour toutes les violations par toutes les parties, notamment pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés commis par les Forces de soutien rapide à El Fasher. De telles atrocités ne doivent pas se répéter au Kordofan ni ailleurs, a insisté le Haut-Commissaire. Tous ceux qui ont une influence doivent agir d’urgence pour mettre fin à cette guerre insensée, a-t-il déclaré.
La situation à Gaza reste catastrophique, a poursuivi M. Türk. Les Palestiniens continuent de mourir sous les tirs israéliens, du froid, de la faim et de maladies pourtant curables. L’aide autorisée à entrer n’est pas suffisante pour répondre aux besoins massifs. « Il existe des préoccupations quant à un nettoyage ethnique tant à Gaza qu’en Cisjordanie, où Israël accélère ses efforts visant à consolider une annexion illégale », a affirmé le Haut-Commissaire. Toute solution durable doit être fondée sur deux États vivant côte à côte, dans une égale dignité et des droits égaux, conformément aux résolutions des Nations Unies et au droit international, a-t-il déclaré.
Évoquant l’Ukraine, M. Türk a rappelé que demain marquerait le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle par la Fédération de Russie. Il a qualifié ces quatre années « d’agonie interminable ». Les pertes civiles ont fortement augmenté et les attaques russes systématiques contre les infrastructures énergétiques et hydrauliques ukrainiennes pourraient constituer des crimes internationaux, a déclaré M. Türk. Les combats doivent cesser, a-t-il plaidé, avant de souligner que les droits humains et la justice doivent être au cœur de tout cessez-le-feu ou accord de paix.
Au Myanmar, cinq ans après le coup d’État militaire, le conflit continue de faire davantage de victimes civiles et la situation humanitaire se détériore, a poursuivi le Haut-Commissaire. Les récentes élections organisées par les militaires ont approfondi le désespoir de la population, a-t-il ajouté.
Dans la plupart des conflits violents actuels, journalistes, personnels de santé et travailleurs humanitaires sont pris pour cible, en violation flagrante du droit international. Les États doivent s’opposer aux violations du droit en recherchant la responsabilité des auteurs et en dénonçant ces crimes avec constance et sans exception, a rappelé M. Türk. Il a mentionné une résurgence des violences au Soudan du Sud et en Éthiopie, ainsi qu’une répression violente en Iran ayant fait des milliers de morts.
La domination et la suprématie font leur retour aux quatre coins du monde – « une tendance profondément inquiétante », a ensuite souligné M. Türk. Certains dirigeants se considèrent au-dessus du droit et au-dessus de la Charte des Nations Unies, revendiquant un statut d’exception pour poursuivre leur propre agenda à tout prix, a-t-il déploré; ils créent et entretiennent des systèmes qui perpétuent les inégalités au sein des pays et entre eux, instrumentalisent leur poids économique, diffusent de la désinformation et concentrent le contrôle des flux mondiaux d’information entre les mains d’un cercle restreint de magnats de la technologie, et des intérêts étatiques et corporatifs saccagent l’environnement pour leur propre gain.
M. Türk a toutefois souligné que les populations activent leur pouvoir à partir de la base. Les femmes et les jeunes sont à l’avant-garde de ces mouvements, revendiquant des conditions de vie décentes, une rémunération équitable, l’autonomie corporelle, l’autodétermination, le droit d’être entendus et de voter librement. Du Népal à Madagascar, de la Serbie au Pérou, les peuples exigent l’égalité et dénoncent la corruption. Les droits humains sont l’antithèse de la suprématie et sont universels, intemporels et indestructibles, a rappelé le Haut-Commissaire.
M. Türk a déclaré que les droits humains ne sont pas apparus comme par magie avec la Déclaration universelle du 10 décembre 1948 et que les peuples aspiraient à la liberté et à l’égalité bien avant que ces principes ne soient codifiés dans des accords nationaux ou internationaux. Il a notamment rappelé qu’à la fin du XIXème siècle, les esclaves de l’actuel Haïti se sont soulevés contre la domination coloniale au nom de l’égalité raciale; que les révolutions américaine et française ont remis en cause l’autorité incontrôlée; et que le mouvement abolitionniste a rejeté la traite transatlantique des esclaves, qualifiée de système d’asservissement le plus brutal. Il a ajouté qu’au début des années 1900, les femmes se sont unies pour revendiquer le droit de vote et que la lutte pour l’égalité des genres se poursuit. Après les deux guerres mondiales et la Shoah, la Charte des Nations Unies a réaffirmé la foi dans les droits humains fondamentaux ainsi que dans la dignité et la valeur de l’être humain. Le XXème siècle a ensuite été marqué par une période de décolonisation qui a réaffirmé le droit à l’autodétermination. Les peuples se sont mobilisés pour mettre fin à la ségrégation raciale, pour réclamer les droits des travailleurs et des travailleuses et pour protéger les droits des personnes LGBT. Des mères ont défilé pour réclamer justice pour leurs enfants disparus, de l’Argentine au Sri Lanka. Puis, les jeunes ont fait entendre leur voix pour la justice climatique, a rappelé M. Türk.
Le Haut-Commissaire a prévenu que la tyrannie exploitera toute brèche et qu’il faut continuer à se lever pour les droits humains dans la solidarité. Il a appelé à des réponses plus audacieuses et mieux coordonnées, à dénoncer les violations du droit international quels qu’en soient les auteurs, et à éviter des réponses sélectives et fragmentées qui affaiblissent le droit international. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la responsabilité, notamment en consolidant la Cour pénale internationale et en encourageant les poursuites nationales au titre de la compétence universelle, afin d’accroître le coût des violations du droit international.
Le Haut-Commissaire a annoncé le lancement prochain d’une Alliance mondiale pour les droits humains, coalition transrégionale et multipartite visant à opposer à la domination verticale la solidarité venue de la base et à représenter la majorité silencieuse qui aspire à un monde différent.
Les droits humains ne sont pas une monnaie d’échange politique et ne sont pas négociables, a conclu M. Türk, soulignant que l’avenir dépend de l’engagement commun à défendre les droits de chaque personne, à tout moment et en tout lieu.
MME ANNALENA BAERBOCK, Présidente de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, a d’abord évoqué des « violations structurelles des droits humains » et un « système d’apartheid » contre les femmes et les filles en Afghanistan, et s’est interrogée sur la manière de faire respecter le principe de l’aide humanitaire lorsque les femmes ne peuvent plus travailler et que les filles ne peuvent plus aller à l'école. Si les femmes, qui représentent la moitié de la population du monde, ne sont pas en sécurité, personne ne sera en sécurité, a-t-elle souligné.
Mme Baerbok a ensuite demandé aux États de protéger et de faire appliquer les principes interdépendants de la Charte des Nations Unies, que sont la paix et la sécurité, le développement et les droits de l'homme. Elle a mis en garde contre les amendements à des résolutions que l'on pensait « gravées dans le marbre » et qui viennent mettre à mal les droits des femmes, des LGBTIQ+, des réfugiés, des personnes handicapées, des migrants : « on ne sait pas qui sera le prochain », a-t-elle mis en garde.
La Présidente de l’Assemblée générale a appelé les dignitaires présents à l’ouverture du Conseil des droits de l’homme de faire respecter les droits humains non seulement au Conseil, mais également au niveau national. Elle a insisté sur la nécessité d'un engagement clair de la part de tous les États Membres de l'ONU pour faire respecter les droits des réfugiés, interdire les mariages d’enfants, et faire face aux propagandes antisémites, racistes ou islamophobes.
Mme Baerbock a par ailleurs demandé des « engagements clairs » de la part de tous les États Membres contre « les enlèvements des enfants ukrainiens, qui constituent un crime de guerre », « pour le droit de manifester de manière pacifique et libre, aussi en Iran », et pour défendre les droits de l'homme dans les débats nationaux « lorsque, en ces temps hautement populistes, certains remettent en cause la Convention de Genève relative au statut des réfugiés, ou commencent à autoriser les mariages d'enfants ou à diffuser de la propagande antisémite, raciste ou islamophobe ».
Le travail autour des droits de l'homme n'est pas statique et doit évoluer en même temps que les nouvelles menaces à la dignité humaine, a déclaré Mme Baerbock. Elle a demandé que les technologies de l’information et des télécommunications (TIC) et l'intelligence artificielle (IA) soient utilisées de manière responsable pour améliorer les soins de santé ou encore rendre les techniques agricoles plus résistantes au climat, et a souligné qu’elles avaient besoin d’être encadrées vu les risques qu’elles induisent. La Présidente a relevé avec satisfaction que le Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle avait été créé par l'Assemblée générale il y a quelques jours.
Mme Baerbock a aussi évoqué le processus de réforme de l’ONU (UN80) qui est en cours. Elle a relevé qu’il existait des doublons entre le Conseil des droits de l’homme et la Troisième Commission de l’Assemblée générale, et a espéré que les États entendraient les appels en faveur d’une candidature féminine au poste de Secrétaire général de l’Organisation.
M. Ignazio Cassis, Conseiller fédéral et Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Suisse, pays hôte, a souhaité la bienvenue aux participants à Genève à l’occasion de cette 61ème session du Conseil des droits de l’homme. Il a rappelé que, depuis 20 ans, les États se réunissent pour une même tâche: protéger la dignité humaine.
M. Cassis a observé que le monde change plus vite que les institutions, que les crises se multiplient, que la confiance s’érode entre États, entre sociétés et parfois même au sein des institutions, et que les ressources se raréfient alors que les attentes et les besoins paraissent illimités. Il a ajouté que les avancées technologiques ouvrent des perspectives inédites mais créent aussi de nouveaux risques pour les libertés.
Dans ce contexte, M. Cassis a affirmé que les droits de l’homme ne sont pas un luxe mais une nécessité, une boussole. Il a ajouté que, pour rester crédible, il faut faire preuve de clarté et de discipline. Il n’est pas possible de tout faire; il convient de concentrer les efforts là où les droits sont le plus menacés et de viser un impact réel, a souligné M. Cassis. Il s’agit là de l’approche retenue par la Suisse dans ses nouvelles lignes directrices: se recentrer sur l’essentiel, à savoir la protection de l’individu et de ses libertés fondamentales, tout en réaffirmant l’universalité et l’indivisibilité des droits, a-t-il indiqué.
Vingt ans après sa création, le Conseil doit plus que jamais être un lieu de véritable dialogue, au-delà des simples déclarations, et être capable d’agir face aux crises, a déclaré M. Cassis. Des progrès existent, mais ils restent fragiles et inégalement partagés, a-t-il observé. Dans un monde fragmenté, il est essentiel de préserver des lieux où le dialogue reste possible, surtout lorsque les positions divergent profondément, a-t-il souligné. Genève est l’un de ces lieux: l’esprit de Genève, fait de respect, d’écoute et de pragmatisme, doit continuer à guider les travaux, a-t-il conclu.
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