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LA CONFÉRENCE DU DÉSARMEMENT FAIT LE POINT SUR LES TRAVAUX EN COURS AU SEIN DES ORGANES SUBSIDIAIRES

Comptes rendus de séance

La Fédération de Russie fait état d'un programme de développement d'armes biologiques mené par les États-Unis en Ukraine, suscitant les réactions de plusieurs pays, dont les États-Unis et l'Ukraine

La Conférence du désarmement a tenu ce matin une réunion plénière, sous la présidence de l'Ambassadeur cubain, M. Juan Antonio Quintanilla Román au cours de laquelle les coordonnateurs des cinq organes subsidiaires chargés de l'examen des points de l'ordre du jour de la conférence ont présenté l'état d'avancement de leurs travaux.

Les cinq coordonnateurs nommés le 22 février dernier sont les ambassadeurs de l'Algérie pour l'organe subsidiaire 1 relatif à la cessation de la course aux armements et au désarmement nucléaire ; de l'Espagne pour l'organe subsidiaire 2 relatif à la prévention de la guerre nucléaire, y compris toutes les questions qui y sont liées ; du Chili pour l'organe subsidiaire 3 relatif à la prévention d'une course aux armements dans l'espace ; de l'Indonésie pour l'organe subsidiaire 4 relatif aux arrangements internationaux efficaces pour assurer les États non dotés d'armes nucléaires contre l'emploi ou la menace d'emploi de ces armes ; et du Bélarus pour l'organe subsidiaire 5 relatif aux nouveaux types et systèmes d'armes de destruction massive et armes radiologiques, programme global de désarmement et transparence dans le domaines des armements.

Plusieurs délégations ont salué les initiatives de coordonnateurs et l'esprit qui règne au sein des organes subsidiaires. La plupart ont plaidé pour que ces réunions conduiront à des travaux de fond au sein de la Conférence, certains estimant que les négociations devraient commencer prioritairement sur un traité d'interdiction de la production de matières fissiles destinées à la fabrication de dispositifs explosifs nucléaires (FMCT) ou sur la prévention d'une course aux armements dans l'espace, ou encore sur les garanties négatives de sécurité.

Au cours de cette séance, la Fédération de Russie a indiqué avoir des documents en sa possession, qu'elle a transmise au secrétariat de la Conférence, révélant le développement, par les États-Unis, d'un programme de recherche d'armes biologiques en Ukraine. Plusieurs délégations, dont les États-Unis et l'Ukraine, ont dénoncé ces allégations, certaines craignant qu'une telle désinformation ne soit utilisée comme prétexte par la Fédération Russie pour employer elle-même des armes chimiques ou biologiques contre l'Ukraine.

Des déclarations ont été faites par les délégations suivantes : Iraq au nom du Groupe des 21, Allemagne (au nom également du Partenariat mondial du G7 contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes), Fédération de Russie, France, États-Unis, Chine, Iran, Pakistan, Ukraine, Bélarus, Canada, Royaume-Uni, République de Corée et Japon.

En fin de séance, le Président de la Conférence a présenté des pistes pour aboutir à un consensus autour de la mise à jour du règlement intérieur afin qu'il reflète la participation active égale des hommes et des femmes au travaux de la Conférence. L'Algérie, la Colombie, la France au nom de l'Union européenne et le Venezuela sont intervenues sur la question.

La prochaine séance plénière publique de la Conférence du désarmement se tiendra au début de la deuxième partie de sa session de 2022, qui se déroulera du 16 mai au 1er juillet prochain.

État d'avancement des travaux des organes subsidiaires

Présentations des coordonnateurs

L'Algérie, coordonnateur de l'organe subsidiaire 1 relatif à la cessation de la course aux armements et au désarmement nucléaire, a indiqué avoir proposé un plan de travail visant à faciliter le travail de fond en s'appuyant sur l'expérience passée de la Conférence. Cette approche est flexible et vise à garantir que toutes les délégations aient l'occasion d'exprimer leur point de vue. Lors de la première séance de cet organe, l'Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) a fait une présentation sur la question du désarmement nucléaire. Les prochaines séances devraient permettre de favoriser l'échange de vue, de trouver des convergences, d'avancer sur les perspectives d'avancées sur les questions de fond et de finaliser le rapport de l'organe subsidiaire.

L'Espagne, coordonnateur de l'organe subsidiaire 2 relatif à la prévention de la guerre nucléaire, a déclaré que sa première séance était consacrée aux questions stratégiques de la prévention de la guerre nucléaire. Elle a déploré le manque de participation des délégations, mais les délégations présentes ont participé activement au débat. Plusieurs thématiques ont été soulevées, notamment le renouvellement de Traité « New Start » et la réduction des risques stratégiques et plus particulièrement du risque nucléaire. De nombreuses délégations ont évoqué la nécessité de discuter d'un projet pour aborder la question de l'interdiction de la production de matières fissiles. L'UNIDIR fera un exposé sur la question globale des matières fissiles lors de la prochaine séance. L'Espagne invite les délégations à s'impliquer davantage lors des prochaines réunions et à intervenir de manière plus libre, sans se limiter à lire des déclarations préparées.

Le Chili, coordonnateur de l'organe subsidiaire 3 relatif à la prévention d'une course aux armements dans l'espace, a déclaré qu'un expert de l'UNIDIR avait évoqué, lors de la première séance, l'historique des questions liées à ce point de l'ordre du jour. Un expert sur le thème de l'utilisation responsable de l'espace est également intervenu. Les délégations ont été nombreuses à prendre la parole. Un consensus s'est dégagé pour estimer que les défis d'aujourd'hui avaient évolué. À l'instar de l'Espagne, le représentant du Chili a dit espérer que les prochaines interventions permettront d'éviter la lecture de discours relatif à la position nationale connue de tous en rappelant qu'il s'agissait de réunions informelles qui permettent des échanges francs.

L'Indonésie, coordonnateur de l'organe subsidiaire 4 relatif aux arrangements internationaux efficaces pour assurer les États non dotés d'armes nucléaires contre l'emploi ou la menace d'emploi de ces armes, a déclaré que la première séance, 23 pays ont partagé leur point de vue sur les garanties de sécurité négative et les doctrines nucléaires. L'organe a aussi entendu la présentation d'un chercheur de l'UNIDIR. Cette première séance a permis de dégager un consensus autour de l'importance de la sécurité négative dans les efforts de désarmement et la reconnaissance de la demande légitime des États non dotés d'armes nucléaires de recevoir ces garanties de la part des puissances nucléaires.

Le Bélarus, coordonnateur de l'organe subsidiaire 5, chargé des nouveaux types et systèmes d'armes de destruction massive et armes radiologiques, programme global de désarmement et transparence dans le domaines des armements, a indiqué que sa première réunion avait porté sur les armes de destruction massive et leurs vecteurs. Les prochaines réunions porteront sur les mesures de désarmement complet ; les mesures de confiance et la préparation des accords internationaux dans le domaine du désarment ; et l'adoption du rapport de l'organe subsidiaire. Le Bélarus a salué le bon esprit de coopération au sein de l'organe subsidiaire et a dit espérer obtenir de bons résultats.

Déclarations

L'Iraq, au nom du Groupe des 21 (pays non alignés membres de la Conférence du désarmement), a rappelé que le désarmement nucléaire était pour lui une priorité absolue dans les travaux de la Conférence du désarmement. Le Groupe des 21 réitère sa profonde préoccupation du face à la menace que représente pour la survie de l'humanité la persistance des armes nucléaires et leur utilisation ou la menace éventuelle de leur utilisation. Tant que les armes nucléaires existeront, le risque de leur utilisation et de leur prolifération demeurera. Le Groupe des 21 a pris note de l'entrée en vigueur du Traité sur l'interdiction des armes nucléaires, le 22 janvier 2021, et a relevé que 86 États avaient déjà signé le Traité et 59 États l'avaient ratifié ou y avaient adhéré au 1er février 2022. Les États du Groupe des 21 qui sont parties au Traité restent pleinement attachés à sa mise en œuvre et à promouvoir son universalisation afin de parvenir à un monde exempt d'armes nucléaires.

L'Allemagne a salué le travail réalisé par les organes subsidiaires. Ces discussions doivent mener à traiter les questions de fond de la Conférence. Il faut utiliser tous les instruments disponibles pour permettre la sécurité de tous. Le sujet le plus idoine pour entamer des négociations concerne le traité d'interdiction de la production de matières fissiles destinées à la fabrication d'armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires (FMCT), dont l'adoption aurait des conséquences positives pour le désarmement et la non-prolifération. L'Allemagne a ajouté que l'agression russe contre l'Ukraine était un coup dur pour les travaux de la Conférence et au-delà. Elle déplore les souffrances humaines et les pertes tragique des vies humaines. L'Allemagne condamne aussi l'implication du Bélarus dans cette guerre.

Intervenant ensuite au nom du Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes (G7), l'Allemagne s'est dite consternée que le fléau de la guerre soit revenu en Europe et en Ukraine. Le Partenariat condamne la violation grave par la Fédération de Russie du droit international et des principes consacrés par la Charte des Nations Unies. Le Partenariat est indigné que la menace de l'utilisation d'armes de destruction massive ait été évoquée au cours de ce conflit et est préoccupé que cette action militaire crée de graves risques pour la population et l'environnement, avec le potentiel de résultats catastrophiques. L'Ukraine est un membre de longue date, constructif et engagé, du Partenariat mondial, avec un bilan exemplaire en matière de non-prolifération, comme en témoigne son renoncement aux armes nucléaires héritées de l'ex-Union soviétique, en 1994. Depuis plus de deux décennies, les membres du Partenariat mondial collaborent avec l'Ukraine pour accroître la sûreté et la sécurité des installations traitant des matières nucléaires, biologiques ou chimiques sensibles à des fins exclusivement pacifiques et pour soutenir et renforcer les capacités de protection contre l'emploi abusif de ces matières. Le Partenariat est consterné par le fait que les activités de réduction de la menace menées par le Partenariat mondial en Ukraine et avec l'Ukraine, qui ont été entreprises en toute transparence, soient devenues l'objet d'allégations fabriquées de toutes pièces.

La Fédération de Russie a dit attacher une grande importance aux travaux des organes subsidiaires de la Conférence. Elle a néanmoins regretté que certaines délégations préfèrent faire des déclarations politisées sur des questions qui ne relèvent pas directement de la compétence des organes subsidiaires. Cette attitude ne contribue pas à une réflexion réfléchie et complète sur les sujets soumis par les coordonnateurs pour discussion.

La Fédération de Russie a prêté attention au discours des délégations des États-Unis et de l'Allemagne, qui ont pris l'initiative de soulever la question des activités militaro-biologiques sur le territoire de l'Ukraine, et a déclaré que « au vu de son extrême sensibilité, nous estimons nécessaire et utile de soutenir l'initiative de nos collègues ». Ainsi, au cours de l'opération militaire spéciale en Ukraine, les faits montrent la mise en œuvre de dangereux projets militaro-biologiques sur ce territoire avec la participation et la supervision directe du ministère américain de la défense. Le Ministère russe de la défense dispose de documents confirmant qu'un réseau d'au moins 30 laboratoires biologiques a été tissé sur le territoire de l'Ukraine, au sein duquel des expériences biologiques extrêmement dangereuses sont menées et peuvent aboutir à la création de nouvelles armes biologiques.

La Fédération de Russie affirme qu'il y a tout lieu de croire que le Bureau de la réduction des menaces militaires du Ministère de la défense des États-Unis a travaillé en Ukraine dans trois domaines : la surveillance de la situation biologique dans les zones prévues de déploiement des contingents militaires des États membres de l'OTAN ; la collecte et l'exportation vers les États-Unis de souches de micro-organismes dangereux ; la recherche et le développement. La Fédération de Russie pense que l'intérêt des biologistes militaires américains pour ces agents pathogènes est dû au fait qu'ils ont des foyers naturels en Ukraine et en Russie, et que leur utilisation peut être déguisée en épidémies naturelles de maladies. En d'autres termes, les autorités ukrainiennes ont donné carte blanche au Pentagone pour mener des activités sur le territoire de l'Ukraine et leur ont permis d'y mener de manière indépendante des bio-expériences dangereuses, a affirmé la Fédération de Russie. Alors que la recherche militaro-biologique sur le territoire des États-Unis lui-même a été réduite en raison du danger pour la population, les autorités de Kiev ont en fait donné leur feu vert pour transformer leur pays en site d'essai. Ces expériences présentant un risque potentiel à l'échelle nationale se sont poursuivies pendant des années.

La Fédération de Russie a dit attendre des explications détaillées de la part des États-Unis concernant ces questions.

La France a estimé que les premières réunions au sein des organes subsidiaires ont été utiles et ont révélé des points de convergence entre les délégations. La France estime que, comme le montre le travail de l'organe subsidiaire 2, le traité FMCT est le sujet le plus mûr au sein de la Conférence pour entamer des négociations. La France estime que les travaux au sein des organes subsidiaires ne peuvent être menés sans prendre en compte le contexte sécuritaire mondial et la guerre en Ukraine. Il ne s'agit en aucun cas de politisation de la Conférence.  À cet égard, la France considère, après plus d'un mois de conflit, que la guerre en Ukraine constitue un tournant dans l'histoire de l'Europe. Cependant, il ne s'agit pas d'une guerre européenne, mais d'une remise en cause majeure de l'ordre international. Cette attitude met potentiellement à risque la stabilité de régions entières et doit donc être prise en compte dans les travaux de la Conférence.

En réponse aux propos que vient de tenir la délégation de Russie, la France est très préoccupée par la campagne de désinformation irresponsable menée par la Russie concernant de prétendues activités biologiques militaires secrètes dans des laboratoires en Ukraine. À ce jour, la Russie n'a étayé ces allégations par aucune information crédible. L'Ukraine ne dispose pas de programme d'armement biologique ; elle respecte ses obligations au titre de la Convention sur l'interdiction des armes biologiques et à toxines, comme l'a confirmé Mme Izumi Nakamitsu, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Haute-Représentante pour les affaires de désarmement. La France est très préoccupée par la possibilité que cette campagne de désinformation soit le prélude à l'utilisation sous faux pavillon d'une arme biologique en Ukraine. Si un tel emploi avait lieu, il n'aurait qu'un seul responsable, et ce serait la Russie. De telles attaques entraîneraient des sanctions économiques encore plus massives, a prévenu la France. Cette campagne de désinformation montre le double discours de la Russie sur la question des armes biologiques.

Les États-Unis regrettent que la Conférence ne dispose pas de suffisamment de temps pour faire des progrès significatifs sur les points de l'ordre du jour par l'intermédiaire de ses organes subsidiaires.  Douze heures au total par organe subsidiaire ne permettent tout simplement pas de mener les discussions détaillées nécessaires. Par ailleurs, les États-Unis maintiennent que l'invasion illégale de l'Ukraine par la Russie a eu un impact profond sur les débats dans le domaine du désarmement. L'agression inadmissible de la Russie est une étude de cas expliquant pourquoi les États-Unis se concentrent sur des questions telles que la transparence et la réduction des risques et insistent sur le fait qu'il est impossible de séparer les progrès en matière de désarmement et de non-prolifération de l'environnement de sécurité international.

Réagissant à la déclaration que vient de faire la Fédération de Russie, les États-Unis ont jugé « obscène » que ce pays fasse de telles allégations alors même qu'il mène une guerre injustifiable en Ukraine. Les États-Unis ont investi 2 millions de dollars en soutenant, sans en assurer la gestion, certains laboratoires et centres de santé en Ukraine. Ce partenariat permet d'appuyer une détection efficace des maladies, notamment en partenariat avec l'Organisation mondiale de la santé. Il apporte une assistance qui permet notamment d'améliorer la prise en charge des malades de la COVID-19. Ces installations fonctionnent comme tout autre laboratoire de santé dans le monde entier. En dépit de cette collaboration apportant de nombreux avantages à l'Ukraine et à ses voisins, la Russie continue de propager de fausses informations. Il s'agit de justifier l'attaque injustifiable de la Russie contre l'Ukraine. Ce sont des prétextes. La Russie a accepté la même assistance pour ses propres laboratoires durant de nombreuses années, ce qu'elle renie maintenant. Ces fausses allégations de la Fédération de Russie doivent alerter à la possibilité qu'elle utilise des armes chimiques ou biologiques en Ukraine en menant une opération sous faux pavillon. Personne ne doit accepter ces fausses informations. La Russie doit arrêter toutes ses opérations militaires en Ukraine.

La Chine a constaté que tous les organes subsidiaires se sont réunis au cours des trois dernières semaines et que les cinq coordonnateurs ont mené un travail approfondi sur les points à l'ordre du jour du Conseil. La création de ces organes subsidiaires a fourni une plateforme utile pour les travaux de fond au sein de la Conférence. La Chine s'est félicitée de voir que les délégations ont participé activement à ces travaux. La Chine a constaté que les délégations ne se sont pas contentées de ressortir de vieilles déclarations du passé mais ont tenu compte de l'évolution de la situation sécuritaire mondiale.

La Chine, elle-même victime d'armes biologiques par le passé, encourage la destruction de toutes les armes biologiques. La Chine s'oppose à l'utilisation et au stockage d'armes biologiques. La Russie a publié une série de documents concernant les activités biologiques américaines en Ukraine, a relevé la Chine, qui a rappelé que les États-Unis avaient mené beaucoup plus d'activités biologiques militaires que bien d'autres pays. En outre, il s'agit du seul pays qui s'oppose à un mécanisme de contrôle multilatéral pour l'application de la Convention sur l'interdiction des armes biologiques. Le plein de respect de la Convention et la consultation et la coopération conformément à ses dispositions relèvent des obligations des États parties, y compris les États-Unis. La Chine se félicite que les documents mis à disposition par la Russie soient analysés par les experts de la Convention. Les États-Unis doivent apporter une réponse objective à ses allégations afin de restaurer la confiance.

L'Iran a indiqué que la nouvelle politique controversée menée par certains États enfreint l'article 6 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et ne fait que renforcer le recours ou la menace du recours aux armes nucléaires et affaiblir le Traité. L'Iran souligne par ailleurs que pendant des décennies, le commerce des armes a été le plus profitable au monde. Ce commerce est source de déstabilisation. Le flux d'armes vers l'Asie de l'Ouest de la part des pays occidentaux qui attisent les conflits est très préoccupant.

S'agissant des travaux des organes subsidiaires, l'Iran a estimé qu'il s'agissait d'une bonne méthode pour reprendre les travaux sur le fond de la Conférence. L'Iran est convaincu qu'il faut une volonté politique pour faire avancer le monde vers le désarmement nucléaire. Le désarmement nucléaire doit être la priorité absolue de cet organe. Il faut que la Conférence entame dès que possible la négociation sur un instrument juridiquement contraignant sur les garanties négatives de sécurité.

Le Pakistan a estimé que les cinq organes subsidiaires permettaient à la Conférence de reprendre ses travaux sur les questions de fond. Le Pakistan s'est réjoui que les coordonnateurs soumettent des résumés des réunions, ce qui permet à l'ensemble de la Conférence de prendre connaissance de l'avancée des travaux. Le Pakistan a estimé qu'il était évident que l'environnement stratégique international était aujourd'hui plus fragile. Fragilité renforcée par l'érosion des mécanismes de contrôle stratégiques. Les membres de la Conférence doivent prendre en compte ces éléments. Il n'y a pas de consensus sur la priorité à accorder à l'un ou l'autre point à l'ordre du jour. Mais le Pakistan estime que le désarmement nucléaire reste la priorité absolue. Il faut examiner les points d'entente sur chaque point à l'ordre du jour plutôt que d'entretenir la division. Le Pakistan va continuer à travailler de manière constructive au sein des organes subsidiaires.

L'Ukraine a souhaité répondre aux « allégations absurdes » de la Russie sur la présence de laboratoires biologiques supposément dirigés par les États-Unis en Ukraine. Cela fait plus d'un mois qu'a commencé l'invasion russe sur le territoire ukrainien. Cette guerre à large échelle a été lancée par la Russie. « Poutine n'a aucun égard quant aux règles de la guerre », a constaté l'Ukraine : il a visé des hôpitaux et a commis d'autre crimes de guerre ». Des centaines de missiles ont été lancés contre les infrastructures civiles. Néanmoins, la démilitarisation de la Russie par l'armée ukrainienne est en cours. Depuis le début de l'invasion, les forces russes ont perdu plus de 17 000 hommes et une grande quantité de matériel militaire. C'est un coup sans précédent porté aux forces russes. En parallèle, « Poutine n'a jamais réussi à expliquer pourquoi il a lancé une guerre sanglante contre l'Ukraine pacifique », c'est pourquoi le mécanisme de désinformation russe aborde maintenant la question des armes biologiques. Il est très difficile de réagir aux « propos délirants du représentant russe ». Le Conseil de sécurité a, à deux reprises déjà, examiné les allégations russes et les a rejetées. Le Ministère de la santé de l'Ukraine souligne qu'il n'y a pas de laboratoire américain en Ukraine. Tous les laboratoires en Ukraine n'ont qu'une seule fonction : trouver des agents pathogènes conformément aux dispositions internationales en matière de santé. Parallèlement, la Russie fait fi des demandes d'information sur les pathogènes dérobés dans les laboratoires sous contrôle russe. Les déclarations de la Russie sont une provocation et s'inscrivent dans une campagne de désinformation. Cette campagne peut être un prétexte pour la Russie d'utiliser des armes chimiques ou biologiques contre l'Ukraine.

Le Bélarus a expliqué partager les préoccupations de la Fédération de Russie s'agissant du programme américain de laboratoires biologiques en Ukraine. Des preuves complètes doivent être présentées quant à l'utilisation ou non d'agents pathogènes, a plaidé le Bélarus.

Le Canada a estimé qu'il fallait davantage aborder les travaux au sein des organes subsidiaires sous la forme de négociations. Le Canada estime que la Conférence était mûre pour entamer les négociations sur le traité d'interdiction de la production de matières fissiles et la prévention d'une course aux armements dans l'espace. L'environnement sécuritaire touche directement les travaux de la Conférence, qui se déroulent aujourd'hui pendant qu'est menée l'invasion de l'Ukraine par la Russie et que sont proférées des allégations fausses prêtant à l'Ukraine la volonté d'utiliser les armes chimiques ou biologiques. M. Poutine doit mettre fin à l'invasion armée de l'Ukraine et doit se retirer immédiatement et sans condition des territoires internationalement reconnus de l'Ukraine. Le Canada condamne la manière dont ce conflit armé est mené par les militaires russes, notamment les attaques contre les civils. Cette situation doit être déférée à la Cour pénale internationale, estime le Canada.

Le Royaume-Uni s'est dit satisfait des débuts des travaux des organes subsidiaires. Le Royaume-Uni déplore l'« exercice d'amateur » en désinformation auquel se prête la Fédération de Russie. Il n'y a aucune preuve crédible d'un programme d'armes biologiques en Ukraine. Les laboratoires qui font des recherches en Ukraine ne sont pas une menace pour la paix et la sécurité internationales. La Russie doit retirer son armée et mettre fin à cette guerre sanglante et illégale.

La République de Corée a estimé qu'il fallait davantage se concentrer sur les sujets spécifiques au sein des organes subsidiaires. La Conférence doit entamer le plus rapidement possible des négociations sur le traité FMCT. La République de Corée tient à ajouter que l'invasion armée de l'Ukraine par la Fédération de Russie n'est pas un sujet de « politisation » au sein de la Conférence. Celle-ci ne travaille pas en vase clos, a souligné la République de Corée.

La Japon a, de même, estimé qu'il était impossible d'ignorer la situation actuelle dans le cadre des travaux de la Conférence. Il est important d'aboutir à un cessez-le-feu en Ukraine et que la Russie mette fin à son agression. La communauté internationale doit coordonner des mesures sévères contre la Russie. Dans le cadre des travaux de la Conférence, les priorités du Japon sont le FMCT et la prévention d'une course aux armements dans l'espace.

Question de la mise à jour du règlement intérieur afin de refléter la participation active égale des hommes et des femmes aux travaux de la Conférence

Le Président de la conférence, l'Ambassadeur cubain JUAN ANTONIO QUINTANILLA ROMÁN, a indiqué qu'il avait organisé des consultations bilatérales sur la question de la mise à jour du règlement intérieur en vue de refléter la participation active égale des hommes et des femmes aux travaux de la Conférence. Il a rappelé que tout changement dans le règlement intérieur devait être adopté par consensus. Il a ajouté qu'il n'y avait pas d'obstacle à ce que d'autres personnes participent à ces travaux, mais il ne faudrait pas que l'examen de cette question entrave la poursuite des travaux de la Conférence. Il a aussi précisé que le travail de rédaction devait être mené en présence de traducteurs pour chacune des versions linguistiques. Le Président a indiqué qu'il présenterait par écrit une proposition visant à refléter dans le règlement intérieur la participation active des hommes et des femmes aux travaux de la Conférence, et une autre prévoyant une indication selon laquelle toute mention d'une personne de sexe masculin se réfère également au sexe féminin.

L'Algérie appuie le consensus de la Conférence s'agissant de la mise à jour du règlement intérieur pour consacrer l'égalité entre hommes et femmes.

La Colombie a souhaité recevoir les propositions par écrit de la Présidence s'agissant de la mise à jour du règlement intérieur.

La France, au nom de l'Union européenne, a expliqué que l'égalité était une valeur essentielle de l'Union européenne. L'Union européenne appuie pleinement la participation des femmes à la Conférence du désarmement. Cette participation joue un rôle très important pour la recherche de solutions dans le domaine de la sécurité mondiale. L'Union européenne regrette que la Conférence n'ait pas pu obtenir un consensus sur le règlement intérieur en 2021.

Le Venezuela a estimé que la mise à jour linguistique n'est pas la raison de l'impasse de la Conférence. L'impasse vient de plus loin qu'un simple problème de rédaction, elle vient de l'absence de volonté politique. Il faut poursuivre les débats afin de parvenir à un consensus sur cette question de la mise à jour linguistique.

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DC/22/16F