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Les tensions géopolitiques actuelles rendent le multilatéralisme et la diplomatie d’autant plus essentiels, souligne Mme Valovaya alors que la Conférence du désarmement ouvre sa session de 2022

Comptes rendus de séance

 

La Conférence du désarmement a tenu, ce matin, sous la présidence de l’Ambassadeur Li Song de la Chine, la première séance publique de sa session de 2022.

La Conférence a d’abord entendu une allocution de sa Secrétaire générale, Mme Tatiana Valovaya, qui a notamment relevé la montée des tensions à laquelle on assiste depuis des années, la méfiance croissante, la politisation des forums de désarmement et l’érosion générale de l'architecture du désarmement. Les tensions géopolitiques actuelles rendent le multilatéralisme et la diplomatie d’autant plus essentiels, a-t-elle souligné, avant d’affirmer que la déclaration conjointe récente du « P5 » [ les cinq États dotés de l’arme nucléaire au sens du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ] selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit pas être menée" donne l'espoir d'un retour à la coopération et aux synergies dans la diplomatie du désarmement et de la non-prolifération.

Tous les États membres de la Conférence partagent une même responsabilité de rebâtir la confiance au sein de cette instance, a déclaré Mme Valovaya. Elle a souligné l'importance de l'inclusivité dans le multilatéralisme : il est important pour la crédibilité de cette instance, ainsi que pour ses délibérations, que tous les États qui souhaitent participer à ses travaux puissent s'asseoir à la table en tant qu'observateurs, a-t-elle insisté.

L'année passée a vu de nombreux succès dans le régime de désarmement, de non-prolifération et de contrôle des armements, tels que l'entrée en vigueur du Traité sur l'interdiction des armes nucléaires et les conférences d'examen de la Convention sur certaines armes classiques et de la Convention sur les armes à sous-munitions. D’autre part, la communauté internationale assistera cette année aux conférences d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et de la Convention sur les armes biologiques. Mme Valovaya a espéré que les membres de la Conférence profiteraient de l'occasion que leur offre la présente session de rétablir une atmosphère constructive et de tenir des discussions utiles avant ces étapes importantes.

Dans son intervention devant la Conférence, qu’il préside jusqu’au 18 février prochain, M. Li a pour sa part demandé que les travaux de la Conférence reflètent pleinement le paysage de la sécurité internationale, en particulier les nouveaux problèmes et enjeux dans le domaine de la sécurité internationale dus aux nouvelles technologies. La Conférence devrait évoluer avec son temps et innover dans ses travaux, tout en restant fidèle à son mandat historique, a-t-il recommandé.

S’agissant du programme de travail, M. Li a indiqué qu’il mènerait à ce propos des consultations bilatérales avec toutes les délégations. Sur cette base, il a précisé qu’il élaborerait, conjointement avec les autres membres du « P-6 + 2 » [ la dernière présidence de la Conférence de 2021, les six présidences de 2022 et la première présidence de 2023 ] des projets qui seront soumis à la discussion et à la décision finale de la Conférence.

Les délégations des pays suivants ont par ailleurs fait des déclarations ce matin : Mongolie (au nom du G21), France (au nom de l’Union européenne, puis en tant que coordonnatrice du « P5 », puis en son nom propre), Maroc, Slovaquie, Italie, Colombie, Tunisie, Algérie, Équateur, Égypte, Pakistan, Fédération de Russie, République populaire démocratique de Corée, Indonésie et Inde.

 

La Conférence se réunira à nouveau en séance plénière publique jeudi prochain, 27 janvier, à 10 heures, pour poursuivre ce débat. Elle examinera, à la même occasion, les demandes déposées par plusieurs pays pour participer en tant qu’observateurs à ses travaux.

 

Allocution de la Secrétaire générale de la Conférence du désarmement

MME TATIANA VALOVAYA, Secrétaire générale de la Conférence du désarmement et Représentante personnelle du Secrétaire général des Nations Unies auprès de la Conférence, par ailleurs Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève, a salué le fait que l'année dernière, malgré les problèmes posés par la pandémie, les États membres aient démontré leur engagement à faire avancer les travaux de la Conférence et se soient engagés avec sérieux sur les projets de décision concernant l'organisation des travaux. « Lorsque ces décisions n'ont pas fait l'objet d'un accord, vous avez utilisé des séances plénières thématiques pour discuter tout de même des points de l'ordre du jour de la Conférence », a rappelé Mme Valovaya, qui a espéré que, cette année, les membres de la Conférence s'engageraient à nouveau dans ces efforts sous la houlette des six présidences successives.

Depuis des années, a poursuivi Mme Valovaya, on assiste à une montée des tensions mondiales, à une méfiance croissante, à la politisation des forums de désarmement et à une érosion générale de l'architecture du désarmement. Les tensions géopolitiques actuelles rendent le multilatéralisme et la diplomatie d’autant plus essentiels, a souligné la Secrétaire générale de la Conférence. La déclaration conjointe récente du « P5 » [ les cinq États dotés de l’arme nucléaire au sens du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ] selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit pas être menée" donne l'espoir d'un retour à la coopération et aux synergies dans la diplomatie du désarmement et de la non-prolifération, a affirmé Mme Valovaya.

De fait, a-t-elle insisté, les problèmes en matière de sécurité dans le monde d'aujourd'hui ne laissent aucune alternative au multilatéralisme. Comme l'a fait remarquer le Secrétaire général des Nations Unies, il y a besoin d'efforts collectifs et d'un système multilatéral plus fort et plus inclusif pour répondre aux menaces de sécurité auxquelles la communauté internationale est confrontée.

Tous les États membres de la Conférence partagent une même responsabilité de rebâtir la confiance au sein de cette instance, a déclaré Mme Valovaya. Elle a exhorté tous les membres à s'engager de bonne foi dans un dialogue constructif pour faire avancer la Conférence dans l'examen des principaux points de son ordre du jour. La volonté politique de tous les membres est fondamentale pour parvenir à un accord sur un programme de travail et, à terme, à des négociations sur les instruments de désarmement – ce qui reste la raison d'être de cette Conférence, a-t-elle insisté.

La Secrétaire générale de la Conférence a par ailleurs souligné l'importance de l'inclusivité dans le multilatéralisme : il est important pour la crédibilité de cette instance, ainsi que pour ses délibérations, que tous les États qui souhaitent participer à ses travaux puissent s'asseoir à la table en tant qu'observateurs.

Cependant, a fait observer Mme Valovaya, malgré les nombreuses incertitudes, l'année passée a vu de nombreux succès dans le régime de désarmement, de non-prolifération et de contrôle des armements, tels que l'entrée en vigueur du Traité sur l'interdiction des armes nucléaires et les conférences d'examen de la Convention sur certaines armes classiques et de la Convention sur les armes à sous-munitions. D’autre part, la communauté internationale assistera cette année aux conférences d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et de la Convention sur les armes biologiques. La Secrétaire générale de la Conférence a espéré que les membres de la Conférence profiteraient de l'occasion que leur offre la présente session de rétablir une atmosphère constructive et de tenir des discussions utiles avant ces étapes importantes.

Aperçu des déclarations

M. LI SONG, Président de la Conférence du désarmement, a tout d’abord donné lecture d'un message de M. Wang Yi, Conseiller d'État et Ministre des affaires étrangères de la Chine. Dans ce message, le Ministre insiste sur le fait que « les menaces traditionnelles pour la sécurité et les nouveaux défis en matière de sécurité sont étroitement liés ». « Les systèmes internationaux de contrôle des armements, de désarmement et de non-prolifération se trouvent à un véritable tournant. La communauté internationale doit défendre vigoureusement la paix, le développement, l'équité, la justice, la démocratie et la liberté », ajoute M. Wang dans son message. En tant qu’unique instance multilatérale de négociation dans le domaine du désarmement, la Conférence a obtenu des résultats importants, poursuit-il, avant d’ajouter que « la Chine appelle tous les États membres de la Conférence à mener des discussions approfondies sur les points traditionnels de l'ordre du jour et les nouveaux enjeux, conformément aux principes de respect mutuel et de consensus […] ».

Le Président de la Conférence a ensuite déclaré que les travaux de cette instance devraient refléter pleinement la réalité du paysage de la sécurité internationale, en particulier les nouveaux problèmes et enjeux dans le domaine de la sécurité internationale dus aux nouvelles technologies. La Conférence devrait évoluer avec son temps et innover dans ses travaux, tout en restant fidèle à son mandat historique, a-t-il affirmé.

Il importe également que les travaux de la Conférence soient menés dans un esprit professionnel, a poursuivi M. Li : la Conférence n'est pas une arène pour la confrontation entre grandes puissances, ni un outil permettant aux grandes puissances d'intimider les plus petites. Elle devrait être une plate-forme majeure pour la poursuite d'un véritable multilatéralisme et l'avancement de la gouvernance de la sécurité mondiale. Tous les membres de la Conférence, quelle que soit leur taille, sont égaux et doivent se respecter mutuellement ; et les préoccupations et intérêts légitimes de chaque État en matière de sécurité doivent être pleinement pris en compte, a plaidé M. Li.

Ces dernières années, a estimé le Président, les travaux de la Conférence ont été entravés par la politisation, qui a sérieusement érodé la confiance et la coopération entre les délégations : c'est l'une des causes importantes de l'impasse actuelle, avec la complication croissante de la situation stratégique et sécuritaire mondiale, qui exerce elle aussi un impact sur la Conférence. Le Règlement intérieur de la Conférence ou ses méthodes de travail ne sont pas en cause, a ajouté M. Li.

S’agissant du programme de travail, M. Li a indiqué qu’il mènerait des consultations bilatérales avec toutes les délégations. Sur cette base, il élaborera – conjointement avec les autres membres du « P6 + 2 » [ la dernière présidence de la Conférence de 2021, les six présidences de 2022 et la première présidence de 2023 ] – des projets qui seront soumis à la discussion et à la décision finale de la Conférence.

La Mongolie, au nom du Groupe des 21 (G21), a souligné l’importance de la diplomatie multilatérale dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération, et a insisté sur la détermination du G21 à défendre le multilatéralisme comme principe fondamental des négociations dans ces domaines. Le G21 souligne que la Conférence est l'unique instance multilatérale de négociation dans le domaine du désarmement, telle que mandatée pour ce faire par la première Session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée au désarmement (SSOD1). Le G21 affirme qu'il est urgent que la Conférence s'acquitte de son mandat tel que défini dans le document final de ladite Session extraordinaire et adopte et mette en œuvre un programme de travail équilibré et complet, tenant compte des intérêts de tous les États en matière de sécurité et traitant, entre autres, des questions fondamentales, en particulier du désarmement nucléaire, conformément au Règlement intérieur – y compris la règle du consensus.

Par la voix de la France, l’Union européenne a regretté que la dixième Conférence d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ait une nouvelle fois été reportée, en raison de la pandémie. L’Union européenne soutient sans équivoque le TNP, qui constitue la pierre angulaire du régime mondial de non-prolifération nucléaire, le fondement essentiel de la poursuite du désarmement nucléaire conformément à l'article VI du TNP et un élément important du développement des applications de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques conformément à l'article IV du TNP.

D’autre part, l’Union européenne considère que le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), qui a été négocié par la Conférence, revêt une importance cruciale pour le désarmement et la non-prolifération nucléaires. Son entrée en vigueur est une priorité absolue pour l'Union européenne, qui appelle tous les États qui ne l'ont pas encore fait, en particulier ceux qui figurent à l'Annexe II, à ratifier le traité sans conditions préalables ni délai supplémentaire.

L’Union européenne se félicite également de l'accord conclu entre les États-Unis et la Fédération de Russie en vue de proroger le nouveau traité START pour cinq années supplémentaires. Rappelant l'obligation qui incombe à tous les États dotés d'armes nucléaires en vertu de l'article VI du TNP, l’Union européenne souligne que les deux États dotés d'armes nucléaires qui possèdent les arsenaux les plus importants ont une responsabilité particulière dans le domaine du désarmement nucléaire et de la maîtrise des armements. L’Union européenne les encourage à chercher à réduire davantage leurs arsenaux et appelle la Chine à contribuer activement à ces processus.

L’Union européenne se félicite en outre de la poursuite du dialogue sur la stabilité stratégique entre les États-Unis et la Fédération de Russie. Elle encourage les deux pays à recourir à la diplomatie et au dialogue pour progresser sur les questions de sécurité, y compris la poursuite du désarmement nucléaire et de la maîtrise des armements, et à consulter les États membres de l’Union européenne lorsqu'ils discutent de questions qui concernent leur sécurité. L’Union européenne appelle aussi la Fédération de Russie à prendre des mesures concrètes pour désamorcer les tensions et créer un climat propice aux progrès indispensables sur ces questions.

À la Conférence, l’Union européenne et ses États membres sont prêts à lancer des travaux de fond sur tous les points essentiels, la priorité de longue date de l’Union européenne étant d'entamer immédiatement des négociations sur un traité interdisant la production de matières fissiles destinées à être utilisées dans des armes nucléaires ou d'autres dispositifs explosifs (FMCT). Dans l'intervalle, l’Union européenne appelle tous les États possédant des armes nucléaires qui ne l'ont pas encore fait à déclarer, et à maintenir, un moratoire immédiat sur leur production de matières fissiles destinées à être utilisées dans des armes nucléaires ou d'autres dispositifs explosifs nucléaires.

L’Union européenne a jugé regrettable que tous les États Membres des Nations Unies qui avaient demandé à participer aux travaux de la Conférence n'aient pas été invités à le faire l'année dernière. L’Union européenne soutient l'élargissement de la Conférence, qui ne compte actuellement que 65 membres. Selon son Règlement intérieur, la composition de la Conférence doit être revue à intervalles réguliers, rappelle l’Union européenne.

S’agissant de l’Iran, l’Union européenne a réitéré son engagement résolu envers le Plan d'action global conjoint (JCPOA, Accord sur le nucléaire iranien). L’Union européenne est gravement préoccupée par les actions de l'Iran qui sont incompatibles avec le JCPOA et ont des incidences graves et, dans certains cas, irréversibles sur la prolifération ; ainsi que par les activités de l'Iran en matière de missiles balistiques. L’Union européenne est aussi vivement préoccupée par le fait que la République populaire démocratique de Corée poursuit ses programmes d'armement illégaux.

Enfin, l’Union européenne regrette que, malgré un large soutien, la Conférence n'ait pas été en mesure de parvenir à un consensus sur une « mise à jour technique de son Règlement intérieur » pour refléter l'égalité des femmes et des hommes lors de sa session de 2021.

En tant que coordonnatrice du « P5 » - qui réunit les 5 États dotés de l’arme nucléaire et reconnus comme tels au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (République populaire de Chine, États-Unis d’Amérique, Royaume-Uni, Fédération de Russie et France) – la France a informé la Conférence des travaux récents au sein du processus « P5 ».

D’abord, a indiqué la France, ces cinq pays réaffirment leur soutien au TNP et à son universalisation. Ils regrettent le nouveau report de la Conférence d’examen [du TNP] en raison de la situation sanitaire internationale, mais restent déterminés à poursuivre leurs efforts en vue de cette échéance. La France a ensuite rappelé avoir organisé début décembre 2021, à Paris, la Conférence du « P5 » au niveau des principals, qui a permis des échanges en profondeur sur les questions liées aux trois piliers du Traité. Enfin, le 3 janvier 2022, les chefs d’État et de gouvernement des cinq pays ont publié une déclaration conjointe pour prévenir la guerre nucléaire et éviter les courses aux armements, dont le délégué français a donné lecture :

« La République populaire de Chine, les Etats-Unis d’Amérique, la République française, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et la Fédération de Russie considèrent qu’il est de leur responsabilité première d’éviter une guerre entre États dotés d’armes nucléaires et de réduire les risques stratégiques. Nous affirmons qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée. Compte tenu des conséquences de grande ampleur qu’aurait l’emploi des armes nucléaires, nous affirmons également que celles-ci, tant qu’elles existent, doivent servir à des fins défensives, de dissuasion et de prévention de la guerre. Nous sommes fermement convaincus de la nécessité de prévenir la poursuite de la dissémination de ces armes.

Nous réaffirmons l’importance de traiter les menaces nucléaires et soulignons la nécessité de préserver et de respecter nos accords et engagements bilatéraux et multilatéraux en matière de non-prolifération, de désarmement et de maîtrise des armements. Nous demeurons déterminés à respecter nos obligations en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, notamment celle qui figure à l’article VI de “poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace” […] ».

Pour le Maroc, la Conférence demeure un organe incontournable pour réaliser les souhaits les plus ardents de la communauté internationale, à savoir lutter contre l’accumulation des armes pour renforcer la paix et la sécurité dans le monde, dans un contexte marqué par des crises humanitaires, par la pandémie de COVID-19 et par des tensions qui ne font que s’aggraver depuis le début de l’année.

Ce contexte, a affirmé le Maroc, devrait « imposer aux membres de la Conférence de dialoguer de manière constructive pour dépasser leurs divergences, de mettre de côté les calculs politiques qui les empêchent d’avancer sur la substance des thématiques inscrites au programme de travail ».

Le Maroc a ajouté que les résultats de la Conférence en matière d’interdiction des essais nucléaire et des armes chimiques venaient rappeler que la Conférence peut – et doit – être efficace. Le pays a dit espérer que les demandes de participation en tant qu’observateurs aux travaux de la Conférence déposées par des États tiers seraient acceptées jeudi prochain.

La Slovaquie a salué les travaux conjoints menés par le « P5 » dans le contexte de la préparation de la [dixième] Conférence d’examen du TNP, en particulier la déclaration conjointe faite par les cinq pays contre la guerre nucléaire. La Slovaquie a espéré que ces démarches favoriseraient la reprise des négociations au sein de la Conférence. Elle a plaidé pour le lancement immédiat de négociations autour d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles.

La Slovaquie a par ailleurs demandé aux pays qui n’ont pas encore ratifié le traité d’interdiction complète des essais nucléaires – en particulier ceux mentionnés dans l’Annexe II du traité – à le faire sans délai, pour que l’instrument puisse entrer en vigueur. La Slovaquie s’est dite favorable à une approche progressive du désarmement nucléaire, englobant des mesures juridiques et tenant compte, dans le même temps, de l’environnement sécuritaire actuel.

L’Italie a relevé que la tension montait partout dans le monde, « y compris pas très loin de l'endroit où nous siégeons ». Dans ces circonstances, l'Italie estime qu'une relance de la Conférence du désarmement est urgente, car le désarmement, la non-prolifération et la maîtrise des armements jouent un rôle crucial dans le paysage de la sécurité. L’Italie a elle aussi recommandé que la Conférence ouvre des négociations sur un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d'armes nucléaires ou d'autres dispositifs explosifs nucléaires. Elle a insisté sur le fait qu'une plus grande interaction de la Conférence avec la société pourrait apporter une contribution essentielle à son travail, en l’aidant à approfondir ses discussions techniques.

Après avoir affirmé que le TNP, avec ses trois piliers qui se renforcent mutuellement, restait la pierre angulaire du régime mondial de non-prolifération, l’Italie s’est félicitée de la déclaration conjointe des cinq États dotés d'armes nucléaires du 3 janvier 2022 sur la prévention de la guerre nucléaire et la lutte contre la course aux armements. En particulier, l’Italie « apprécie l'affirmation selon laquelle une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Enfin, l’Italie a appelé l’Iran à coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et a exhorté la République populaire démocratique de Corée à s’abstenir de « nouvelles provocations ».

Pour sa part, la Colombie – qui a rappelé qu’elle assumerait cette année la présidence de la Conférence [ndlr : du 21 février au 18 mars] – a remercié la présidence chinoise de la Conférence pour ses démarches visant à faire en sorte que la session soit fructueuse. La Colombie a souligné l’importance du professionnalisme du travail diplomatique de la Conférence, dans un contexte où il est difficile de se réunir physiquement. « Pour obtenir des résultats différents, il faudra faire intervenir d’autres voix qui garantiront la pertinence de la Conférence à l’avenir », y compris les voix des femmes et de la société civile, a plaidé la Colombie.

La Tunisie a décrit les initiatives qu’elle a menées récemment pour soutenir les efforts internationaux dans le domaine du désarmement. Elle a cité la présentation, lors de son mandat au Conseil de sécurité de l'ONU pour la période 2020-2021, d’un projet de résolution mettant l'accent sur la solidarité internationale et un cessez-le-feu face aux menaces de la pandémie de COVID-19, projet adopté à l'unanimité le 1er juillet 2020 et qui est devenu une référence non seulement au Conseil de sécurité, mais aussi pour de nombreuses organisations internationales et régionales. Au niveau régional, la Tunisie a soutenu l'initiative de l'Union africaine pour débarrasser l'Afrique des conflits et créer des conditions propices à la croissance et au développement sur le continent.

L’Algérie a notamment relevé que la Conférence, par la négociation antérieure d’instruments internationaux, avait montré que le processus de négociation multilatérale dans le domaine du désarmement nécessite beaucoup de temps et de patience. Dans le contexte actuel, a poursuivi l’Algérie, « il est fondamental que la Conférence réponde aux attentes et aux nombreux appels urgents qui lui sont lancés », et qu’elle envoie « les réponses que […] l’opinion publique attend de sa part ». Et pour assurer sa crédibilité, la Conférence doit « accorder la priorité à l’intérêt général en tenant compte des intérêts nationaux », a ajouté l’Algérie.

Concernant la méthode de travail, l’Algérie a jugé nécessaire de distinguer entre la phase d’élaboration du cadre conceptuel du programme de travail de la Conférence et la phase de mise en œuvre, l’objectif devant être de « rétablir le statut de la Conférence en tant qu’instance de négociation ».

Le désarmement et la non-prolifération nucléaire sont des éléments essentiels du développement économique et social, a par ailleurs souligné l’Algérie. Affirmant que le désarmement nucléaire doit rester une priorité pour la communauté internationale dans son ensemble, l’Algérie a dit espérer que la dixième Conférence d’examen du TNP déboucherait sur des résultats concrets tenant compte des aspirations de la communauté internationale.

L’Équateur a insisté sur les conséquences de la pandémie sur les plus pauvres et les plus vulnérables et sur la stupeur que suscitent, dans un contexte où les systèmes de santé sont très éprouvés, les dépenses colossales dans la course aux armements. L’Équateur a aussi regretté que la communauté diplomatique ne fasse pas toujours preuve de l’ouverture et du sens du dialogue indispensables. La confiance manque actuellement dans les relations internationales, a résumé l’Équateur. Il a salué la déclaration du « P5 » selon laquelle la guerre nucléaire ne doit jamais être menée.

L’Équateur, qui présidera la fin de session de la Conférence cette année [ndlr : du 22 août au 16 septembre], a assuré qu’il œuvrerait pour que la Conférence s’acquitte de son mandat de négociation.

En son nom propre, la France a remarqué que la Conférence s’ouvrait, cette année encore, dans un contexte géopolitique tendu, qui impacte directement la sécurité et la stabilité en Europe. En particulier, ces dernières semaines, « une séquence diplomatique dense » vise à une désescalade des tensions dans et autour de l’Ukraine. À cet égard, la France appelle « à des mesures concrètes en vue d’une désescalade et rappelle qu’une discussion sur la sécurité européenne passe nécessairement par des avancées dans la résolution du conflit dans l’Est de l’Ukraine, et donc par un réengagement constructif de la Russie dans les négociations du format Normandie ».

La France a dit soutenir les efforts visant à l’établissement d’organes subsidiaires sur les différents sujets à l’ordre du jour de la Conférence, qui permettraient d’approfondir les travaux de préparation devant mener, lorsque le contexte le permettra, à la négociation de traités multilatéraux de désarmement. La France défend activement la négociation sans délai d’un traité interdisant la production de matières fissiles. La France a par ailleurs exprimé l’espoir que la Conférence d’examen du TNP pourrait se tenir au mois d’avril prochain et que la Conférence du désarmement pourrait jouer un rôle en matière de désarmement nucléaire dans la préparation de cette échéance majeure.

Enfin, la France a estimé que toutes les demandes de statut d’observateur à la Conférence du désarmement devraient être acceptées sans réserve.

L’Égypte a présenté ses grandes priorités concernant les travaux de la Conférence. D’abord, le désarmement nucléaire devrait rester la première priorité, à poursuivre en application de l'article VI du TNP, a-t-elle indiqué. Deuxièmement, la Conférence devrait entamer des négociations sur un instrument juridiquement contraignant interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d'armes nucléaires ou d'autres dispositifs explosifs nucléaires, couvrant la question des stocks de matières fissiles. Troisièmement, l’Égypte plaide pour la conclusion d’un instrument visant à garantir les États non dotés d'armes nucléaires contre l'utilisation ou la menace d'utilisation de ces armes. Enfin, l’Égypte est favorable à un instrument juridiquement contraignant sur la prévention d'une course aux armements dans l'espace.

L'Égypte a par ailleurs souhaité souligner ce qu’elle a qualifié de succès de la session de la Conférence des Nations Unies visant à créer une zone exempte d'armes nucléaires et d'autres armes de destruction massive au Moyen-Orient, qui s'est tenue à New York en novembre dernier.

Le Pakistan a mis en garde contre une situation sécuritaire très précaire, notamment imputable, selon lui, à une remise en cause des normes des principaux accords de maîtrise des armements et au non-respect des obligations en matière de désarmement nucléaire depuis cinq décennies. Le Pakistan a plaidé pour le respect des obligations existantes en matière de désarmement nucléaire ; pour la correction des asymétries conventionnelles et stratégiques au niveau régional ; pour le règlement pacifique des différends en suspens ; pour la cessation des accumulations d'armes déstabilisantes ; ainsi que pour la prise en compte des préoccupations de tous les États en matière de sécurité.

Le Pakistan a aussi déploré que « l'environnement de sécurité régional en Asie du Sud continue de se détériorer, principalement parce qu'un régime ultra-nationaliste de la région poursuit des politiques idéologiques, des visées hégémoniques et la subversion dans les pays voisins ». « Ce régime s'est lancé depuis 2019 dans l'imposition d'une "solution finale" génocidaire dans le Jammu-et-Cachemire occupé, au mépris des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies », a déclaré le Pakistan. Le Pakistan a plaidé pour la résolution du conflit du Jammu-et-Cachemire conformément aux résolutions du Conseil de sécurité et aux souhaits du peuple cachemirien ; pour le maintien d'un équilibre des forces militaires conventionnelles et stratégiques entre le Pakistan et l'Inde ; et pour des mesures réciproques de retenue nucléaire, balistique et militaire entre les deux pays.

La Fédération de Russie a estimé que, pendant l’actuel cycle d’examen du TNP, les pays du « P5 » avaient accompli des progrès importants dans l’instauration d'une coopération constructive. Les efforts dans certains domaines ont déjà porté leurs fruits - une étape importante a été la déclaration faite par les dirigeants des cinq États, le 3 janvier, sur l'inadmissibilité d'une guerre nucléaire et la nécessité d'éviter une course aux armements. Également importantes ont été la préparation du document conjoint sur la réduction des risques stratégiques et la deuxième version du « glossaire des termes nucléaires », préparée sous la supervision de la Chine.

« La coopération entre les cinq pays n'est pas facile, et derrière chaque document convenu se cachent un travail acharné des experts et de longues heures de discussion », a souligné la Fédération de Russie. Dans le même temps, chacun de ces documents conjoints est une indication de la volonté des cinq pays de poursuivre le dialogue et de rechercher un compromis, a-t-elle ajouté. Dans l'ensemble, la Fédération de Russie estime que les États dotés d'armes nucléaires aborderont la dixième Conférence d'examen du TNP en ayant jeté de bonnes bases pour poursuivre les travaux conjoints et, éventuellement, approfondir la coopération dans le cadre du processus d'examen du TNP.

Par ailleurs, la Fédération de Russie s’est dite favorable au droit de tous les États Membres des Nations Unies de participer aux travaux de la Conférence du désarmement en tant qu’observateurs.

La République populaire démocratique de Corée a assuré qu’elle entendait s’acquitter pleinement des responsabilités qui seront les siennes à la présidence de la Conférence [ndlr : du 30 mai au 24 juin] au cours de cette session de 2022. La délégation de la République populaire démocratique de Corée a insisté sur la nécessité de débarrasser le monde des armes nucléaires et d’empêcher qu’une nouvelle calamité nucléaire ne se reproduise. Elle a dénoncé la politique hostile des États-Unis envers son pays, qui a obligé ce dernier à se doter d’une force d’autodéfense. La République populaire démocratique de Corée a fermement rejeté les allégations de l’Union européenne et d’autres pays qui « remettent en cause ce droit à l’autodéfense » - un droit auquel la République populaire démocratique de Corée ne renoncera pas, a insisté la délégation.

Les tests d’armes ne causent aucune menace pour les pays voisins, a poursuivi la délégation. Elle a dénoncé les sanctions infligées à son pays par les États-Unis « dans le cadre d’une politique d’isolement destinée à étouffer la République populaire démocratique de Corée ».

L’Indonésie a relevé de son côté certains progrès encourageants dans le domaine du désarmement nucléaire, de la non-prolifération et du régime de contrôle des armements. La délégation indonésienne a cité à cet égard l’entrée en vigueur, l'année dernière, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, la prorogation du traité New START, les efforts en cours concernant l'accord sur le nucléaire iranien ou encore les dialogues sur la stabilité stratégique entre les États-Unis et la Fédération de Russie.

S’agissant de la Conférence, l’Indonésie a recommandé de maintenir un esprit positif au sein de cette instance et d’y favoriser l'inclusion, en tant que principe essentiel du multilatéralisme. Quant au programme de travail, il doit être complet, équilibré et fondé sur les travaux antérieurs de la Conférence, y compris ceux des organes subsidiaires, a ajouté l’Indonésie.

Dans un droit de réponse, l’Inde a jugé abusive la déclaration faite ce matin par le Pakistan, notamment en ce qui concerne la situation au Jammu-et-Cachemire – « lequel a été, est et restera une partie intégrante de l’Inde », a insisté la délégation indienne. L’Inde a aussi qualifié d’éhontées les accusations faites par un pays – le Pakistan – « qui opprime les minorités » et « se livre à des menées terroristes à l’extérieur de ses frontières ». Enfin, l’Inde a accusé le Pakistan de bloquer les négociations à la Conférence du désarmement au sujet d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles.

 

Ce document produit par le Service de l’information des Nations Unies à Genève est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel.

Les versions anglaise et française de nos communiqués sont différentes car elles sont le produit de deux équipes de couverture distinctes qui travaillent indépendamment.

 

DC22.002