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La COVID-19 a eu un impact profond sur le droit à l’éducation à travers le monde, créant la plus grande perturbation des systèmes éducatifs de l’histoire

Meeting Summaries

 

Au début de la pandémie, 1,6 milliard d’élèves dans plus de 190 pays ont été touchés par la pandémie, mais certains sont touchés plus que d’autres. La pandémie de COVID-19 a eu un impact profond sur le droit à l’éducation à travers le monde, créant la plus grande perturbation des systèmes éducatifs de l’histoire. Les fermetures d’écoles ont rendu les filles et les jeunes femmes plus vulnérables au mariage des enfants, aux grossesses précoces et à la violence sexiste, ce qui réduit la probabilité de les voir poursuivre leurs études.

C’est ce qu’a souligné ce matin devant le Conseil des droits de l’homme M. Mahamane Cissé-Gouro, Responsable de la Division des opérations sur le terrain et de la coopération technique du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, à l’ouverture de la réunion-débat annuelle sur la coopération technique et le renforcement des capacités qui, cette année, avait pour thème : « la coopération technique pour faire avancer le droit à l'éducation et assurer une éducation de qualité inclusive et équitable et un apprentissage tout au long de la vie pour tous ».

La discussion était animée par M. Rongvudhi Virabutr, Représentant permanent adjoint de la Thaïlande auprès des Nations Unies à Genève, qui a lui aussi attiré l’attention sur l’impact disproportionné de la pandémie sur l’éducation des filles et des populations déjà vulnérables.

La réunion a bénéficié de la participation de trois panélistes : Mme Esi Sutherland Addy, ancienne Ministre de l’éducation et de la culture du Ghana et ancienne Présidente du Conseil d’administration du Fonds de contributions volontaires pour la coopération technique ; Mme Stefania Giannini, Directrice générale adjointe pour l'éducation à l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), et M. Fahad Al-Sulaiti, Directeur général de l’organisation Education Above All (EAA) au Qatar.

Suite aux déclarations des trois panélistes, de nombreuses délégations* ont pris part à la discussion.

 

Le Conseil doit poursuivre ses travaux à la mi-journée en tenant un dialogue avec la Haute-Commissaire aux droits de l’homme sur son rapport concernant la promotion et protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales des Africains et des personnes d’ascendance africaine face au recours excessif à la force et aux autres violations des droits de l’homme dont se rendent coupables des membres des forces de l’ordre.

 

Réunion-débat annuelle sur la coopération technique et le renforcement des capacités

Dans sa résolution 45/32, le Conseil des droits de l’homme a décidé, en application de sa résolution 18/18, que la réunion-débat annuelle au titre du point 10 de l’ordre du jour qui devait se tenir au cours de sa quarante-septième session aurait pour thème « La coopération technique pour promouvoir le droit à l’éducation et assurer à tous une éducation équitable et inclusive de qualité et un apprentissage tout au long de la vie ». Dans la même résolution, le Conseil a prié le Haut-Commissariat d’établir un rapport, qui servirait de point de départ à la réunion-débat, sur les activités et les projets menés par le Haut-Commissariat, les équipes de pays et organismes des Nations Unies compétents et des organisations régionales pour aider les États à promouvoir et à protéger le droit à l’éducation, notamment à atténuer les effets de la pandémie de COVID-19 sur la jouissance du droit à l’éducation, à assurer la continuité de l’éducation pour tous et à réduire les inégalités dans le domaine de l’éducation, en prêtant une attention particulière aux filles et aux enfants les plus vulnérables et défavorisés (A/HRC/47/56, à paraître en français).

Déclaration liminaire

M. MAHAMANE CISSÉ-GOURO, responsable de la Division des opérations sur le terrain et de la coopération technique du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, a déclaré que le thème de la discussion de cette année est d’une importance cruciale alors que le monde cherche à mieux se remettre de la pandémie de COVID-19. L’éducation n’est pas seulement un droit humain fondamental en soi ; elle permet également l’accès à tous les autres droits de l’homme, a expliqué M. Cissé-Gouro. Investir dans l’éducation est le moyen le plus rentable de parvenir à la reprise après la pandémie, d’accélérer les progrès vers les 17 objectifs de développement durable, de prévenir les conflits et de maintenir la paix, a-t-il ajouté.

La pandémie de COVID-19 a eu un impact profond sur le droit à l’éducation à travers le monde, créant la plus grande perturbation des systèmes éducatifs de l’histoire, a indiqué M. Cissé-Gouro. Au début de la pandémie, 1,6 milliard d’élèves dans plus de 190 pays ont été touchés, mais certains sont touchés plus que d’autres. Les fermetures d’écoles ont rendu les filles et les jeunes femmes plus vulnérables au mariage des enfants, aux grossesses précoces et à la violence sexiste, ce qui réduit la probabilité de les voir poursuivre leurs études.

L’année dernière, a rappelé M. Cissé-Gouro, le Haut-Commissariat a lancé une initiative d’urgence pour renforcer le soutien aux droits économiques et sociaux et intégrer ces droits dans les efforts des Nations Unies en matière de riposte à la pandémie et de relèvement et pour la réalisation des objectifs de développement durable. Au fur et à mesure que la pandémie se développait, le Haut-Commissariat a accru son expertise en matière de macro-économie et de droits économiques et sociaux pour soutenir les pays et donner des conseils politiques spécifiques à chacun s’agissant des mesures d’urgence liée à la COVID-19 et de la reprise socioéconomique à long terme.

Le rapport d’information préparé en vue de la présente réunion met en lumière les nombreuses mesures prises par le Haut-Commissariat, le système des Nations Unies et ses partenaires pour appuyer les efforts déployés par les États pour promouvoir et protéger le droit à l’éducation, y compris dans le contexte de la pandémie. Il s’est concentré sur les principaux éléments de la coopération technique identifiés par le Conseil d’administration du Fonds de contributions volontaires pour la coopération technique : indivisibilité de tous les droits de l’homme, renforcement des systèmes nationaux et de l’appropriation, suivi des recommandations formulées par les mécanismes des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme et participation, l’accent étant mis sur le fait de ne laisser personne de côté. L’éducation et la formation dans le domaine des droits de l’homme sont des éléments importants de ces efforts portant sur le droit à l’éducation, a insisté M. Cissé-Gouro, avant de présenter plusieurs exemples concrets (d’intervention au titre de la coopération technique portant sur le droit à l’éducation) en Iraq, au Mozambique, en République démocratique du Congo, en République de Moldova, au Guatemala, ou encore au Cambodge.

En tant que modérateur du débat, M. RONGVUDHI VIRABUTR, Représentant permanent adjoint de la Thaïlande auprès de l'Office des Nations Unies à Genève, a déclaré que la discussion d’aujourd’hui vise à faire progresser le droit à l'éducation et à garantir une éducation inclusive et de qualité. Cela permettra de discuter de la manière dont les gouvernements, les agences des Nations Unies et les partenaires travaillent pour faire face à l'impact de la pandémie COVID-19, dans le contexte où cette pandémie a favorisé la fermeture des école et accru la fracture numérique. Elle a également eu un effet disproportionné sur les filles et les populations déjà vulnérables, a ajouté le modérateur, avant que le Conseil ne visionne des vidéos d’enfants témoignant de leurs expériences éducatives dans le contexte de la pandémie.

Exposés des panélistes

MME ESI SUTHERLAND ADDY, ancienne Ministre de l’éducation et de la culture du Ghana et ancienne Présidente du Conseil d’administration du Fonds de contributions volontaires pour la coopération technique dans le domaine des droits de l’homme, a déclaré qu’au cours de son mandat lorsqu’elle était Présidente du Conseil d’administration du Fonds, elle avait pu observer comment le Haut-Commissariat a promu et appuyé des stratégies visant à ancrer l’éducation en tant que droit fondamental et l’éducation dans le domaine des droits de l’homme comme autant de moyens d’autonomiser les individus et les communautés. Cela a impliqué de plaider en faveur d’un environnement et d’un cadre juridique favorables à l’institutionnalisation des droits de l’homme dans le tissu social, mais aussi d’insister sur l’importance de l’intersectionnalité de tous les droits avec le droit à l’éducation.

Laborieusement, au cours des trente dernières années, le monde a fait avancer la reconnaissance de la valeur intrinsèque de l’éducation en tant que droit de l’homme. Ce plaidoyer démontre comment une bonne éducation se traduit directement par des indices positifs mesurables permettant aux filles et aux femmes de connaître et de revendiquer leurs droits fondamentaux et d’en jouir.

Evoquant le risque dramatique de voir s’inverser la tendance insufflée par trois décennies de travail suite à la pandémie de COVID-19, Mme Sutherland Addy a souligné que World Vision International estime que sur le continent africain, plus d’un million d’adolescentes pourraient avoir été empêchées de retourner à l’école en raison d’une grossesse intervenue pendant les fermetures d’écoles liées à la pandémie. La pandémie de COVID 19 a par ailleurs ébranlé les systèmes éducatifs, les mettant presque à genoux, a ajouté l’ancienne Ministre ghanéenne. Pour faire face à la pandémie et s’en remettre, les États doivent adopter une approche inclusive et fondée sur les droits afin de garantir que chacun ait droit à l’éducation et que personne ne soit laissé pour compte.

MME STEFANIA GIANNINI, Directrice général adjointe pour l'éducation à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a déclaré que neuf ans avant la date butoir du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et malgré l’expansion ces dernières années de l’éducation, il y a encore des centaines de millions d’enfants qui ne vont pas à l’école et 240 millions d’enfants ne mettront pas un pied à l’école si rien n’est fait. Avec la pandémie, ce sont 1,6 milliard d’enfants qui ont été privés d’école. Les écoles ont été fermées en moyenne entre 28 à 40 semaines, soit presque autant qu’une année scolaire entière, a-t-elle indiqué Mme Giannini. La question est donc de savoir comment la communauté internationale peut faire en sorte que l’éducation pour tous soit un droit réalisé. En la matière, la coopération et l’assistance technique restent des piliers importants, a souligné la Directrice générale adjointe.

La panéliste a également fait remarquer que le droit à l’éducation est menacé dans divers endroits du monde en raison aussi des coupes budgétaires. Or, l’éducation doit se voir accorder le rang de priorité dans les politiques publiques, dans le contexte où un quart des pays consacrent moins de 10% de leur budget à l’éducation. La célébration du 61e anniversaire de la Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement offrira une occasion d’explorer des pistes, a plaidé Mme Giannini.

M. FAHAD AL-SULAITI, Directeur général de l’organisation Education Above All (EAA) au Qatar, a déclaré que la coopération technique et le renforcement des capacités dans l’enseignement supérieur peuvent jouer un rôle dans le renforcement des capacités des pays sortant d’un conflit. Sans un soutien et une assistance appropriés, les établissements d’enseignement supérieur dans une société sortant d’un conflit ne peuvent pas offrir les compétences et les connaissances nécessaires. L’enseignement primaire et l’enseignement secondaire sont également essentiels pour toute société, a ajouté M. Al-Sulaiti ; toutefois, à eux seuls ils ne suffisent pas à soutenir le développement d’un pays et à progresser sur la voie à suivre, ce qui est en revanche le travail de l’université et de ses diplômés.

La communauté internationale devrait aider les gouvernements et les organisations non gouvernementales (ONG) à soutenir le renforcement des capacités locales pour relancer l’enseignement supérieur grâce à l’aide au développement et à la mise en place de réseaux de soutien et grâce à l’échange de personnel et d’étudiants afin de s’assurer que toute capacité perdue est rapidement récupérée, aux fins d’une meilleure reconstruction post-COVID.

Dans la réalisation du droit à l’éducation, les États devraient protéger le système éducatif, notamment en garantissant la disponibilité, l’accessibilité, la responsabilité et l’adaptabilité de l’éducation sur une base non discriminatoire, a indiqué M. Al-Sulaiti.

Aperçu du débat

Toutes les délégations ont reconnu que la pandémie de COVID-19 a eu un impact sur les systèmes éducatifs mondiaux. Environ 1,6 milliard d’élèves, dans pratiquement tous les pays du monde, ont vu leurs écoles fermées et à ceux-là, s’ajoutent les 250 millions de jeunes qui ne vont pas à l’école, sans parler des 773 millions d’adultes analphabètes dans le monde, a-t-il été précisé.

Cette pandémie a également mis en évidence les inégalités entre pays, notamment en termes d’accès à l’éducation – des inégalités qui sont aggravées par la fracture numérique entre pays riches et pauvres, a-t-il été observé. Les filles sont les plus touchées par ces disparités : elles sont deux fois plus nombreuses à abandonner l’école, a-t-il été souligné.

L’éducation est un droit fondamental garanti par de nombreux instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme ; elle est essentielle à l’épanouissement de tous et à l’établissement de sociétés pacifiques et prospères, a-t-on rappelé. Investir dans l’éducation gratuite, de qualité et équitable, y compris dans l’éducation aux droits de l'homme, est même le moyen le moins coûteux de parvenir aux objectifs de développement durable, de favoriser le développement, de ne laisser personne derrière, de lutter contre les extrémismes et de consolider la paix, ont affirmé des délégations.

De ce fait, l’éducation doit être une priorité des gouvernements et de la communauté internationale. Compte tenu que les gouvernements ne peuvent à eux seuls répondre à tous les défis, la coopération internationale, l’assistance technique et le renforcement des capacités sont cruciaux, a-t-il été souligné. Cependant, tout soutien aux États doit se faire sur une base volontaire, par le biais d’une approche collaborative et transparente qui tienne compte des réalités socioculturelles des États, ont insisté plusieurs délégations.

Des délégations ont également posé des questions aux panélistes, s’agissant notamment des moyens d’exploiter au mieux les bénéfices des technologies pour réduire les différentes formes d’inégalités et de fractures ou encore de la manière dont le Conseil peut accroître l’impact des initiatives internationales en matière d’éducation.

Des délégations ont aussi présenté les mesures prises par leur pays en matière d’éducation.

Ont en outre été dénoncées les mesures coercitives unilatérales prises par certains pays et qui ont un impact sur le droit à l’éducation dans les pays ciblés par ces mesures.

*Ont pris part au débat : Bahreïn (au nom du Conseil de coopération du Golfe), Finlande (au nom d’un groupe de pays), Brunéi Darussalam (au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est), Azerbaïdjan (au nom du Mouvement des pays non alignés), Cameroun (au nom du Groupe des États africains), Bahamas (au nom d’un groupe de pays), Union européenne, Égypte (au nom du Groupe des États arabes), Venezuela, Sierra Leone, Costa Rica, Cabo Verde (au nom de la communauté des pays lusophones), Indonésie, Togo, Inde, Géorgie, Philippines, Cambodge, Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Vanuatu, Colombie, Libye, Arabie saoudite, Maurice, Pakistan, ainsi que Elizka Relief Foudation,World Vision international, Rahbord Peimayesh Research and Educational Services Cooperative, Alliance internationale d'aide à l'enfance et Organisation internationale pour les pays les moins avancées.

Réponses et remarques de conclusion des panélistes

MME SUTHERLAND ADDY a renvoyé au rapport sur l’assistance technique et le renforcement des capacités pour ce qui est de toutes les activités menées par le Haut-Commissariat dans ce cadre. Elle s’est ensuite réjouie que de nombreuses interventions aient attiré l’attention sur la question de l’éducation des filles.

Relevant que l’enseignement supérieur avait été dépassé dans le contexte de la pandémie, Mme Sutherland Addy a estimé qu’il fallait le transformer radicalement. Les pays doivent envisager d’appuyer la recherche et le développement dans l’ensemble de l’enseignement supérieur, a-t-elle indiqué. Elle a dit espérer que l’enthousiasme constaté durant ce débat se transformerait en actions pour l’éducation partout dans le monde.

M. VIRABUTR a insisté sur les répercussions de la pandémie sur l’éducation – un secteur qui n’avait pas été aussi été ébranlé depuis très longtemps. Il faut s’assurer que les ressources nécessaires pour assurer le droit à l’éducation soient disponibles, a-t-il souligné, appelant à ne ménager aucun effort pour que le droit à l’éducation devienne une réalité pour tous dans le monde.

 

HRC21.095F