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Les réponses des États à la COVID-19 sont aveugles aux questions de genre et répondent rarement aux besoins spécifiques des femmes, déplore la Haute-Commissaire aux droits de l’homme

Meeting Summaries

 

Il est impératif de faire progresser l'égalité des sexes pour surmonter les crises ; et pourtant, la majorité des réponses socioéconomiques adoptées par les États dans le cadre de la COVID-19 sont aveugles aux questions de genre et répondent rarement aux besoins spécifiques des femmes. Or, la pandémie a frappé le plus durement les secteurs économiques où les femmes sont surreprésentées, notamment l'hôtellerie et la restauration, et les femmes constituent également la majorité des millions de travailleurs de l'économie informelle qui ont perdu leur emploi et leurs moyens de subsistance et n'ont eu qu'un accès limité à la protection sociale.

Tel est le constat dressé ce matin par la Haute-Commissaire aux droits de l’homme, Mme Michelle Bachelet, alors que le Conseil des droits de l’homme poursuivait sa journée annuelle de débat consacrée aux droits humains des femmes, entamée hier, en se penchant sur la question de « l’égalité des sexes dans le redressement socioéconomique après la pandémie de COVID-19 ».

Il faut donc réorienter dès à présent les efforts de redressement afin de mettre un terme aux reculs en matière d'égalité des sexes et de construire des sociétés plus inclusives, plus justes et plus prospères, a déclaré Mme Bachelet. Du point de vue des droits de l'homme, cela signifie prendre des mesures concrètes, parmi lesquelles : reconnaître la valeur économique du travail de soins rémunéré et non rémunéré ; garantir l'égalité des droits et des responsabilités des femmes au sein de la famille et éliminer les stéréotypes et les pratiques qui renforcent les inégalités entre les sexes ; et donner la priorité aux efforts de redressement favorables à la sécurité économique des femmes confrontées à des formes multiples et croisées de discrimination.

Mme Mónica Zalaquett Said, Ministre de la femme et de l’égalité des sexes du Chili, a quant à elle fait remarquer que la pandémie avait entraîné une perte dramatique d'emplois parmi les femmes, avant de faire part des mesures que son Gouvernement a prises pour réintégrer les femmes dans le monde du travail et apporter des réponses concrètes à leurs besoins.

Trois panélistes ont ensuite apporté leurs contributions : M. Mohammad Naciri, Directeur régional d’ONU Femmes pour la région Asie-Pacifique ; Mme Maria Alesi, militante féministe et praticienne du développement en Ouganda ; et Mme Kateryna Levchenko, Commissaire gouvernementale pour la politique d'égalité de genre de l'Ukraine et Vice-Présidente de la Commission pour l'égalité de genre du Conseil de l'Europe.

De nombreuses délégations* ont pris part au débat qui a suivi ces présentations. Face aux pertes d’emplois des femmes pendant la pandémie, il a été conseillé que les plans de relèvement des États tiennent compte de la dimension de genre ; le redressement économique et social n’est possible qu'avec la participation de toutes les femmes et les filles, a-t-il en outre été souligné.

Après cette discussion, trois organisations non gouvernementales** sont intervenues pour achever le dialogue entamé hier avec la Haute-Commissaire au sujet de son rapport sur la situation des droits de l’homme au Venezuela. A l’issue de ce dialogue, le Venezuela a indiqué qu’il souhaitait travailler avec de « véritables ONG » pour que les élections prévues en novembre se déroulent bien. Mme Bachelet, pour sa part, a appelé les autorités à montrer des signes de coopération en permettant aux équipes du Haut-Commissariat d’accéder à l’ensemble du territoire et en invitant les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales du Conseil à se rendre dans le pays pour y évaluer la situation des droits de l'homme.

 

Cet après-midi, à partir de 15 heures, le Conseil doit examiner des rapports sur la Syrie et sur le Myanmar.

 

Journée annuelle de débat consacrée aux droits humains des femmes – Deuxième partie : L’égalité des sexes dans le redressement socioéconomique après la pandémie de COVID-19

Déclarations liminaires

MME MICHELLE BACHELET, Haute-Commissaire aux droits de l’homme, a souligné qu’il était impératif de faire progresser l'égalité des sexes pour surmonter les crises. Et pourtant, la majorité des réponses socioéconomiques adoptées par les États dans le cadre de la COVID-19 sont aveugles aux questions de genre et répondent rarement aux besoins spécifiques des femmes. Ainsi, parmi les politiques étatiques étudiées par le Programme des Nations Unies pour le développement et ONU Femmes, seules 13 % environ abordent la sécurité économique des femmes.

Or, la pandémie a frappé le plus durement les secteurs économiques où les femmes sont surreprésentées, notamment l'hôtellerie et la restauration, a fait observer la Haute-Commissaire. Les femmes constituent également la majorité des millions de travailleurs de l'économie informelle qui ont perdu leur emploi et leurs moyens de subsistance et n'ont eu qu'un accès limité à la protection sociale. Contrairement à ce que l'on pense généralement, a ajouté Mme Bachelet, de nombreuses femmes sont des soutiens de famille et des travailleuses essentielles à la société. La valeur économique de la contribution des femmes à tous les types de soins s’élève à 11 000 milliards de dollars, soit 9 % du produit intérieur brut mondial.

D’autre part, les femmes sont largement absentes du processus décisionnel : elles ne constituent que 24 % des membres des institutions publiques nationales créées pour répondre à la pandémie de COVID-19, a indiqué la Haute-Commissaire.

Il faut donc réorienter dès à présent les efforts de redressement afin de mettre un terme aux reculs en matière d'égalité des sexes et de construire des sociétés plus inclusives, plus justes et plus prospères, a déclaré Mme Bachelet, indiquant se joindre à l'appel du Secrétaire général en faveur d'un nouveau contrat social et d'un nouveau pacte mondial qui créent des opportunités égales pour tous et respectent les droits et libertés de chacun.

Du point de vue des droits de l'homme, cela signifie prendre des mesures concrètes, a souligné la Haute-Commissaire : reconnaître la valeur économique du travail de soins rémunéré et non rémunéré ; garantir l'égalité des droits et des responsabilités des femmes au sein de la famille et éliminer les stéréotypes et les pratiques qui renforcent les inégalités entre les sexes ; donner la priorité aux efforts de redressement favorables à la sécurité économique des femmes confrontées à des formes multiples et croisées de discrimination ; ou encore aider les États fortement endettés à investir dans des services publics et un redressement économique tenant compte de la dimension de genre.

Il existe des initiatives prometteuses dans ce sens, a ajouté Mme Bachelet, avant de citer les pays qui adoptent une politique étrangère féministe et les parlementaires qui unissent leurs forces pour placer les femmes et les filles au centre des plans de relèvement.

MME MÓNICA ZALAQUETT SAID, Ministre de la femme et de l’égalité des sexes du Chili, a d’abord remarqué que bien que les femmes aient assumé l’essentiel des soins de santé et de la prise en charge sociale, elles n’ont pas été impliquées de manière égale dans la prise de décision stratégique dans la riposte à la COVID-19.

D’autre part, a-t-elle fait observer, la pandémie a entraîné une perte dramatique d'emplois parmi les femmes. Ainsi, le Chili, avant la pandémie, avait atteint un pic historique de 53,3 % de participation des femmes au marché du travail : la crise sanitaire l’a fait reculer pour tomber à 41,2 % entre avril et juin 2020, soit le retrait de près de 900 000 femmes de la population active.

Une autre conséquence grave de la COVID-19 pour les femmes est la surcharge de travail domestique et de soins non rémunérés au sein du foyer, a ajouté la Ministre chilienne. Selon les données des Nations Unies, les femmes consacrent en moyenne 28,7 heures par semaine à ces tâches, contre 11,7 heures pour les hommes, une situation que l’on retrouve aussi au Chili.

Face à ce scénario inquiétant, le Gouvernement chilien s'est engagé à engager le redressement économique dans une perspective de genre, a indiqué Mme Mme Zalaquett Said. Elle a précisé que son Ministère [de la femme et de l’égalité des sexes] a chargé un groupe composé de représentantes de la société civile, du monde universitaire, du secteur privé et du monde politique d’élaborer des propositions pour faire face à la crise dans trois domaines vitaux : la violence et la santé ; la relance économique ; et les soins.

En outre, le Gouvernement chilien a lancé des initiatives pour réintégrer les femmes dans le monde du travail et apporter des réponses concrètes à leurs besoins, a poursuivi la Ministre, citant notamment les subventions pour l'embauche de femmes dans les entreprises et les mesures prises pour favoriser l'employabilité de milliers de femmes qui, aujourd'hui, ne disposent par exemple pas des réseaux de soins nécessaires pour reprendre le travail.

Le Gouvernement a également renforcé le partenariat avec le secteur privé – en particulier les secteurs clefs pour la réactivation économique que sont la construction, les mines et l'énergie – pour y accroître la participation des femmes, a ajouté Mme Zalaquett Said.

M. MOHAMMAD NACIRI, Directeur régional pour l’Asie-Pacifique à ONU Femmes, a rappelé qu’il y a vingt-six ans, les femmes et les féministes ont fait l’histoire, avec l’adoption du Programme d'action de Beijing. Si leurs engagements résonnent encore aujourd'hui, la lutte pour l’égalité entre les sexes est encore inachevée, a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que des progrès notables ont néanmoins été réalisés dans certains domaines. Mais le fait est que la pandémie a aggravé les menaces pesant sur les femmes ; et les gains récents (qui avaient été réalisés en matière d’égalité entre les sexes) semblent soudainement vulnérables, a-t-il ajouté.

Avant la pandémie, a précisé le panéliste, les femmes de certains pays de la région Asie-Pacifique effectuaient, chaque jour, jusqu'à 11 fois plus de travaux non rémunérés que les hommes, avec un impact évident sur leurs opportunités de travail rémunéré. La pandémie a poussé cette iniquité à un point de rupture, a souligné M. Naciri. Mais il y a une opportunité à exploiter dans cette crise, à savoir que maintenant, nous pouvons reconstruire mieux et améliorer l'inclusion économique des femmes par le biais de l'égalité de rémunération et d’une meilleure protection de l'emploi, a-t-il expliqué.

Il faut se concentrer sur les priorités immédiates et à long terme, a indiqué M. Naciri. Il a notamment proposé de protéger les femmes soignantes, tant les professionnelles en première ligne que celles qui effectuent un travail essentiel mais non rémunéré à domicile. Deuxièmement, il faut étendre la protection sociale à tous les aidants ; cela signifie par exemple de procéder à des transferts en espèces pour les femmes à faible revenu ou encore d’assurer un soutien à la garde d'enfants pour les femmes en première ligne. M. Naciri a également proposé d’investir dans les infrastructures de base, y compris en créant des opportunités de travail plus sûres et décentes dans l'économie des soins.

MME MARIA ALESI, militante féministe et pratricienne du développement en Ouganda, a indiqué qu’au moment où la reprise économique s’annonce dans certains pays, il est nécessaire de la recentrer sur la vie des femmes et de tous les groupes poussés en marge du développement. C'est la seule façon de parvenir à une égalité aux niveaux tant individuel que national et mondial. Pour ce faire, le financement « sensible au genre » est l'un des piliers essentiels, a souligné Mme Alesi. Ce dernier ne doit cependant pas se limiter au financement de petits projets villageois pour les femmes, mais être un financement axé sur les droits humains et mettant l'accent sur le démantèlement des structures et des systèmes qui créent et renforcent les inégalités.

Pour y parvenir, il faut commencer par mettre fin au fardeau de la dette des pays à revenu intermédiaire et faible, a poursuivi Mme Alesi. La dette publique en Afrique s'élève actuellement à 350 milliards de dollars contre 3300 milliards de dollars pour la région Amérique latine. Avec de tels niveaux d’endettement, les pays sont contraints d'imposer des mesures d'austérité et de sacrifier les services publics sur l'autel du remboursement de la dette. En annulant le fardeau de la dette, nous libérerons des ressources pour investir dans les services publics et la protection sociale, a plaidé la militante.

Mme Alesi a également plaidé pour un soutien au secteur informel - lequel, a-t-elle ajouté, survit grâce au travail des femmes. Il faut également mettre en œuvre des régimes fiscaux progressifs, de façon à ce que les gouvernements puissent lever des fonds pour répondre aux obligations de développement. Enfin, les États doivent garantir l'inclusion, la responsabilité et la transparence dans la gouvernance, lutter contre la corruption, la violence, l'érosion de l'espace civique et la répression des acteurs de la société civile, pour assurer une égalité entre les genres, a recommandé Mme Alesi.

MME KATERYNA LEVCHENKO, Commissaire gouvernementale pour la politique d'égalité de genre de l'Ukraine , Vice-Présidente de la Commission pour l'égalité de genre du Conseil de l'Europe, a estimé que quatre facteurs conditionnaient un redressement après la COVID-19 qui soit respectueux de l’égalité entre les sexes : tenir les engagements internationaux en matière de droits humains et d'égalité des sexes ; améliorer la participation des femmes au processus décisionnel à tous les niveaux ; coopérer avec la société civile, et en premier lieu avec les organisations de femmes et les organisations féministes ; et renforcer la coopération entre les différentes institutions de l’État pour élaborer et appliquer les politiques publiques.

S’agissant de l'Ukraine, Mme Levchenko a indiqué que des mesures avaient été prises pour augmenter la participation des femmes dans la vie politique, avec un quota de 40% des femmes. Aux élections locales de 2020, dans certaines circonscriptions, la représentation féminine est ainsi passée de 8% à 35%, avec une moyenne de représentation des femmes dans les autorités locales élues d'environ 32%, a fait valoir Mme Levchenko.

D’autre part, la quarantaine liée à la COVID-19 ayant provoqué une augmentation des violences domestiques, le Gouvernement a adopté en 2021 un programme social pour prévenir et combattre la violence contre les femmes, y compris la violence domestique, doté d’un budget [équivalant à 10 millions de dollars des États-Unis] pour la création de services destinés aux victimes.

Mme Levchenko a enfin insisté sur l’importance de la coopération avec les organisations non gouvernementales pour défendre l'égalité des sexes et la participation des femmes aux processus décisionnels.

Aperçu du débat

Il a largement été recommandé que les États élaborent des plans de redressement économique qui garantissent une participation pleine, égale et effective des femmes aux processus décisionnels, et qu’ils prennent des mesures pour parvenir à l'inclusion financière, à l'égalité des salaires et à l'égalité des chances pour toutes les femmes et les filles.

Face aux pertes d’emplois des femmes pendant la pandémie, il a été conseillé que les plans de relèvement des États tiennent compte de la dimension de genre ; le redressement économique et social n’est possible qu'avec la participation de toutes les femmes et les filles, a-t-il en outre été souligné.

Un pays a indiqué qu’il investissait dans des groupes de la société civile pour faire en sorte qu'un éventail diversifié de femmes puisse participer aux décisions en matière de préparation, de réponse et de récupération en cas de catastrophe. Un autre a mis en avant les garanties salariales qu’il a étendues, pendant la pandémie, aux personnes chargées d'enfants, aux personnes âgées et aux personnes qui ne peuvent être recasées dans d'autres emplois. Les aides matérielles à la création d’entreprises par les femmes ont également été mentionnées à plusieurs reprises.

La reprise socioéconomique ne doit jamais être une excuse pour réduire l'accès universel à des services d'information, d'éducation et de soins de qualité et abordables en matière de santé sexuelle et procréative, ont souligné plusieurs États et organisations non gouvernementales. Il importe également de lutter contre la violence envers les femmes, y compris la violence domestique, a-t-il été rappelé.

La crise de la COVID-19 offre une occasion unique d'élaborer des plans de relance économique qui tiennent compte de la dimension de genre, atteignent toutes les femmes et les filles et intègrent des mesures d'éradication de la pauvreté, d'assistance et de protection sociales ainsi que des mesures fiscales et de relance, a-t-il été ajouté.

Donner la priorité aux femmes et aux filles dans toute leur diversité est moralement juste et est un impératif économique, a déclaré un intervenant. Les femmes ont toujours été des agents essentiels de la reprise après les crises et investir dans l'égalité des sexes a le potentiel de stimuler l'économie, a-t-il été souligné.

Les panélistes ont été priés de citer des bonnes pratiques dans tous ces domaines.

Il a en outre été relevé que la pleine égalité entre les sexes découlait de l'évolution des mentalités.

Une ONG a affirmé que les retombées socioéconomiques de la pandémie sur les femmes étaient le résultat de politiques inégalitaires et injustes menées de longue date.

*Liste des intervenants : Espagne (au nom d’un groupe de pays), Lituanie (au nom d’un groupe de pays), Pays-Bas (au nom d’un groupe de pays), Union européenne, Malaisie (au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est), Bahamas (au nom d’un groupe de pays), Slovénie (au nom d’un groupe de pays), Cameroun (au nom du Groupe africain), Rwanda (au nom du groupe des ambassadeurs francophones), Australie, Cuba, Monténégro, Centre for Reproductive Rights, IMADR, Plan International , La Barbade, Organisation internationale de développement du droit, Tunisie, Kazakhstan, Albanie, Luxembourg, Programme des Nations Unies pour le développement, Israël, Chine, Mauritanie, Équateur, Émirats arabes unis,Federation for Women and Family Planning,Center for Global Nonkilling et International Planned Parenthood Federation.

Réponses et remarques de conclusion des panélistes

MME LEVCHENKO a insisté sur l’importance de faire en sorte que les femmes participent effectivement aux prises de décision et à la conception et l’application des plans de reprise. Le recours aux quotas sera nécessaire pour assurer cette participation, comme le montre l’expérience ukrainienne, a estimé Mme Levchenko, insistant en outre sur la nécessité d’une coopération avec les organisations de la société civile et avec les organisations intergouvernementales.

Il faudra également soutenir les victimes de la violence sexiste ; adopter des documents et plans d’action stratégiques conformes aux objectifs de développement durable et à la plate-forme de Beijing ; et respecter les engagements pris s’agissant des droits de femmes et de l’égalité entre les sexes, y compris les dispositions de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, a recommandé Mme Levchenko.

MME ALESI a estimé que les pays africains devraient rejeter le passeport vaccinal, qu’elle a qualifié de pratique colonialiste et ancrée dans les structures racistes, dans la mesure où cette politique est mise en œuvre parallèlement à des mesures qui s'apparentent à une thésaurisation des vaccins. En ce qui concerne le taux d'imposition minimal de 15 % des sociétés, tel que proposé récemment, l’experte a invité les personnes présentes à se demander d'où vient ce chiffre. Le taux d'imposition des sociétés est plus proche de 30% dans plusieurs pays à revenu moyen ou faible. Un taux à 15 % détournerait des fonds hors de ces pays, a-t-elle affirmé.

M. NACIRI a souligné que la reprise après la pandémie exigeait un effort multilatéral et des investissements qui s’inscrivent dans le cadre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing – documents qui fixent des objectifs ambitieux – ainsi que dans le cadre des objectifs de développement durable, en particulier l’objectif 5. Il faudra élargir l’accès aux ressources économiques et prendre des mesures encourageant les femmes et les filles, partout. Une attention particulière doit aller aux femmes migrantes, particulièrement exposées au risque de pauvreté, a souligné M. Naciri.

Suite et fin du dialogue avec la Haute-Commissaire aux droits de l'homme sur la situation des droits de l’homme au Venezuela

Aperçu du débat

Les trois derniers intervenants ayant pris la parole dans le cadre du dialogue engagé hier avec la Haute-Commissaire aux droits de l’homme ont partagé un certain nombre d’inquiétudes. Il a ainsi été relevé qu’une ordonnance de mai 2021 contient des dispositions qui peuvent criminaliser les activités des organisations de la société civile, à tel enseigne que, pour le seul premier semestre de cette année, quelque 23 défenseurs des droits de l'homme ont déjà été réprimés à cause de leur travail. Ont en outre été dénoncées les arrestations arbitraires et autres exécutions extrajudiciaires qui, a-t-il été affirmé, se poursuivent au Venezuela dans la plus grande impunité.

Entre 2012 et 2020, a affirmé une ONG, le nombre de victimes assassinées au Venezuela s’élève à 3772, sans qu’aucune enquête n’ait été menée pour faire la lumière sur ces crimes. Le Venezuela devrait suivre les recommandations émises par divers organes qui suivent la situation des droits de l'homme sur le terrain, a-t-il été demandé.

**Liste des intervenants : CIVICUS, Human Right Watch , Centre pour la justice et le droit international.

Réponses et remarques de conclusion

Le représentant du Venezuela a déploré que des pays de sa région s’allient avec les États-Unis contre le Venezuela. Il a en outre jugé « honteux » que les membres de l’Union européenne appuient « la politiques d’agression » des États-Unis envers le Venezuela, en se joignant aux mesures coercitives unilatérales « injustes » qui violent les droits de l'homme du peuple du Venezuela. Il a par ailleurs rappelé que le Venezuela allait entrer dans un cycle électoral démocratique et a indiqué que les autorités vénézuéliennes souhaitaient travailler avec de « véritables ONG » pour que ces élections se déroulent bien.

MME MICHELLE BACHELET, Haute-Commissaire aux droits de l'homme, a salué le dialogue « franc et sincère » qui vient de se terminer. Elle a souligné que la campagne de vaccination (contre la COVID-19) est essentielle pour permettre une amélioration de la situation des droits de l'homme au Venezuela. Pour cela il faut que l’accès aux vaccins soit facilité, a-t-elle recommandé.

Pour ce qui est des agissements des forces spéciales, la Haute-Commissaire a fait observer que les chiffres montrent une baisse des plaintes depuis 2020, même si des organisations continuent de faire état d’usage d’armes létales. En ce qui concerne la loi sur les ONG, Mme Bachelet a indiqué avoir été informée d’un amendement assouplissant cette loi de façon à faire peser moins de contraintes sur les ONG. La société civile est essentielle à une bonne vie démocratique, a-t-elle rappelé.

Mme Bachelet a appelé les autorités vénézuéliennes à montrer des signes de coopération, notamment en permettant aux équipes du Haut-Commissariat d’accéder à l’ensemble du territoire. L’accord de coopération pourrait être renforcé avant la prochaine session du Conseil des droits de l'homme et les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales du Conseil pourraient être invités à se rendre dans le pays afin d’y évaluer la situation des droits de l'homme, a-t-elle souhaité.

 

HRC21.085F