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La Conférence du désarmement conclut son débat de haut niveau

Comptes rendus de séance

 

Les dernières interventions ont été faites par des ministres de Syrie et du Cameroun (au nom des six Présidents de la Conférence en 2021) et par des représentants du Pakistan, du Brésil, du Maroc, de l'Indonésie, de la Turquie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie

 

La Conférence du désarmement a conclu cet après-midi son débat de haut niveau de 2021, qui s'est tenu au Palais des Nations à Genève depuis le 22 février – principalement par visioconférence – sous la présidence de l’Ambassadeur Gonçalo de Barros Carvalho e Mello Mourão, du Brésil, et en présence de la Secrétaire générale de la Conférence et Directrice générale de l'Office des Nations Unies à Genève, Mme Tatiana Valovaya.

Ont pris la parole cet après-midi les Ministres des affaires étrangères de Syrie et du Cameroun, ce dernier au nom des six Présidents de la session de 2021 de la Conférence. Sont également intervenus des représentants du Pakistan, du Brésil, du Maroc, de l'Indonésie, de la Turquie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Certaines délégations ont en outre exercé le droit de réponse en fin de séance : États-Unis, Inde, République populaire démocratique de Corée, République de Corée, Japon, Syrie, Azerbaïdjan et Arménie.

Au cours de ces trois jours de débat ministériel, les ministres des affaires étrangères des pays suivants se sont adressés à la Conférence du désarmement : Suède, Allemagne, Inde, Irlande, Kazakhstan, Égypte, Pays-Bas, Kenya, Belgique, Bulgarie, Estonie, États-Unis, Canada, Autriche, Cuba, Iraq, Argentine, Chili, Équateur, Espagne, Slovaquie, Ukraine, Pologne, Grèce, Malte, Lettonie, Fédération de Russie, Bélarus, Jordanie, Portugal, Saint-Siège et Syrie. Pour sa part, le Ministre des affaires étrangères du Cameroun est intervenu cet après-midi au nom des six pays qui président la Conférence du désarmement en 2021, à savoir, la Belgique, le Brésil, la Bulgarie, le Cameroun, le Canada et le Chili.

La Conférence a également entendu des dignitaires de rang ministériel de Sri Lanka et du Panama, ainsi que des hauts dignitaires des pays suivants : Japon, Finlande, Malaisie, Venezuela, Slovénie, Roumanie, Moldova, République de Corée, Qatar, Norvège, Pakistan et Brésil. Sont également intervenus des représentants des pays suivants : République islamique d'Iran, Maroc, Indonésie, Turquie, Azerbaïdjan et Arménie.

La prochaine séance plénière de la Conférence du désarmement se tiendra la semaine prochaine à une date qui sera annoncée ultérieurement.

Débat de haut niveau

M. FAYSSAL MEKDAD, Ministre des affaires étrangères et des expatriés de Syrie, a appuyé le maintien du rôle, de la nature et du mandat de la Conférence du désarmement et exprimé l'espoir qu’elle sera en mesure de jouer son rôle pivot et de tomber d’accord sur un programme de travail équilibré qui conserverait les paramètres et le mandat de négociation. Il s’est engagé à collaborer aux efforts des 6 présidences dans le respect du professionnalisme, des principes de neutralité et d’intégrité et des règles de procédure. M. Mekdad a souligné que la Conférence était l’enceinte idoine pour négocier une convention internationale garantissant l’élimination des armes nucléaires de façon non-discriminatoire et vérifiable et selon un calendrier précis. Il a également estimé que l’établissement de zones exemptes d’armes nucléaires était indispensable à l’instauration d’un monde sans armes. Le ministre syrien a par ailleurs renouvelé son appui au projet de traité proposé par la Russie et la Chine sur la prévention du déploiement d’armes dans l’espace atmosphérique, ainsi que l’amorce de négociations sur le projet de convention relatif à l’élimination d’actes de terrorisme chimique et biologique, sur la base du texte proposé par la Fédération de Russie.

Après avoir dénoncé les tentatives de certains États tendant à exploiter la plateforme de la Conférence pour régler leurs comptes avec d’autres États qui ne partagent pas leurs positions et politiques, le Ministre des affaires étrangères de la Syrie a déclaré que lesdits pays cherchent à saper le rôle et la crédibilité des mécanismes existants, y compris la Conférence du désarmement. Il a ainsi renvoyé à la politisation de l’Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) par les États-Unis et les pays occidentaux qui exercent des pressions sur son Secrétariat technique pour le détourner de son mandat en vertu de la Conventions sur les armes chimiques. Il a précisé que les États-Unis étaient du reste le seul État partie à posséder des armes chimiques.

M. SOHAIL MAHMOOD, Secrétaire général du Ministère des affaires étrangères du Pakistan, a souligné que la Conférence du désarmement était une composante indispensable de l’architecture de l’ONU dans ce domaine. Or, les puissances militaires ne sont disposées qu’à faire des propositions qui ne leur coûtent rien, ce qui a placé la Conférence dans l'impasse. M. Mahmood a appuyé la nécessité d’entamer des négociations sur un instrument international juridiquement contraignant en vue de la prévention d’une course aux armements dans l’espace extra atmosphérique. Le Pakistan recommande également d’accorder une attention particulière à la réduction du déséquilibre entre forces armées et armes conventionnelles. D’autre part, la paix et la stabilité en Asie du Sud ne deviendra réalité qu’une fois que les différends sous-jacents seront résolus. Il s’agit également d’arriver à des accords relatifs à des mesures réciproques concernant le nucléaire et les missiles, et la réduction des risques.

M. LEJEUNE MBELLA MBELLA, Ministre des relations extérieures du Cameroun, dans une déclaration ministérielle conjointe au nom des États du «P6» (les six États qui président à tour de rôle la Conférence du désarmement en 2021, à savoir, la Belgique, le Brésil, la Bulgarie, le Cameroun, le Canada et le Chili ) a rappelé que la Conférence du désarmement n’avait «rien fait de significatif au cours des dernières vingt années écoulées», ce qui exige un réexamen de ses mécanismes pour savoir s’ils sont susceptibles d’être rénovés ou s’il conviendrait simplement de les supprimer entièrement. Les tensions entre États sont aussi élevées que lors de la Guerre froide et la méfiance et la suspicion mutuelles sont la règle plutôt que l’exception. Parallèlement, les nouvelles armes, la modernisation des armes nucléaires, l’intelligence artificielle et les technologies émergentes ont toutes le potentiel de déstabiliser un environnement d’ores et déjà lourd, aux conséquences catastrophiques pour tous les pays, indépendamment de leur position géographique ou niveau développement.

Cette situation inquiète les six pays présidant la Conférence en 2021 car les questions de désarmement ne peuvent être résolues uniquement sur une base bilatérale ou régionale, et requièrent des solutions par le truchement de la diplomatie multilatérale. S’agissant du programme de travail de la Conférence de désarmement, en dépit des efforts concertés du «P6» pour l’année 2021, M. Mbella Mbella a déclaré que ceux-ci ne se faisaient aucune illusion quant à ce qui pourrait être obtenu en une session de 24 semaines, mais ils ont tenté de donner un nouvel élan aux travaux. Tout le reste dépend de tous les membres de la Conférence et exige de la souplesse et un peu de compromis de la part de toutes les parties. Les six présidents de la Conférence pour 2021 ont recherché un juste milieu en offrant un «paquet» de propositions. Reconnaissant que la reprise de la confiance n’était pas affaire d’une année, M. Mbella Mbella a estimé qu’en 2021, on pouvait néanmoins s’efforcer de retourner à un climat de discussions fructueuses autour des points à l’ordre du jour et, ce faisant, jeter des bases cohérentes pour la reprise de négociations.

M. OMAR ZNIBER (Maroc) a fait valoir les contributions de son pays à la paix et la sécurité sur le plan régional, notamment en Libye, au Sahel et en Afrique, de manière globale; de même que sa participation aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, ou encore à la lutte antiterroriste, contre la criminalité organisée, et contre le trafic d’armes. M. Zniber a mis l’accent sur les nouveaux risques liés au développement technologique et l’intelligence artificielle, qui viennent s’ajouter aux menaces induites par les armes nucléaires, biologiques et classiques. La course à l’armement dans l’espace, le développement des missiles supersoniques ou autres technologies de pointe augmentent également les risques et maintiennent «l’équilibre des puissances» à une marge très réduite. Le représentant s'est par contre félicité de la reconduite de l’accord New START : bien qu’étant insuffisant, à lui seul, pour garantir une stabilité durable entre ces deux grandes puissances nucléaires, cet accord représente le gage d’une volonté commune de ne pas laisser s’estomper les avancées réalisées. M. Zniber a mis l’accent sur l’impératif qu’il y a de conclure des accords multilatéraux juridiquement contraignants et de permettre à la Conférence du désarmement de « renouer avec son mandat » initial. Il a aussi réaffirmé la position marocaine en faveur d’un élargissement de la participation aux travaux de la Conférence. Par ailleurs, les comportements incompréhensibles de certaines délégations qui empêchent la participation d’États en tant qu’observateurs tendent à politiser notre instance et en réduire la pertinence.

MME GRATA ENDAH WENDANINGTYAS (Indonésie), a exprimé l'espoir que 2021 serait l'année qui permettra, non seulement de remettre notre monde sur les rails, mais aussi, dans le contexte des travaux de la Conférence, d'inverser l'érosion du régime de désarmement nucléaire et de non-prolifération, conformément à la huitième priorité fixée par le Secrétaire général de l'ONU pour cette année. Au titre des bonnes nouvelles, l’Indonésie a cité l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction des armes nucléaires, qui vient compléter les accords internationaux sur les armes nucléaires. Le pays a loué le rôle précurseur des 54 États l’ayant ratifié et appelé tous les pays à appuyer les objectifs de cet instrument. Mme Wendaningtyas a également salué le renouvellement pour cinq ans du traité New START entre les États-Unis et la Fédération de Russie, qui montre leur responsabilité et volonté politique en tant que premières puissances nucléaires dans le maintien de la stabilité stratégique et de la paix et sécurité internationales. À cet égard, l’Indonésie encourage davantage de négociations sur la réduction des armements. L'Indonésie espère par ailleurs que la Conférence du désarmement sortira de l’impasse pour reprendre les négociations, conformément À son mandat, ce qui exige une volonté politique de tout un chacun, une grande souplesse, un engagement constructif et une approche pragmatique pour trouver un terrain d’entente.

M. SADIK ARSLAN (Turquie) a déclaré, à son tour, que son pays était disposé à négocier un traité d’interdiction des matières fissiles qui soit non discriminatoire et vérifiable et qui prenne en considération les préoccupations légitimes de tous les membres en matière de sécurité. Les règles de procédure et le statut de membre ne sont pas le véritable problème, a-t-il estimé, ajoutant qu’il faudrait d’abord rendre «cette plateforme fonctionnelle». Il a souligné à cet égard qu’il avait fait preuve de souplesse quant à l’acceptation d’un État observateur et qu’il importe de revenir à l’ancienne pratique agréée. Il a assuré par ailleurs que la Turquie fera tout son possible pour garantir le succès de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Il a salué la prolongation du traité New START, qui favorisera les efforts internationaux dans le domaine du désarmement. Il a condamné, dans les termes les plus forts, l’utilisation d'armes chimiques en tout lieu et circonstances. Il a appelé à l’établissement des responsabilités dans l’utilisation répétée de telles armes dans le conflit en Syrie. Avant de conclure, M. Arslan a appuyé la Convention sur l'interdiction des armes biologiques, recommandant de la réviser compte tenu des réalités et défis actuels étant donné que la pandémie de la COVID-19 avait confirmé l’importance de cet instrument.

M. FABIO MARZANO, Secrétaire pour la souveraineté et la citoyenneté du Brésil, dont le pays préside les travaux de la Conférence du désarmement ce mois-ci, s’est dit convaincu que les efforts conjugués et soutenus des 6 présidents cette année mèneront à des solutions rapides. M. Marzano a souligné que la science et la technologie ouvrent de nouveaux espaces, y compris en matière d’armement et de militarisation de l’espace extra-atmosphérique, d’où la nécessité impérieuse de négocier un instrument international juridiquement contraignant sur une utilisation exclusivement scientifique ou de découverte de l’espace. Il importe, en conclusion, de réaffirmer le mandat juridique de la Conférence du désarmement car c’est le seul forum multilatéral à même de garantir une sécurité et une coexistence humaine pacifique.

M. VAQIF SADIKOV (Azerbaïdjan), a regretté que la Conférence du désarmement n’ait pas été en mesure de s’acquitter de son mandat pendant si longtemps ni d’adopter son programme de travail par consensus. Il a incité à saisir l’occasion de la prochaine Conférence d’examen du TNP, « colonne vertébrale » du régime international de désarmement nucléaire, de non-prolifération et d’utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques pour accomplir des progrès. Il a réaffirmé l’engagement de son pays dans la mise en œuvre de toutes ses obligations prises lors de la précédente conférence, et entend œuvrer en étroite coopération avec toutes les parties prenantes, notamment dans le cadre de l’Initiative de Stockholm. Le représentant a également salué l’accord intervenu entre les États-Unis et la Fédération de Russie sur le traité new START, et émis le vœu qu’il mènera à des efforts impliquant d’autres États sur d’autres questions. Il a également indiqué attacher la plus grande importance à la déclaration tripartite du 10 novembre 2020 signée entre l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Russie, qui a mis fin à plus de trois décennies de conflit armé et jeté les bases d’une paix durable et d’une stabilité dans le sud du Caucase. Dans le même esprit, elle attache une grande importance à la pleine application de la Déclaration sur la normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

M. ANDRANIK HOVHANNISYAN (Arménie), a déclaré que l’érosion des régimes de contrôle des armes ne sont pas le fait du hasard. Ils résultent en fait de nombreuses années de non-respect des principaux traités et documents, ainsi que de la négligence de principes aussi cruciaux que la non-utilisation de la force ou le maintien de la paix et la sécurité internationales énoncés dans la Charte. Au bout du compte, les hostilités découlent de l’absence de détection des signes précurseurs de ces violations. À cet égard, l’Azerbaïdjan est un exemple parfait du non-respect des principaux régimes de contrôle d’armes comme le Traité européen sur les armes conventionnelles. C’est dans ce climat de négligence générale que l’Azerbaïdjan a osé attaquer le Nagorno-Karabakh et ce, malgré l’appel du Secrétaire général de l’ONU en faveur d’un cessez-le-feu mondial immédiat en raison de la pandémie COVID-19. Cette agression a fait 71 morts, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées. Le représentant a également dénoncé l’utilisation indiscriminée, pendant les 44 jours du conflit, d’armes à sous-munitions contre des zones résidentielles et le recours à des engins incendiaires. Il a dénoncé la politique de nettoyage ethnique des Arméniens du Nagorno-Karabakh, actuellement occupé par l’Azerbaïdjan. Il a signalé que le Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires avait confirmé la présence de combattants terroristes étrangers recrutés parmi les forces jihadistes en Syrie venus renforcer les forces armées d’Azerbaïdjan dans ce conflit.

 

DC21.016E