Fil d'Ariane
Examen de la Jamaïque au Comité des droits de l’homme : les experts abordent des questions en lien avec l’utilisation de la force par la police ou encore la discrimination en raison de l’orientation sexuelle
Le Comité des droits de l’homme a examiné, hier après-midi et ce matin, le cinquième rapport périodique soumis par la Jamaïque au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Le rapport a été présenté par M. Delroy Chuck, Ministre de la justice et des affaires constitutionnelles de la Jamaïque. M. Chuck a d’abord évoqué les suites de l’ouragan Melissa, catastrophe qui a frappé son pays en octobre 2025 et qui, en quelques heures, a causé des dégâts et des pertes estimés à 56,7 % du PIB national. Dans sa réponse à cette catastrophe, a expliqué M. Chuck, le Gouvernement a donné la priorité à l’aide vitale, aux abris d’urgence, à l’alimentation, à l’eau, aux soins de santé, au soutien psychosocial et au rétablissement des services essentiels, tout en veillant à ce que l’aide parvienne à ceux qui en ont le plus besoin.
M. Chuck a fait remarquer que la reconstruction d’une Jamaïque capable de résister aux tempêtes devait s’accompagner d’une action internationale pour remédier aux vulnérabilités auxquelles sont confrontés les petits États insulaires en développement, dont la Jamaïque. Il a rappelé l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de juillet 2025, aux termes duquel les États ont l’obligation de garantir la jouissance effective des droits de l’homme en prenant les mesures nécessaires pour protéger le système climatique et l’environnement.
M. Chuck a ensuite indiqué que son Gouvernement menait un processus de réforme comprenant la transition vers un régime républicain. Dans ce cadre, la réforme comprendra une révision de la Charte des droits et libertés de 2011, ce qui sera une occasion de prendre des mesures pour renforcer encore la protection des droits et libertés fondamentaux, a dit le Ministre de la justice.
M. Chuck a souligné que la Jamaïque, toujours confrontée au problème des crimes violents, appliquait des mesures pour renforcer la sécurité publique et garantir que la réponse reste fermement ancrée dans le droit, l’obligation de rendre compte et le respect des droits fondamentaux. La Jamaïque a enregistré 673 meurtres en 2025, soit le chiffre annuel le plus bas en vingt ans, a mis en avant le Ministre.
Conduite par Mme Grace Ann Stewart McFarlane, Secrétaire permanente du Ministère de la justice et des affaires constitutionnelles de la Jamaïque, la délégation était composée de plusieurs représentants des Ministères jamaïcains des affaires étrangères et du commerce extérieur, de la justice et des affaires constitutionnelles, ainsi que de la sécurité nationale et de la paix.
Au cours du dialogue entre cette délégation et les experts membres du Comité, un expert a souligné la différence entre, d’un côté, la chute du nombre de meurtres signalée en 2025 en Jamaïque et, de l’autre, les 311 personnes tuées par balle par les forces de sécurité cette même année : ce chiffre, a-t-il relevé, est bien supérieur au nombre de victimes de l’ouragan Melissa.
Un expert a regretté que le rapport ne réponde pas aux questions du Comité s’agissant de la lutte contre les crimes de haine, les discours de haine et les autres actes de discrimination ou de violence en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre d'une personne. D'après une enquête nationale menée en 2023 par le Programme des Nations Unies pour le développement et USAID, 83 % des personnes LGBT en Jamaïque auraient connu la violence en raison de préjugés et de discriminations, a souligné l’expert.
Des experts ont espéré que la Jamaïque modifierait la Charte des droits afin d’y définir et d’y interdire expressément la discrimination directe et indirecte, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, et d’y intégrer une définition claire de la discrimination raciale.
Une experte a relevé qu’en l’état actuel de la loi jamaïcaine, une femme ou une fille victime d’un viol et qui tombe enceinte ne peut pas mettre fin à sa grossesse, l’avortement étant interdit.
Un expert, relevant que la Jamaïque était le lieu de refuge le plus proche pour les migrants provenant d’Haïti, a demandé quelles garanties permettaient de s’assurer qu’aucune personne ayant besoin d’une protection internationale ne serait expulsée vers un pays où elle risquerait de subir un préjudice irréparable.
Les experts ont abordé avec la délégation jamaïcaine de nombreuses autres questions en lien avec la peine de mort, la gestion des manifestations pacifiques ou encore la protection des enfants contre la violence.
Le Comité adoptera ultérieurement, à huis clos, ses observations finales sur le rapport de la Jamaïque et les rendra publiques à l’issue de sa session, le 6 novembre prochain.
Examen du rapport de la Jamaïque
Le Comité est saisi du cinquième rapport périodique de la Jamaïque (CCPR/C/JAM/5), rapport établi sur la base d’une liste de points à traiter qui avait été soumise par le Comité.
Présentation
Présentant le rapport, M. DELROY CHUCK, Ministre de la justice et des affaires constitutionnelles de la Jamaïque, dans une déclaration enregistrée, a d’abord évoqué les suites de l’ouragan Melissa, catastrophe qui a frappé son pays en octobre 2025 et qui, en quelques heures, a causé des dégâts et des pertes estimés à 56,7 % du PIB national. Dans sa réponse à cette catastrophe, a expliqué M. Chuck, le Gouvernement a donné la priorité à l’aide vitale, aux abris d’urgence, à l’alimentation, à l’eau, aux soins de santé, au soutien psychosocial et au rétablissement des services essentiels, tout en veillant à ce que l’aide parvienne à ceux qui en ont le plus besoin. Une Autorité nationale pour la reconstruction et la résilience (National Reconstruction and Resilience Authority, NaRRA) a été créée, en tant que mécanisme chargé d’accélérer la reconstruction de la Jamaïque tout en respectant la transparence et la bonne gouvernance.
M. Chuck a fait remarquer que la reconstruction d’une Jamaïque capable de résister aux tempêtes devait s’accompagner d’une action internationale pour remédier aux vulnérabilités auxquelles sont confrontés les petits États insulaires en développement, y compris la Jamaïque. À cet égard, M. Chuck a rappelé l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de juillet 2025, aux termes duquel les États ont l’obligation de respecter et de garantir la jouissance effective des droits de l’homme en prenant les mesures nécessaires pour protéger le système climatique et d’autres éléments de l’environnement.
S’agissant ensuite du cadre constitutionnel et institutionnel de l’application du Pacte en Jamaïque, M. Chuck a indiqué que son Gouvernement menait actuellement un processus de réforme comprenant la transition vers un régime républicain. Dans ce cadre, la réforme comprendra une révision de la Charte des droits et libertés de 2011, ce qui sera une occasion de réfléchir à l’évolution de son cadre en matière de droits de l’homme et de prendre des mesures pour renforcer encore la protection des droits et libertés fondamentaux, a dit le Ministre de la justice.
M. Chuck a aussi souligné que la Jamaïque, toujours confrontée au problème des crimes violents, appliquait des mesures pour renforcer la sécurité publique et garantir que la réponse reste fermement ancrée dans le droit, l’obligation de rendre compte et le respect des droits fondamentaux. La Jamaïque a enregistré 1 406 meurtres en 2023, avant une baisse significative en 2025, avec 673 meurtres recensés, soit le chiffre annuel le plus bas en vingt ans, a mis en avant le Ministre. En 2026, l’Indice mondial de la paix a classé la Jamaïque comme le pays le plus pacifique des Caraïbes, a-t-il aussi souligné.
Face à la criminalité des gangs, qui serait à l’origine de plus de 70 % des meurtres, la réponse de la Jamaïque s’appuie sur un cadre législatif et institutionnel comprenant la loi de 2014 sur la justice pénale (répression des organisations criminelles) ; la loi de 2022 sur les armes à feu (interdiction, restriction et réglementation) ; la loi de 2023 sur la liberté sous caution ; et la loi de 2017 sur les mesures spéciales de sécurité et de développement communautaire.
M. Chuck a également mentionné les mesures prises par la Jamaïque, depuis le précédent examen devant le Comité, pour prévenir la corruption et lutter contre celle-ci, notamment la création en 2021 de l’Agence de lutte contre la grande criminalité organisée et la corruption, en tant qu’organisme indépendant. D’autre part, le cadre législatif contre la traite des personnes a été renforcé grâce à des amendements apportés à la loi sur la traite des personnes en 2021 ; entre 2017 et 2023, la Jamaïque a ouvert 321 enquêtes sur des affaires de traite, poursuivi quarante personnes, identifié 66 victimes et obtenu neuf condamnations.
En ce qui concerne l’égalité et la non-discrimination, le Ministre a fait état de progrès dans la participation des femmes à la vie publique et à la prise de décision, les femmes occupant actuellement une part importante des sièges au sein des deux chambres du Parlement et occupant des postes de direction dans l’ensemble du secteur public. Il a aussi mentionné l’adoption de mesures contre la violence à l’égard des femmes et des filles, notamment par le biais de la loi de 2023 sur le harcèlement sexuel et de la loi de 2023 sur la violence domestique.
Questions et observations des membres du Comité
Le Comité avait confié l’examen du rapport de la Jamaïque à un groupe de travail composé de cinq de ses membres : M. Rodrigo A. Carazo, M. Laurence R. Helfer, Mme Tania María Abdo Rocholl, Mme Tijana Šurlan et M. Bacre Waly Ndiaye.
Coordonnateur de ce groupe de travail, M. CARAZO a d’abord insisté sur les conséquences considérables des catastrophes naturelles, tel l’ouragan Melissa, sur le fonctionnement des petites îles et sur la capacité de leurs Gouvernements à répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations. M. Carazo a exprimé la solidarité du Comité envers le peuple jamaïcain alors qu’il s’engage dans un processus de reconstruction nationale, et a espéré que le système international de solidarité et de coopération se montrerait à la hauteur de la situation.
M. Carazo a ensuite voulu savoir si, dans le cadre de la réforme constitutionnelle en cours, dont le but est de passer d’un système monarchique à un système républicain, la Jamaïque modifierait la Charte des droits afin d’y définir et d’y interdire expressément la discrimination directe et indirecte, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, et d’y intégrer une définition claire de la discrimination raciale. M. Carazo a aussi demandé ce qu’il en était de la création d’une institution nationale de droits de l’homme indépendante.
S’agissant de la lutte contre la corruption, M. Carazo a salué la création de la Commission pour l’intégrité en 2017. Il a voulu savoir ce qu’il en était des enquêtes menées contre le premier ministre jamaïcain, plusieurs autres ministres et des parlementaires en lien avec la passation de contrats publics en 2006 et 2009.
M. Carazo, relevant que la Jamaïque était le lieu de refuge le plus proche pour les migrants provenant d’Haïti, a demandé si elle adopterait un cadre juridique exhaustif et moderne pour les personnes en quête de protection internationale. Il a voulu savoir quelles garanties existaient pour empêcher l’expulsion de toute personne ayant besoin d’une protection internationale vers un pays où elle risquerait de subir un préjudice irréparable, en particulier des violations des articles 6 et 7 du Pacte.
M. HELFER a demandé si les amendements à la Charte des droits interdiraient explicitement la discrimination fondée sur tous les motifs protégés par le Pacte, y compris le handicap, l'origine ethnique, l'orientation sexuelle, l'identité de genre, l'état civil et l'état de santé. L’expert a aussi voulu savoir quels recours étaient ouverts aux personnes victimes de discrimination en Jamaïque.
M. Helfer a regretté que le rapport ne réponde pas aux questions du Comité s’agissant de la lutte contre les crimes de haine, les discours de haine et les autres actes de discrimination ou de violence en raison de l'orientation sexuelle réelle ou perçue ou de l'identité de genre d'une personne. D'après une enquête nationale menée en 2023 par le Programme des Nations Unies pour le développement et USAID, 83 % des personnes LGBT auraient connu la violence en raison de préjugés et de discriminations en Jamaïque, a souligné l’expert.
M. Helfer a demandé si la Jamaïque pourrait envisager une politique officielle de non-application de la loi punissant les relations homosexuelles. Le fait que la Jamaïque n’a pas encore adopté de législation détaillée contre toutes les formes de discrimination crée un environnement de stigmatisation et de crainte pour la communauté LGBT, a estimé l’expert.
L’expert a regretté que la Jamaïque n’envisage pas d’abolir la peine de mort et que des responsables du gouvernement se soient prononcés publiquement pour mettre fin au moratoire sur l’application de cette peine.
M. Helfer a fait part de préoccupations relatives à un niveau élevé de violence contre les mineurs en Jamaïque, y compris le fait que les violences sexuelles sur les enfants sont insuffisamment poursuivies en raison du grand nombre de cas et des ressources limitées de la police.
MME ABDO ROCHOLL a demandé si la Jamaïque envisageait d’interdire la discrimination fondée sur l'état de santé, et en particulier de sanctionner la divulgation non autorisée du statut sérologique d’une personne vis-à-vis du VIH.
L’experte a dit prendre note des efforts du Gouvernement pour enrayer la violence criminelle en Jamaïque. Elle a relevé que, dans ce contexte, la Cour constitutionnelle jamaïcaine avait déclaré inconstitutionnels les vingt-quatre états d’urgence proclamés entre 2018 et 2023. L’experte a voulu savoir si l’État envisageait de modifier la loi sur l’état d’exception afin qu’elle soit conforme à l’article 4 du Pacte.
Mme Abdo Rocholl a demandé à quelles sanctions s’exposait un employeur qui discrimine un employé séropositif au VIH en licenciant cet employé ou en divulguant son diagnostic, par exemple.
L’experte a voulu savoir, d’autre part, si la Jamaïque allait ratifier la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et si les déclarations obtenues sous la torture étaient admises dans les procédures judiciaires.
Mme Šurlan a relevé avec satisfaction que l’objectif de 30 % de représentation de femmes recommandé dans la Politique nationale pour l’égalité entre les sexes avait été atteint au Parlement et dans plusieurs institutions publiques. Elle a demandé si le Gouvernement poursuivrait ses efforts pour atteindre un niveau de représentation similaire dans d’autres institutions publiques et dans le secteur privé. De même, l’experte a jugé positifs les amendements apportés à la loi sur la violence domestique, afin de renforcer le cadre juridique de la protection des victimes, et a demandé si le Gouvernement renforcerait aussi le cadre juridique relatif à la répression du viol conjugal.
Mme Šurlan a relevé qu’en l’état actuel de la loi jamaïcaine, une femme ou une fille victime d’un viol et qui tombe enceinte ne peut pas mettre fin à sa grossesse, l’avortement étant interdit. Pour le Comité, a rappelé l’experte, les restrictions à l'accès à l'avortement ne doivent pas mettre en péril le droit à la vie ou d'autres droits des femmes et des filles enceintes défendus par le Pacte. Elle a aussi demandé si les pères biologiques d’enfants nés à la suite d’un viol ou d’un inceste étaient tenus de soutenir financièrement ces enfants.
Mme Šurlan a relevé que, selon certaines informations, les conditions de détention en Jamaïque sont marquées par la surpopulation, une hygiène défaillante, des infrastructures déficientes et des lacunes dans l’alimentation. D’autre part, les personnes souffrant de troubles mentaux ne pourraient se faire soigner correctement en prison.
M. NDIAYE s’est interrogé sur les raisons de la différence entre, d’un côté, la chute du nombre de meurtres signalée en 2025 en Jamaïque et, de l’autre, les 311 personnes tuées par balle par les forces de sécurité cette même année : ce chiffre, a-t-il relevé, est bien supérieur au nombre de victimes de l’ouragan Melissa. L’expert a prié la délégation de dire ce qu’il en était des sanctions infligées aux agents responsables et si une réflexion était menée au sujet de l’utilisation proportionnée et légitime de la force par la police.
Toujours s’agissant de l’utilisation de la force par la police, M. Ndiaye a relevé qu’après l’opération à Tivoli Gardens en 2010, qui a fait près de 70 morts parmi les civils, seules 29 personnes ont été indemnisées et aucun membre des forces de sécurité n'a été condamné pour homicide.
M. Ndiaye a prié la délégation de dire quels critères servaient à désigner les zones d’opérations spéciales (zones of special operations, ZOSO) et quelles garanties et quels recours étaient offerts aux résidents de ces zones pendant les couvre-feux, lors des fouilles et aux points de contrôle. L’expert a aussi demandé combien d’agents engagés dans ces zones portaient des caméras personnelles, et si les images filmées étaient toujours remises à l’INDECOM.
L’expert a par ailleurs demandé si l’organisation d’une manifestation en Jamaïque était soumise à une autorisation préalable ou simplement à une notification. Il a voulu savoir quelle formation spécifique suivaient les agents affectés à la gestion des manifestations pacifiques et ce qu’impliquait concrètement la doctrine dite de community policing.
Réponses de la délégation
La délégation a précisé que le Comité interministériel des droits de l’homme était chargé, avec d’autres services, de donner suite aux recommandations du Comité des droits de l’homme et de garantir la bonne mise en œuvre des obligations découlant du Pacte. Une approche similaire est adoptée pour d’autres conventions des droits de l’homme ratifiées par la Jamaïque.
Les autorités mènent actuellement des consultations en vue de la création d’une institution nationale de droits de l’homme, a aussi précisé la délégation. À l’heure actuelle, plusieurs entités en Jamaïque jouent un rôle essentiel dans la promotion et la protection des droits de l'homme, notamment le Bureau de l'enfance, la Commission d'enquête indépendante (INDECOM) et le Bureau du défenseur public.
Il a été précisé par ailleurs que toutes les mesures lors de situations d'urgence doivent être licites, nécessaires et proportionnelles. En particulier, tout placement en détention doit être fondé sur un motif raisonnable, limité dans le temps et soumis à l’autorisation d'un haut responsable.
S’agissant de la lutte contre la corruption, il a été précisé que la loi sur la transparence de 2004 donnait aux citoyens et aux organisations le droit d'avoir accès aux documents officiels du gouvernement et de ses départements, ainsi qu’à ceux des institutions, des conseils paroissiaux et de la majorité des entreprises publiques. De plus, la Jamaïque s'est dotée d'un cadre juridique pour la protection des lanceurs d'alerte : à ce titre, toute personne qui empêche un employé de faire une « divulgation protégée » s’expose à une amende ou à une peine de prison.
La révision de la Charte des droits, dans le cadre de la réforme constitutionnelle en cours, se fait en consultation directe avec la population par le biais d’une plateforme rassemblant la société civile, des experts juridiques et les citoyens qui peuvent exprimer leurs préoccupations en matière de droits de l'homme ou plus généralement faire des recommandations.
La loi relative aux atteintes à la personne ne fait pas partie des textes révisés à l’heure actuelle. Cependant, le Gouvernement, opposé à la discrimination, au harcèlement et à la violence contre toute personne, travaille de façon constructive pour que des mesures soient prises pour protéger les droits humains. La police travaille sur la base d'une politique de la diversité (2011) qui porte en particulier sur le traitement des personnes LGBTQIA+.
S’agissant du VIH/sida, tous les patients sont traités avec dignité et respect, indépendamment des circonstances, a assuré la délégation. Le Ministère de la santé utilise un mécanisme de réaction qui permet à tous les clients de manifester leurs griefs au niveau national et local.
La loi sur la protection des données de 2024 porte aussi sur les informations de santé, a-t-il été précisé. Toute violation de ses dispositions peut donner lieu au versement d’une indemnité.
Le planning familial mène une campagne pour réduire le nombre de grossesses parmi les adolescentes.
La loi sur la prévention et la protection contre les abus sexuels permet de traiter des plaintes pour harcèlement sexuel. Des discussions sont en cours au sujet d’amendements aux textes en vigueur afin qu’ils tiennent compte du viol conjugal.
S’agissant de l’égalité entre hommes et femmes, la délégation a précisé que la première cheffe d’état-major de l’armée jamaïcaine avait été nommée en 2022 et la première présidente de la Cour d’appel en 2025. On compte, de plus, quatre femmes au sein du conseil des ministres, chargées des finances et de la fonction publique, des affaires étrangères, de la culture et du sport, et de l’éducation.
S’agissant du recours à la force par la police, la délégation a indiqué qu’il était encadré en Jamaïque par les principes de nécessité et de proportionnalité. En cas d’incident mortel, ses circonstances sont examinées de manière indépendante par l’INDECOM, laquelle peut ordonner la transmission de l’affaire aux autorités pénales. Cette Commission a mené 1 248 enquêtes en 2025 ; 22 affaires ont fait l’objet de poursuites judiciaires, concernant 28 policiers, entraînant une condamnation.
Les agents à tous les niveaux suivent des formations obligatoires sur l’utilisation des armes à feu. La police est en train d’équiper ses agents de caméras individuelles en vue d’un meilleur contrôle de leurs activités, a aussi précisé la délégation.
Le Gouvernement n’a pas pris de décision officielle quant à la ratification du Protocole facultatif se rapportant au Pacte créant une procédure de plainte devant le Comité, a dit la délégation. En l’état, a-t-elle ajouté, les justiciables en Jamaïque disposent d'autres recours en matière de protection internationale, notamment la Commission interaméricaine des droits de l'homme.
La divulgation non autorisée du statut d’une personne relativement au VIH/sida est sanctionnée par la loi sur la protection des données. De même, le licenciement d’une personne en raison de sa séropositivité peut constituer une forme de discrimination au travail : la personne visée peut saisir le ministère du travail et de la sécurité sociale, qui a mandat pour traiter de ces questions.
Les femmes qui ont des enfants après un viol ou un inceste peuvent se prévaloir des programmes sociaux et de bien-être conçus par le Gouvernement. Ces programmes portent notamment sur la santé et l'éducation, y compris la formation professionnelle.
De manière plus générale, des conseils et des services de soutien en matière d'éducation sont fournis aux jeunes filles enceintes, l'objectif étant de les réinsérer dans le système scolaire et de leur permettre d'obtenir l’instruction nécessaire pour intégrer le marché du travail.
La Jamaïque n’a pas ratifié la Convention contre la torture, a poursuivi la délégation, mais le cadre constitutionnel et juridique en vigueur permet néanmoins de lutter contre toutes les manifestations de la torture, conformément aux articles 7 et 10 du Pacte. La Charte des droits et libertés garantit ainsi la protection contre tout acte de torture et contre les mauvais traitements, de même que des recours et des réparations en cas de besoin. De plus, si un aveu doit être fait dans une procédure, quelle qu'elle soit, il doit l'être sur une base totalement volontaire, a ajouté la délégation.
La délégation a précisé que les autorités n’imposent de restrictions à la liberté de mouvement qu’en tenant compte des principes de nécessité et de proportionnalité. En 2026, sept zones of special operations ont fait l’objet d’une évaluation : elles seront transformées en zones of peace and opportunity (« zones de paix et d’opportunités »), a dit la délégation.
La Jamaïque applique une approche du maintien de l’ordre centrée sur les communautés, a précisé la délégation. Ces dernières sont invitées à participer à des partenariats destinés à restaurer la confiance de la population envers la police : c’est cette approche qui a permis de réduire le niveau de violence par armes à feu depuis dix ans, a dit la délégation.
La délégation a donné des explications sur le système de justice pour les mineurs en Jamaïque, précisant notamment que les « peines-planchers » prévues par la loi ne pouvaient être infligées aux enfants âgés de 14 à 17 ans qu’en cas de meurtre.
La délégation a mentionné l'engagement pris par la Jamaïque consistant à créer un environnement propice à la protection des enfants contre tout type de violence, démarche impliquant la participation de plusieurs ministères et autres départements. Il s’agit de réduire la violence faite aux enfants par le biais de plusieurs volets consacrés respectivement à la prévention, au contrôle, aux interventions, à la surveillance et aux évaluations.
La loi régissant les infractions sexuelles sanctionne différents types d’agressions commises contre les personnes des deux sexes et prévoit les mêmes mesures de protection pour les hommes comme pour les femmes. En particulier, l’enfant victime peut bénéficier d’une mesure d’éloignement de l'environnement dans lequel il vit, si cet environnement lui est hostile.
Il a par ailleurs été indiqué que le Gouvernement avait l’intention d'appliquer une politique de tolérance zéro concernant les châtiments corporels à l'école.
Indépendamment de certaines intentions exprimées, un moratoire s’applique de fait à la peine de mort, aucune exécution n’ayant eu lieu et aucune condamnation à cette peine n’ayant été prononcée depuis 1988, a indiqué la délégation.
Concernant les conditions de détention, la délégation a indiqué que le système pénitentiaire fournissait des services adéquats pour répondre aux besoins physiques et mentaux des personnes détenues, y compris sur le plan nutritionnel et s’agissant des traitements médicaux spécialisés. Les autorités pénitentiaires sont passées d'une approche répressive à une approche de soutien, visant la réinsertion et la réadaptation.
La délégation a dit prendre note des questions au sujet de l’adoption d’une loi sur les réfugiés. Elle a indiqué que, de manière générale, le Gouvernement s’intéressait de près aux besoins humanitaires des migrants qui arrivent dans le pays, quel que soit leur statut de migration. L’approche jamaïcaine vise à établir un équilibre entre les préoccupations sécuritaires légitimes et la protection du bien-être des personnes et familles vulnérables, a-t-il été précisé.
Enfin, la délégation a précisé qu’au sortir de l'ouragan Melissa, le Gouvernement avait pourvu aux besoins des communautés les plus touchées, en particulier en milieu rural, avant de se concentrer sur la reconstruction de la Jamaïque. La protection du droit à la vie pendant et après la catastrophe a été une priorité.
La délégation a répondu à d’autres questions des experts portant sur la lutte contre la traite des êtres humains, sur la part des femmes dans les instances élues et dans les postes de direction, sur la protection accordée aux défenseurs des droits de l’homme ou encore sur la procédure de nomination des magistrats et juges en Jamaïque.
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