Fil d'Ariane
Examen d’El Salvador au CEDAW: tout en saluant des mesures positives, les expertes s’inquiètent de la situation des défenseuses des droits humains, de la persistance de stéréotypes sexistes, et du faible taux de condamnations pour violences sexistes
Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW, selon l’acronyme en anglais) a examiné aujourd’hui le rapport soumis par El Salvador au titre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
Au cours du dialogue noué entre les membres du Comité et la délégation salvadorienne venue soutenir ce rapport, une experte a salué plusieurs mesures positives prises par El Salvador, notamment l'interdiction du mariage des enfants, l’adoption de la loi sur l'inclusion des personnes handicapées, ainsi que la suppression de la prescription pénale dans les cas de féminicide. Elle a également jugé positives la décision de la Chambre constitutionnelle reconnaissant que l'interdiction de la discrimination fondée sur le sexe doit aussi porter sur l'identité de genre, de même que la ratification de plusieurs conventions de l’Organisation internationale du Travail.
Cependant, a regretté l’experte, le cadre réglementaire salvadorien ne reconnaît pas les formes multiples et interdépendantes de discrimination.
La même experte a en outre fait part des préoccupations du Comité face aux répercussions, sur les droits des femmes, de l'état d'urgence qui est en vigueur depuis près de quatre ans en El Salvador. La situation des défenseuses des droits humains est particulièrement préoccupante, a-t-elle souligné, précisant que des informations de la société civile font en effet état d'intimidations, de criminalisation et de surveillance à l'encontre d'organisations féministes, de journalistes et de défenseuses communautaires.
Le Comité est aussi préoccupé par le faible taux de condamnations pour les crimes de violence sexiste, a ajouté l’experte.
Il a par ailleurs été jugé préoccupant que le budget de l’Institut salvadorien pour la promotion de la femme (ISDEMU) ait été réduit, et que la commission parlementaire sur les femmes et l'égalité des sexes ait été supprimée, pour être remplacée par une commission sur les enfants et l'intégration sociale. La part des femmes occupant des postes ministériels est tombée à 31% en 2025, contre 47% auparavant, a-t-il été observé.
Une experte a fait part de sa préoccupation devant l'interdiction formelle, en 2024, des programmes d'éducation sexuelle complète à l’école. L'interruption volontaire de grossesse (IVG) étant érigée en infraction en El Salvador, les filles et les femmes doivent recourir à des avortements non médicalisés, ce qui met en péril leur vie, s’est inquiétée une autre experte. Des femmes ayant essayé d'avorter ou ayant eu une fausse couche ont été condamnées jusqu'à quarante ans de prison pour homicide aggravé, a-t-elle ajouté.
Une experte a pointé la persistance, dans la société salvadorienne, de stéréotypes et de préjugés profondément enracinés au sujet des relations entre les sexes, qui imprègnent en particulier les relations familiales et conjugales, l'éducation et les attitudes en matière de procréation. Il a par ailleurs été souligné que les femmes se heurtent toujours à de forts obstacles structurels qui entravent leur développement économique, social et politique. L’interdiction formelle du mariage de mineurs n'a pas éliminé les mariages précoces et forcés, qui affectent toujours les filles et les adolescentes, en particulier dans les zones rurales et pauvres, a-t-il en outre été affirmé.
Présentant le rapport de son pays, Mme Adriana María Mira de Pereira, Vice-Ministre des relations extérieures d’El Salvador, a rappelé que des époques d'exclusion et de terreur avaient marqué l’histoire de son pays. Les femmes vivaient alors dans un état de siège «imposé par des criminels», a-t-elle souligné. Aujourd'hui, grâce au «Plan de contrôle territorial», les communautés ont été libérées, a déclaré la cheffe de délégation: le Plan n'est pas seulement une stratégie de sécurité, il est aussi une mesure de restitution des droits qui a permis de récupérer les espaces communautaires et la liberté de circulation. En démantelant le contrôle criminel, le Gouvernement a obtenu une réduction historique de la violence à l'égard des femmes, permettant enfin à la justice d'être réelle et effective sur le territoire, a déclaré la Vice-Ministre.
S’agissant de la protection sociale, le Gouvernement salvadorien a mis en place des filets de protection pour permettre aux femmes de faire face à la violence et à la fragmentation des systèmes de soins et de prise en charge, a poursuivi Mme Mira de Pereira. Elle a insisté sur l’importance que son Gouvernement accorde aux droits à la santé et à l'alimentation, et qui s’est traduite par l’ouverture du Centre intégral de soins maternels, infantiles et nutritionnels, lequel offre des soins spécialisés aux jeunes enfants présentant un risque nutritionnel.
La cheffe de délégation a fait état d’autres mesures prises par le Gouvernement en matière d’accès des femmes aux titres fonciers, au logement et à l’emploi. Le modèle salvadorien, a résumé Mme Mira de Pereira, consiste en une stratégie orientée sur le cycle de vie, de la grossesse à l'âge adulte, garantissant qu'aucune femme n'ait à choisir entre sa sécurité, son développement économique et la prise en charge de sa famille.
La délégation salvadorienne était également composée, entre autres, de Mme Rina Yessenia Lozano Gallegos, Représentante permanente d’El Salvador auprès des Nations Unies à Genève; de M. René Gustavo Escobar Alvarez, Procureur général de la République; ainsi que d’autres représentants du pouvoir judiciaire, des Ministères des relations extérieures et de la santé, du Conseil national pour les enfants et les adolescents, de l’Institut salvadorien pour la promotion de la femme, et de la Direction générale des centres pénitentiaires.
Durant le dialogue, la délégation a notamment indiqué que son pays se concentrait sur le droit humain le plus important et prioritaire, à savoir le droit à la vie. Elle a précisé que les urgences obstétriques n’étaient pas criminalisées et qu’il n'existait pas de disposition du Code pénal qui érige en infraction un avortement en cas d'urgence, l’avortement spontané ou la tentative d’avortement. Toute inculpation liée à une mort néonatale implique une analyse scientifique et technique indépendante pour comprendre la cause et l'intention, a-t-elle ajouté, avant d’insister sur le fait qu’il n'y avait pas eu de décès maternel lié aux avortements depuis cinq ans en El Salvador.
Le Comité adoptera ultérieurement, à huis clos, ses observations finales sur le rapport d’El Salvador et les rendra publiques à l’issue de sa session, le 20 février prochain.
Demain, à partir de 10 heures, le Comité examinera le rapport du Lesotho.
Examen du rapport d’El Salvador
Le Comité est saisi du dixième rapport périodique d’El Salvador (CEDAW/C/SLV/10), ainsi que des réponses du pays à une liste de points à traiter qui avait été soumise par le Comité. Le rapport couvre la période 2014-2023.
Présentation du rapport
Présentant le rapport de son pays, MME ADRIANA MARÍA MIRA DE PEREIRA, Vice-Ministre des relations extérieures d’El Salvador, a d’abord précisé que les politiques publiques en faveur des femmes de son pays se basaient sur le constat qu’elles représentent 52,2% de la population totale du pays, et qu’elles dirigent près de 45% des ménages. Le Gouvernement est convaincu que tout ce qui touche aux femmes et aux filles doit faire l'objet de décisions transversales et être la priorité de l'État, a-t-elle affirmé. C’est pourquoi El Salvador s'est fixé des objectifs en matière de prévention, de protection et de justice, et s’est doté de mesures juridiques sans précédent: en particulier, en 2023, le délit de féminicide est devenu imprescriptible, a souligné la Vice-Ministre, avant d’ajouter que le Ministère public a, de plus, harmonisé les critères techniques par l'intermédiaire de ses unités spécialisées, garantissant ainsi que chaque intervention est axée avant tout sur la dignité de la victime.
Mme Mira de Pereira a rappelé que des époques d'exclusion et de terreur avaient marqué l’histoire de son pays. Les femmes vivaient alors dans un état de siège «imposé par des criminels» et on ne pouvait pas déposer plainte car on était passible de la peine de mort, a-t-elle souligné. Aujourd'hui, grâce au «Plan de contrôle territorial», les communautés ont été libérées, a déclaré la cheffe de délégation. Le Plan n'est pas seulement une stratégie de sécurité, il est aussi une mesure de restitution des droits qui a permis de récupérer les espaces communautaires et la liberté de circulation, a-t-elle affirmé. En démantelant le contrôle criminel, le Gouvernement a obtenu une réduction historique de la violence à l'égard des femmes, permettant enfin à la justice d'être réelle et effective sur le territoire, a déclaré la Vice-Ministre.
Les droits des femmes ne sont plus facultatifs mais sont une obligation, a insisté Mme Mira de Pereira, expliquant que le modèle de gouvernance actuel est basé sur la sécurité publique et la sécurité humaine, afin notamment que les femmes « puissent se promener librement dans la rue et être les égales des hommes ».
Pour sa part, a poursuivi Mme Mira de Pereira, le Procureur général de la République a consolidé ses services juridiques et psychosociaux, garantissant une représentation gratuite spécialisée et axée sur le genre dans les procédures familiales et de prise en charge. Il a en outre créé un Registre des pensions alimentaires – un système automatisé qui pourvoit à la subsistance des enfants afin que la charge ne repose pas exclusivement sur les mères. La justice devant aussi être réparatrice, un programme a été lancé pour apporter un soutien psychosocial et des réseaux de soutien à long terme, l’État devant accompagner les familles qui sont le soutien émotionnel de la société.
Ces avancées institutionnelles se reflètent dans la participation accrue des femmes à la conduite de l'État, a affirmé la Vice-Ministre. Aujourd'hui en effet, les femmes occupent des postes stratégiques tels que la vice-présidence de l'Assemblée législative et, fait historique, la présidence de la Cour suprême électorale.
S’agissant de la protection sociale, le Gouvernement salvadorien a mis en place des filets de protection pour permettre aux femmes de faire face à la violence et à la fragmentation des systèmes de soins et de prise en charge, a poursuivi Mme Mira de Pereira. Elle a en outre insisté sur l’importance que son Gouvernement accorde aux droits à la santé et à l'alimentation, et qui s’est traduite par l’ouverture du Centre intégral de soins maternels, infantiles et nutritionnels, lequel offre des soins spécialisés aux jeunes enfants présentant un risque nutritionnel. Cet espace permet aussi de mieux suivre les femmes enceintes en situation de vulnérabilité, en veillant à ce que les conditions socioéconomiques ne compromettent plus jamais leur bien-être ni celui de leurs enfants.
Mme Mira de Pereira a également mis en avant la politique nationale de «coresponsabilité des soins», par laquelle le Gouvernement s’efforce de garantir le droit de recevoir et de fournir des soins dans des conditions de qualité, d'égalité et de non-discrimination, grâce à un élargissement de l'offre de services coordonnés sur tout le territoire pour accompagner la petite enfance, l'enfance et l'adolescence, les personnes âgées, les personnes handicapées et les aidants.
La Vice-Ministre a par ailleurs mentionné les mécanismes mis en place par El Salvador pour venir en aide aux femmes migrantes qui rentrent au pays, compte tenu des risques différenciés auxquels elles sont confrontées, tels que la violence et la rupture des réseaux de soins.
La cheffe de délégation a fait état d’autres mesures prises par le Gouvernement en matière d’accès des femmes aux titres fonciers, au logement et à l’emploi. Le modèle salvadorien consiste en une stratégie orientée sur le cycle de vie, de la grossesse à l'âge adulte, garantissant qu'aucune femme n'ait à choisir entre sa sécurité, son développement économique et la prise en charge de sa famille, a résumé Mme Mira de Pereira.
Questions et observations des membres du Comité
Une experte a salué plusieurs mesures positives prises par El Salvador, notamment l'interdiction du mariage des enfants, l’adoption de la loi sur l'inclusion des personnes handicapées, ainsi que la suppression de la prescription pénale dans les cas de féminicide. L’experte a également jugé positives la décision de la Chambre constitutionnelle reconnaissant que l'interdiction de la discrimination fondée sur le sexe doit aussi porter sur l'identité de genre, de même que la ratification des conventions de l’Organisation internationale du Travail concernant la protection de la maternité (Convention n°183) et l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail (Convention n°190).
Cependant, a regretté l’experte, le cadre réglementaire salvadorien ne reconnaît pas les formes multiples et interdépendantes de discrimination. De plus, a-t-elle souligné, le Comité est préoccupé par l'absence de références explicites à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre dans les politiques récentes en matière d'égalité, et par le fait qu'elles aient été supprimées parce que considérées comme faisant partie d'une prétendue idéologie du genre. Le Comité se demande comment les droits de toutes les femmes, notamment ceux des femmes lesbiennes, bisexuelles et transgenres, sont garantis dans ce contexte, a indiqué l’experte.
La même experte a en outre fait part des préoccupations du Comité face aux répercussions, sur les droits des femmes, de l'état d'urgence qui est en vigueur depuis près de quatre ans en El Salvador. La situation des défenseuses des droits humains est particulièrement préoccupante, a-t-elle souligné, précisant que des informations de la société civile font en effet état d'intimidations, de criminalisation et de surveillance à l'encontre d'organisations féministes, de journalistes et de défenseuses communautaires.
Le Comité est aussi préoccupé par le faible taux de condamnations pour les crimes de violence sexiste, a indiqué l’experte.
Elle s’est en outre interrogée sur le classement du projet de loi sur la justice transitionnelle par l'Assemblée générale, de même que sur la participation des organisations des femmes au processus de justice transitionnelle et de consolidation de la paix: l’experte s’est inquiétée à ce propos des effets potentiels de la loi sur les agents étrangers adoptée récemment.
Une experte a jugé préoccupant que le budget de l’Institut salvadorien pour la promotion de la femme (ISDEMU) ait été réduit.
Une autre experte a pointé la persistance, dans la société salvadorienne, de stéréotypes et de préjugés profondément enracinés au sujet des relations entre les sexes, qui imprègnent en particulier les relations familiales et conjugales, l'éducation et les attitudes en matière de procréation. Dans le même temps, a-t-elle regretté, les modèles sexistes et discriminatoires conduisent à la normalisation de la violence à l'égard des femmes et des personnes LGBTI, dans un contexte d'impunité généralisée.
Une experte a regretté que des femmes victimes de traite et d’exploitation par des gangs aient été traitées comme des criminelles.
Il a par ailleurs été constaté qu'aucune femme ne présidait les commissions principales de l'Assemblée législative. Il a en outre été regretté que la commission parlementaire sur les femmes et l'égalité des sexes ait été supprimée, pour être remplacée par une commission sur les enfants et l'intégration sociale; et que la part des femmes occupant des postes ministériels soit tombée à 31% en 2025, contre 47% auparavant.
Il a par ailleurs été demandé comment El Salvador entendait éliminer les obstacles physiques et administratifs qui empêchent les femmes rurales et autochtones et leurs enfants d'accéder aux documents d'identité.
Une experte a salué l’adoption de la Stratégie nationale intersectorielle pour la prévention des grossesses chez les filles et les adolescentes (ENIPENA 2017-2027). Elle a cependant fait part de sa préoccupation devant l'interdiction formelle, en 2024, des programmes d'éducation sexuelle complète à l’école. L'interruption volontaire de grossesse (IVG) étant érigée en infraction en El Salvador, les filles et les femmes doivent recourir à des avortements non médicalisés, ce qui met en péril leur vie, s’est inquiétée une autre experte. Des femmes ayant essayé d'avorter ou ayant eu une fausse couche ont été condamnées jusqu'à quarante ans de prison pour homicide aggravé, a-t-elle ajouté.
Il a par ailleurs été souligné que les femmes se heurtent toujours à de forts obstacles structurels qui entravent leur développement économique, social et politique. Ainsi, en 2024, seulement 48,17% des femmes participaient à l'économie, contre 79,56% des hommes; de même, les femmes consacrent 6 heures et 20 minutes par jour à des tâches domestiques non rémunérées, contre 3 heures et 45 minutes pour les hommes, en moyenne, a-t-il été relevé.
Il a par ailleurs été demandé comment l'État faisait en sorte que la restructuration du secteur public n'affecte pas de manière disproportionnée les femmes ou n'entraîne pas de discrimination fondée sur le sexe, l'orientation sexuelle ou l'identité de genre.
Enfin, une experte a salué la réforme de 2017 qui a fixé à 18 ans l'âge minimum pour se marier. Cependant, a-t-elle regretté, cette interdiction formelle n'a pas éliminé les mariages précoces et forcés, qui affectent toujours les filles et les adolescentes, en particulier dans les zones rurales et pauvres. La persistance d’unions de fait entre des jeunes filles de moins de 18 ans et des hommes majeurs est également préoccupante, a dit l’experte.
Réponses de la délégation
La délégation a attiré l’attention des membres du Comité sur le fait que son pays avait longtemps vécu sous la coupe de gangs criminels éminemment violents et misogynes qui utilisaient les femmes à différentes fins criminelles, telles que trafic de drogues, exploitation sexuelle ou extorsion. Dans ce contexte, où femmes et filles étaient de fait privées de leurs droits et risquaient la mort en s’adressant à la justice, l’état d’exception n’a imposé de restrictions qu’à un faible nombre de garanties (notamment par la détention administrative rendue possible pour une durée de 72 heures) et a été soumis en permanence au contrôle du juge, a déclaré la délégation. À l’heure actuelle, les homicides, et plus particulièrement les féminicides, ont baissé respectivement de 90% et 83%, a fait valoir la délégation.
Le Défenseur public vient en aide aux femmes appartenant à des groupes criminels ayant souhaité faire un pas vers les institutions; il leur offre des mesures de protection adaptées à leurs besoins, et plus de 65 000 prestations ont ainsi été prodiguées en 2025, a par la suite indiqué la délégation.
La « Loi sur les agents étrangers » a été adoptée pour remédier à une absence totale de contrôle des organisations de la société civile, a expliqué la délégation, avant d’affirmer qu’elle n’a pas été élaborée pour exercer des contraintes sur ces organisations, en particulier pour ce qui est de leur financement.
S’agissant de l’accès à la justice, il a été précisé que le service national des agents judiciaires employait plus de 700 chefs et cheffes communautaires exerçant des fonctions de juges de paix – une démarche qui permet d’augmenter la part des femmes dans le système judiciaire et dont la portée a été étendue à tout le pays. Ces juges, qui jouent un rôle de premier plan en sachant exactement comment veiller à ce qu'une femme puisse vivre sans violence ni discrimination, peuvent connaître de cas relevant de la violence intrafamiliale, du versement de la pension alimentaire ou encore de la liquidation du patrimoine conjugal, a précisé la délégation.
A par ailleurs été mentionnée la création, en 2016, de «tribunaux pour une vie sans violence ni discrimination» - lesquels ont notamment pour compétence de connaître des infractions prévues par la loi spéciale intégrale pour une vie sans violence pour les femmes. La délégation a en outre fait savoir que la Chambre pénale de la Cour suprême avait rendu vingt-cinq décisions invoquant les dispositions de la Convention, et sept autres décisions citant la Convention de Belém Do Para (Convention interaméricaine pour la prévention, la sanction et l'élimination de la violence contre la femme).
La délégation a assuré que les droits procéduraux – droit d’être entendu, droit de bénéficier d’un avocat – de toutes les personnes vulnérables, y compris pour ce qui est des personnes détenues, étaient garantis, y compris dans le cadre du régime d’exception. Les services concernés tiennent compte, ce faisant, de plusieurs variables importantes pour les femmes, a-t-elle ajouté.
La délégation a d’autre part précisé que les femmes détenues pouvaient participer à des activités productives, qui leur seront utiles après leur libération. Le système sanitaire des centres pénitentiaires accueille les femmes enceintes, les femmes qui ont des enfants de moins de cinq ans, les femmes étrangères, les femmes handicapées, les femmes âgées, ainsi que les femmes ayant des maladies chroniques dégénératives, a-t-il été souligné.
Le Bureau du Défenseur public a créé un service spécialisé chargé de fournir des services juridiques et sanitaires aux femmes victimes de violence, a par ailleurs indiqué la délégation.
La délégation a décrit les services, notamment en matière de sensibilisation et de formation, fournis par l’Institut salvadorien pour la promotion de la femme (ISDEMU), aux niveaux national et local, afin de concrétiser la politique de transversalisation, dans les politiques publiques, des objectifs du Gouvernement en matière d’égalité, de non-discrimination et d’élimination de la violence envers les femmes. Elle a fait état de nombreux progrès obtenus à cet égard: baisse du taux de féminicide, hausse du nombre de femmes propriétaires de logements et du nombre de femmes travaillant dans la science, la technologie et les mathématiques, ou encore fort recul du taux de grossesse chez les adolescentes.
L’Institut bénéficie du soutien de la Présidence de la République et collabore avec d’autres organes compétents au sein des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, a précisé la délégation.
Revenant par la suite sur la baisse du nombre de grossesses parmi les adolescentes, la délégation a précisé qu’elle résultait d’une action concertée de l’État, avec la collaboration du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Différents programmes ont été mis sur pied pendant dix ans sur la base de preuves scientifiques; des femmes et des jeunes filles ont été consultées, pour entendre leurs doléances et mieux pourvoir à leurs besoins, a précisé la délégation.
La loi sanctionne les unions précoces, a d’autre part souligné la délégation, avant d’ajouter que les autorités mènent en outre des campagnes de sensibilisation au problème des unions de fait entre mineurs et majeurs. Désormais, la population dénonce davantage ces faits par le biais d’une ligne téléphonique d'assistance (numéro 119) qui a été créée avec l'aide de l'UNICEF, a affirmé la délégation.
L’enseignement de la santé sexuelle et procréative est assuré, le Gouvernement considérant aussi qu’il s’agit d’un droit, a par ailleurs déclaré la délégation, avant d’ajouter que la famille doit jouer un rôle de premier plan dans l'enseignement de ces thématiques.
El Salvador se concentre sur le droit humain le plus important et prioritaire, à savoir le droit à la vie, a ensuite insisté la délégation, avant de souligner que l’État protège la vie depuis la conception. Les urgences obstétriques ne sont pas criminalisées et il n'existe pas de disposition du Code pénal qui érige en infraction un avortement en cas d'urgence, l’avortement spontané ou la tentative d’avortement, a d’autre part assuré la délégation. De même, a-t-elle ajouté, il n'existe pas de responsabilité automatique en cas de perte du fœtus ou de fausses couches, toute inculpation liée à une mort néonatale impliquant une analyse scientifique et technique indépendante pour comprendre la cause et l'intention.
Le taux de mortalité maternelle, à 21,8 pour cent mille naissances vivantes, a atteint un niveau historiquement bas en 2025, a mis en avant la délégation. Elle a insisté sur le fait qu’il n'y avait pas eu de décès maternel lié aux avortements depuis cinq ans en El Salvador. De bons résultats ont aussi été obtenus en matière de réduction de la mortalité infantile.
La délégation a d’autre part indiqué que toutes les naissances à l’hôpital étaient systématiquement consignées dans le registre d’état civil central à San Salvador. Parallèlement, les autorités ont mis en place des unités d'enregistrement mobiles qui couvrent tout le territoire.
La délégation a par ailleurs indiqué que le Gouvernement avait lancé un programme de rationalisation de l’action publique, axé sur l’élimination de la fragmentation et de la bureaucratie, et impliquant des coupes budgétaires ainsi qu’un redéploiement des ressources au profit de la population. Dans ce contexte, l’ISDEMU a compensé la fermeture de certains de ses bureaux en développant son offre de services itinérants, a expliqué la délégation.
Pour éliminer les coutumes traditionnelles préjudiciables aux femmes, l’Institut a formé et sensibilisé, depuis 2022, plus de 18 000 femmes et 14 000 hommes à ces problématiques, a poursuivi la délégation. Le Défenseur public des droits œuvre lui aussi à l’éradication des stéréotypes concernant le rôle supposé de la femme au sein de la famille, en mettant l’accent, en particulier, sur la sensibilisation des fonctionnaires de justice, a ajouté la délégation. D’autres initiatives consistent en formations spécialisées pour les journalistes et les autres travailleurs des médias, afin d’éviter qu’ils ne diffusent les stéréotypes sexistes et la violence symbolique.
La délégation a ensuite indiqué que le Gouvernement appliquait, contre la traite des êtres humains, une politique de « tolérance zéro » axée en particulier sur la prévention, ainsi que sur l’identification des victimes et leur réinsertion. La police traque les auteurs de traite sur Internet et s’est dotée de protocoles pour intercepter leurs revenus, a en outre souligné la délégation. Le secteur du tourisme est lui aussi mis à contribution pour détecter les actes de traite, a-t-il été précisé.
S’agissant de la participation des femmes à la vie publique, la délégation a fait savoir que le tribunal électoral vérifiait en ce moment l’application d’un quota de 30% de femmes en tant que condition de la participation des partis aux élections.
Contre la violence envers les femmes qui s’engagent en politique, l’ISDEMU a ouvert un canal de signalement obligatoire, permettant au tribunal électoral d'ordonner, si nécessaire, des mesures provisoires et de renvoyer des cas au parquet, a ajouté la délégation.
Dans le domaine de la diplomatie, toutes les représentations permanentes d’El Salvador, sauf une, sont dirigées par une femme, a mis en avant la délégation.
La délégation a d’autre part indiqué que l’égalité au travail était atteinte grâce non seulement aux dispositions légales, mais aussi à des contrôles et à des mécanismes de plainte qui contribuent à enrayer les pratiques discriminatoires. Les entreprises privées et publiques sont tenues de garantir une égalité de fait entre les sexes, a-t-elle souligné.
Plusieurs milliers de Salvadoriennes ont eu accès à des facilités pour créer des petites et moyennes entreprises, a par ailleurs fait valoir la délégation. Le Gouvernement déploie, en outre, une stratégie d’intégration progressive dans le marché formel du travail, a-t-elle ajouté.
La délégation a répondu à d’autres questions ou préoccupations des expertes concernant la stratégie salvadorienne de lutte contre le VIH/sida, l’accès des femmes rurales à l’eau, la participation des femmes et des filles au monde du sport ou encore l’amélioration des conditions de détention des femmes.
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