Aller au contenu principal

LE CONSEIL ENTEND LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'ONU, LA HAUT-COMMISSAIRE AUX DROITS DE L'HOMME ET DES HAUTS DIGNITAIRES DE PLUSIEURS PAYS

Compte rendu de séance
Il clôt ainsi sa session commémorative du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme par un segment de haut niveau

Le Conseil des droits de l'homme a clos, cet après-midi, sa session commémorative du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme en entendant des déclarations du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, de la Haut-Commissaire aux droits de l'homme et de hauts dignitaires de plusieurs pays. Ce segment de haut niveau faisait suite au débat général tenu ce matin dans le cadre de cette journée de session commémorative.

Le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, a fait observer que la Déclaration universelle a formalisé le réseau de réciprocités qui unit la sécurité, le développement et le respect des droits de l’homme. «Nous continuons d’apporter nos pierres à l’édifice»,a-t-il souligné, rappelant qu'il y a deux jours à peine, l’Assemblée générale a adopté le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. M. Ban a souligné que la journée d’aujourd’hui peut devenir l’occasion de rendre hommage à tous les militants qui ne se sont pas laissé réduire au silence par leurs bourreaux; qui savent que le droit doit primer sur la force; et qui se sont inspirés de la Déclaration pour rédiger les textes législatifs qui protègent maintenant d’innombrables peuples dans le monde. Il a ajouté que cette journée est également celle des experts des droits de l'homme, des organisations non gouvernementales et des médias. Saluant le chemin parcouru depuis l’adoption de la Déclaration universelle, il a admis que «nous n’avons pas été à la hauteur des espérances qu’elle annonçait». En tout cas, pas encore, a-t-il précisé. Le Secrétaire général a invité instamment tous les États Membres à renforcer leur soutien au Haut Commissariat et à la Haut-Commissaire aux droits de l'homme.

Cette dernière, Mme Navanethem Pillay, a pour sa part, rappelé que les rédacteurs de la Déclaration universelle ont délibérément choisi de ne pas opérer de classement entre les différents droits. Soixante ans après sa proclamation, la Déclaration universelle garde toute sa pertinence, a-t-elle ajouté. La pleine réalisation des droits de l'homme est dans l'intérêt des États, a poursuivi Mme Pillay. En effet, la répression et les difficultés mènent souvent à l'exil ceux et celles qui cherchent une vie meilleure et ceci entraîne une perte de talents et de ressources néfaste pour le développement des États concernés. En outre, les flux de réfugiés fuyant la guerre et les dévastations peuvent déstabiliser les pays voisins, détruisant les moyens d'existence de communautés entières. La Haut-Commissaire a enfin insisté pour que ne soient pas oubliées les dizaines de millions de personnes qui ne connaissent pas encore leurs droits et qui n'ont pas conscience de l'obligation qu'ont les États de les concrétiser.

Le Président du Conseil, M. Martin Ihoeghian Uhomoibhi, a pour sa part rappelé que l'application effective des droits de l'homme commence par une action des États au niveau interne, poursuivie au niveau international et régional par le biais notamment des Nations Unies. Avec l'aide de la communauté internationale, a-t-il souligné, le Conseil peut et doit faire davantage pour combler le fossé entre l'affirmation des droits de l'homme et leur application au bénéfice de chacun.

Une étudiante a donné lecture d'une déclaration transmise par M. Nelson Mandela, dans laquelle ce dernier insiste sur la nécessité de faire en sorte que la Déclaration universelle devienne une réalité pour tous.

Durant ce segment de haut niveau, le Conseil a en outre entendu des déclarations des Ministres des affaires étrangères de la Suisse, du Brésil, du Maroc, du Luxembourg, de Bahreïn, de la Tunisie et de l'Algérie; de la Ministre pour la promotion des droits de l'homme du Burkina Faso; des Ministres adjoints des affaires étrangères de la Grèce et de la Colombie; du Secrétaire d'État aux affaires étrangères de l'Espagne; de la Secrétaire d'État chargée des affaires européennes et des droits de l'homme de la France (au nom de l'Union européenne); du Commissaire aux droits de l'homme et à l'aide humanitaire du Gouvernement fédéral de l'Allemagne; du Secrétaire au Ministère des droits de l'homme et de la gestion des catastrophes de Sri Lanka; et du Président du Centre national pour les droits de l'homme de l'Ouzbékistan.

Ont également fait des déclarations des représentants d'Amnesty International, de la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH), de la nation Cree d'Ermineskin, ainsi que la médaillée d'or du lever de poids des Jeux paralympiques de Beijing 2008.

Les intervenants ont insisté sur l'interdépendance, l'indivisibilité et l'universalité de tous les droits de l'homme. Ils ont salué les progrès réalisés depuis l'adoption de la Déclaration universelle, tout en soulignant les nombreux défis qui restent à relever dans le domaine des droits de l'homme.

Un communiqué de presse rendant compte des travaux de cette session commémorative sera publié ultérieurement.


Segment de haut niveau

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, a souligné que la Déclaration universelle - qui est le texte le plus traduit du monde - a consacré les principes de l'universalité et de l'indivisibilité des droits de l'homme. Elle a formalisé le réseau de réciprocités qui unit la sécurité, le développement et le respect des droits de l'homme et a imposé aux États l'obligation de ne pas choisir à leur gré telle liberté ou tel droit, mais au contraire de les protéger tous, a-t-il ajouté. Ses auteurs ont proclamé la dignité inhérente à tous les êtres humains et leur égalité, a poursuivi le Secrétaire général. Ils ont établi un lien sans équivoque entre discrimination et dénuement et marginalisation. Ils avaient compris que l'ostracisme social et culturel empêchait d'obtenir justice ou de participer pleinement à la vie publique, a-t-il fait observer.

«Nous continuons d'apporter nos pierres à l'édifice», a par ailleurs souligné le Secrétaire général. Il y a deux jours à peine, a-t-il précisé, l'Assemblée générale a adopté le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. En mai dernier, a-t-il ajouté, la Convention relative aux droits des personnes handicapées est entrée en vigueur. Et l'année dernière, la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées a été ouverte à la signature. M. Ban a souligné que la journée d'aujourd'hui peut devenir l'occasion de rendre hommage à tous les militants qui ne se sont pas laissé réduire au silence par leurs bourreaux; qui savent que le droit doit primer sur la force; et qui se sont inspirés de la Déclaration pour rédiger les textes législatifs qui protègent maintenant d'innombrables peuples dans le monde.

Mais nous n'avons pas adopté cette panoplie impressionnante d'instruments pour la reléguer dans un placard, quelque part à l'ONU, a poursuivi M. Ban. Ce sont des textes vivants, des textes que les experts peuvent invoquer lorsqu'ils analysent les rapports que leur présentent les pays ou évaluent les plaintes déposées par des particuliers, a-t-il rappelé. «L'ONU accueille beaucoup de délégués, mais ce sont les experts des droits de l'homme qui sont les plus passionnés»; «ils ne laissent passer absolument aucune occasion de défendre les droits de l'homme», a-t-il fait observer. Cette journée est donc également la leur, a déclaré M. Ban.

Les organisations non gouvernementales, elles aussi, portent haut les couleurs des droits de l'homme, a poursuivi le Secrétaire général. «Elles parlent peut-être beaucoup, mais elles parlent vrai», a-t-il déclaré, ajoutant que cette journée leur est aussi dédiée. «N'oublions pas la presse, qui a le mérite d'attirer nos regards sur les violations des droits de l'homme», a souligné M. Ban, insistant sur le fait que les médias doivent être libres de faire leur travail, à l'abri des tracasseries et des intimidations, «pour ne pas dire pire».

Que de chemin nous avons parcouru depuis l'adoption de la Déclaration universelle! La vérité pourtant est que nous n'avons pas été à la hauteur des espérances qu'elle annonçait. En tout cas, pas encore. Des millions de personnes vivent dans une indigence absolue, soumis à la discrimination, victimes d'effroyables violences, a rappelé le Secrétaire général. Le Conseil des droits de l'homme peut jouer un rôle déterminant, a-t-il déclaré. «Pour l'y aider, vous, ses membres, devez dépasser les considérations partisanes et les divisions régionales», a-t-il affirmé. Un des moyens d'y parvenir est de continuer à exercer une vigilance sans relâche dans le cadre de l'Examen périodique universel. Le Conseil doit se pencher sur les violations des droits de l'homme indépendamment du lieu où elles se produisent. Il doit également faire pression sur les pays pour qu'ils donnent suite aux recommandations des experts indépendants et des organes de surveillance de l'application des traités relatifs aux droits de l'homme. Les États Membres devraient également redoubler d'efforts pour appuyer l'action du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme qui, quinze ans après sa création, est devenu un moteur du changement et a su étendre sa présence dans le monde, contribuer à la promotion des droits de l'homme et fournir des conseils avisés, tout en préservant l'indépendance et l'impartialité qui sont indispensables à toute action en faveur des droits de l'homme. «J'invite instamment tous les États Membres à renforcer leur soutien au Haut Commissariat et à la Haut-Commissaire, Mme Pillay», a déclaré M. Ban.

M. MARTIN IHOEGHIAN UHOMOIBHI, Président du Conseil des droits de l'homme, a souligné que la Déclaration universelle des droits de l'homme est un document qui reste plus que jamais vivant compte tenu de son importance et du rôle central qu'il joue dans le système international des droits de l'homme. L'indivisibilité et l'interdépendance de tous les droits de l'homme sont reconnues par la Déclaration universelle, qui a été traduite dans 160 langues et dialectes, a-t-il rappelé. Tous les organes de protection des droits de l'homme se sont inspirés de ce document, qui fut le premier à attirer l'attention sur l'importance du respect et de la promotion des droits de l'homme, a-t-il insisté. Le choix du thème pour la commémoration de ce soixantième anniversaire de la Déclaration - à savoir «justice et dignité pour tous» - correspond pleinement à l'esprit de ce texte fondamental, a ajouté le Président du Conseil. Il a rappelé que pour les millions de personnes dans le monde qui se voient encore refuser leurs droits, l'histoire de la Déclaration universelle ne s'arrête pas aujourd'hui. La communauté internationale doit agir pour que les droits fondamentaux définis par la Déclaration universelle soient effectivement mis en œuvre, a insisté le Président. Un regard en arrière permet de constater que des progrès ont été réalisés, a-t-il fait observer.

L'universalité des droits de l'homme commence par leur mise en œuvre au quotidien, au plus près de la vie réelle des hommes, des femmes et des enfants, ainsi que l'envisageait Eleanor Roosevelt, a poursuivi le Président du Conseil. L'application effective des droits de l'homme commence donc par une action des États au niveau interne, poursuivie au niveau international et régional par le biais notamment des Nations Unies. Dans ce contexte, les États Membres ont pris il y a trois ans la décision historique de créer le Conseil des droits de l'homme, a rappelé le Président. Il a également rappelé que de nombreux mécanismes ont été mis en place dans ce cadre pour affermir l'architecture des droits de l'homme. Avec l'aide de la communauté internationale, a conclu le Président, le Conseil peut et doit faire davantage pour combler le fossé entre l'affirmation des droits de l'homme et leur application au bénéfice de chacune et de chacun.

MME NAVANETHEM PILLAY, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a rappelé les principes qui sous-tendent le système des droits de l'homme issu de la Déclaration universelle des droits de l'homme, à savoir l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme; l'interdépendance de la sécurité, du développement et du respect des droits de l'homme; et la responsabilité de tous les États de s'acquitter de leurs obligations en matière de droits de l'homme. C'est par l'articulation de la dignité et de l'égalité fondamentales de tous les êtres humains que la formidable intuition des rédacteurs de la Déclaration universelle prendra tout son sens, a déclaré Mme Pillay. La Déclaration universelle a donné l'impulsion pour l'édification d'un imposant édifice architectural, ainsi que pour l'adoption de moyens d'action, destinés à la promotion et la protection de tous les droits, a-t-elle poursuivi. La Déclaration universelle a rendu explicites la relation entre les libertés fondamentales et la justice sociale, ainsi que le lien entre ces deux facteurs et la paix et la sécurité. Les rédacteurs de la Déclaration universelle ont délibérément choisi de ne pas opérer de classement entre les différents droits, a rappelé la Haut-Commissaire. Au contraire, ils ont reconnu le statut identique des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. En effet, tous ces droits sont inextricablement liés entre eux. Les violations d'un ensemble de droits ont des répercussions sur la jouissance de tous les autres, a souligné Mme Pillay. Comme l'a relevé le Secrétaire général, la crise alimentaire, la dégradation de l'environnement, la crise financière et les troubles qu'elle suscite, sont autant d'éléments qui soulignent que les plus vulnérables sont également les plus susceptibles de subir, par contrecoup, des violations des droits de l'homme.

Soixante ans après sa proclamation, la Déclaration universelle garde toute sa pertinence et continue de servir d'étalon pour mesurer le respect de la bonne gouvernance, la stabilité et la prospérité, a poursuivi Mme Pillay. L'importance des principes des droits de l'homme tels que l'égalité, la participation, la responsabilité et la primauté du droit est désormais largement admise, a-t-elle ajouté. La liberté d'association et la liberté de l'information sont indispensables au bon exercice du pouvoir politique. En outre, les droits socioéconomiques sont déterminants pour l'exercice cohérent de ces libertés. L'égalité entre les sexes, qui est un droit en soi, est aussi un préalable pour la maximisation des effets de l'éducation, du développement et du bien-être collectif. Aujourd'hui, de nombreux instruments internationaux améliorent la protection des droits fondamentaux, que ce soit en temps de paix, en temps de guerre ou en situation de catastrophe. Le processus normatif est permanent, comme en témoigne l'adoption récente de la Convention internationale sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et de la Convention sur les droits des personnes handicapées. Par ailleurs, a rappelé la Haut-Commissaire, l'Assemblée générale a adopté il y a deux jours à peine le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, accomplissant ainsi la dernière étape du processus normatif prévu par la Déclaration universelle. Ce dernier Protocole facultatif comble une importante lacune dans le domaine de la protection des droits de l'homme, a souligné Mme Pillay. Il réaffirme l'égale importance des droits économiques, sociaux et culturels, d'une part, et des droits civils et politiques, de l'autre, et permet pour la première fois aux victimes de demander réparation pour des violations de leurs droits économiques, sociaux et culturels.

Cependant, les progrès ainsi réalisés dans le domaine du droit international ne doivent pas cacher le fait que pour les individus, l'action la plus importante doit s'exercer au niveau national, a souligné la Haut-Commissaire. Des efforts renouvelés sont nécessaires pour concrétiser les droits de l'homme sur le terrain, a-t-elle insisté: au niveau interne, il faut non seulement légiférer et mettre sur pied des institutions nationales, mais aussi prendre des mesures concrètes et tangibles. Mme Pillay a exhorté les États parties qui ne l'ont pas encore fait à ratifier et appliquer sans réserve tous les traités internationaux de droits de l'homme. Dans cette tâche, les États peuvent compter sur l'aide du Conseil des droits de l'homme et de ses mécanismes d'experts, du Haut Commissariat et des Nations Unies en général, a assuré Mme Pillay. Car, loin de n'être qu'une aspiration idéale, la pleine réalisation des droits de l'homme est dans l'intérêt des États, a-t-elle déclaré. En effet, la répression et les difficultés mènent souvent à l'exil ceux et celles qui cherchent une vie meilleure et ceci entraîne une perte de talents et de ressources néfaste pour le développement des États concernés. En outre, les flux de réfugiés fuyant la guerre et les dévastations peuvent déstabiliser les pays voisins, détruisant les moyens d'existence de communautés entières.

En dépit des craintes et incertitudes actuelles, Mme Pillay s'est dite encouragée par l'attention dont a bénéficié, depuis un an, la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Partout dans le monde, organisations de volontaires, institutions des droits de l'homme, avocats, étudiants, politiciens et journalistes ont attiré l'attention sur la Déclaration et sa pertinence dans le monde actuel. Les initiatives prises depuis un an ont attiré de nouveaux défenseurs des droits de l'homme, parfois très jeunes, et permis de promouvoir les idéaux et les principes de justice et d'égalité pour tous contenus dans la Déclaration. Mais il ne saurait être question d'en rester là, a ajouté Mme Pillay: un long chemin reste à parcourir avant la pleine réalisation des objectifs fixés par ce texte et aucun pays ne peut encore s'estimer arrivé à bon port. La Haut-Commissaire a enfin insisté pour que ne soient pas oubliées les dizaines de millions de personnes qui ne connaissent pas encore leurs droits et qui n'ont pas conscience de l'obligation qu'ont les États de les concrétiser.

Une étudiante, MME OFASE BWANE, a donné lecture d'une déclaration transmise par M. NELSON MANDELA, Président de la Fondation Nelson Mandela, dans laquelle ce dernier rappelle que la Déclaration universelle des droits de l'homme a servi, en son temps, de justification à la lutte contre le régime criminel d'apartheid. La liberté obtenue doit désormais être consacrée à la mise en œuvre des droits et libertés fondamentaux contenus dans cette Déclaration, souligne-t-il. Aujourd'hui, des personnes continuent d'être victimes de conflits, d'oppression, de mesures discriminatoires, de pauvreté et d'autres maux sociaux qui sont autant de violations de la Déclaration, poursuit M. Mandela dans sa déclaration. Trop de personnes sont encore privées de la jouissance des droits fondamentaux et inaliénables contenus dans ce document, tandis que des centaines de millions d'individus ne sont pas en mesure de vivre comme des êtres humains dignes. Il y a dix ans, au moment du cinquantenaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Fondation Nelson Mandela déclarait, devant l'Assemblée générale des Nations Unies, que les cinquante prochaines années devraient voir l'humanité - et plus particulièrement ses dirigeants - s'engager résolument sur la voie d'un monde compatible avec les exigences de la Déclaration. Aujourd'hui, ce message est toujours valable et le défi est plus grand que jamais. L'avenir des droits de l'homme est entre nos mains, insiste M. Mandela. Notre génération et les hommes et les femmes qui rédigèrent la Déclaration universelle il y a soixante ans ont fait ce qu'ils devaient, affirme-t-il. Il vous revient maintenant de faire en sorte que la Déclaration devienne une réalité pour toutes et tous, conclut-il.

MME MICHELINE CALMY-REY, Conseillère fédérale, Cheffe du Département fédéral des affaires étrangères de la Suisse, a souligné que, comme nous l'apprend l'histoire, les valeurs telles que la dignité humaine sont universelles, c'est-à-dire qu'elles se retrouvent dans toutes les cultures et s'appliquent partout. L'universalité des droits de l'homme et la multiplicité culturelle ne s'excluent pas réciproquement, a-t-elle insisté. La dignité de l'homme renvoie à l'idée que l'être humain a des droits, tout simplement parce qu'il est une personne, quelle que soit son origine ou sa culture, a-t-elle poursuivi. Le terme de droits de l'homme est peut-être né dans le monde occidental, mais ce n'est pas un produit le l'Occident. L'histoire des idées, l'histoire du progrès humain, parcourt beaucoup de chemins différents, tant culturellement que géographiquement; et l'un des principaux défauts de l'évolution occidentale des droits de l'homme était précisément que les femmes, les Noirs et souvent aussi les adeptes de religions non chrétiennes durent mener un long combat avant d'être considérés comme des humains, a souligné Mme Calmy-Rey. L'égalité entre les personnes n'a, pendant longtemps, absolument pas été assurée en Occident, a-t-elle insisté.

De nombreuses cultures se côtoient dans nos villes, a relevé Mme Calmy-Rey. Malgré nos différences nous devons miser sur ce que nous avons en commun. Ce n'est pas une utopie, a-t-elle déclaré. N'avons nous pas failli à nos responsabilités, sachant que la réalité quotidienne pour de nombreuses personnes est loin de l'idéal tracé par la Déclaration, s'est-elle ensuite interrogée? Malgré ces revers, a-t-elle estimé, le bilan de ces soixante ans est positif. La réglementation internationale en matière de droits de l'homme a connu des développements importants; les adhésions aux différents instruments internationaux sont toujours plus nombreuses; et leur mise en œuvre progressive a contribué de manière substantielle au progrès social, au règlement pacifique des différends et à la paix. Cela ne doit cependant pas nous inciter à la paresse car le rythme de travail doit être accéléré si nous souhaitons réaliser les idéaux de la Déclaration, a poursuivi Mme Calmy-Rey. De nombreux défis nous attendent, dont le premier reste celui de l'application pleine et entière de l'architecture normative si patiemment construite. Un autre défi, alors que l'État a transmis nombre de ses compétences traditionnelles à d'autres acteurs, en particulier à l'économie privée, est celui de la définition des responsabilités légales entre les différents acteurs, a ajouté la Conseillère fédérale. Il existe aussi un danger d'effritement des libertés civiques sous couvert de la lutte contre le terrorisme, a-t-elle souligné. Évoquant la question délicate et controversée de la diffamation des religions, des cultures et de l'autre face à la liberté d'expression, Mme Calmy-Rey a rappelé qu'en Suisse, la législation prévoit des sanctions pour qui aura publiquement incité à la haine ou à la discrimination envers des personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, pour qui aura porté atteinte à la dignité humaine, de même que pour quiconque propage une idéologie raciste. Cette disposition implique que la liberté d'expression n'est pas absolue et peut se heurter à des limites, notamment lorsqu'il s'agit de protéger la dignité ou l'honneur d'autrui, a souligné Mme Calmy-Rey. Elle a conclu en affirmant que si les droits de l'homme restent une utopie pour une grande partie de la population mondiale, chacun peut et doit agir, tant il est vrai que nous avons une responsabilité collective de venir au secours de victimes.

M. CELSO AMORIM, Ministre des relations extérieures du Brésil, a rappelé que son pays a fait partie des 58 membres de l'Organisation des Nations Unies ayant adopté, le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ces dernières décennies ont vu des efforts sensibles réalisés en matière de droits de l'homme, la situation à cet égard s'étant sous certains aspects améliorée, a-t-il poursuivi. Les droits de l'homme sont maintenant reconnus comme étant universels et interdépendants, a-t-il en outre relevé. Le Brésil et l'Amérique latine, a-t-il ajouté, sont conscients de l'intérêt central des droits civils et politiques - pour lesquels leurs peuples ont tant combattu. On ne saurait tolérer ni accepter le viol utilisé comme arme de guerre, pas plus que les violations des droits des enfants; en outre, les États doivent lutter contre la discrimination à l'égard des femmes et favoriser la justice sociale, a souligné le Ministre brésilien. À cet égard, les autorités du Brésil sont engagées dans la lutte contre l'injustice sociale, a-t-il indiqué. Le Brésil s'est rapproché de la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, dont le but est d'améliorer le sort de millions de personnes, a-t-il rappelé. Il a souligné que son pays était favorable à l'instauration de mécanismes de contrôle du respect des droits de l'homme, précisant que la politique brésilienne en matière de droits de l'homme est axée sur les exigences de l'Examen périodique universel.

La promotion et la persuasion - plutôt que l'adoption de sanctions économiques qui ne frappent que les personnes les plus vulnérables - restent les meilleurs moyens de favoriser les droits de l'homme, a par ailleurs déclaré M. Amorim. Les crises actuelles montrent que les droits de l'homme sont intimement liés aux conditions économiques, sociales et culturelles, a-t-il fait observer. La communauté internationale doit s'engager en faveur de la pleine réalisation de l'être humain, indépendamment des contraintes économiques, a-t-il ajouté.

M. TAIEB FASSI FIHRI, Ministre des affaires étrangères et de la coopération du Maroc, a rappelé que la Déclaration universelle des droits de l'homme constitue le socle des droits et libertés fondamentaux de l'être humain, ainsi que la source d'inspiration d'un ensemble d'instruments internationaux consacrant l'égalité, la dignité et la justice comme valeurs universellement partagées. C'est ce patrimoine commun de l'humanité que nos pays célèbrent aujourd'hui, avec une prise de conscience plus forte que jamais de leurs obligations pour le respect et la promotion des droits de l'homme dans un environnement international complexe, délicat et en forte et souvent inquiétante mutation, a-t-il ajouté. Animé de cet esprit, le Royaume du Maroc a adopté une approche pragmatique assurant un équilibre harmonieux entre les droits civiques et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels. À cet effet, il a opté pour une démarche consensuelle et inclusive de toutes les forces vives de la nation marocaine, qui se sont dorénavant appropriées les valeurs des droits de l'homme.

Le Maroc s'est ainsi engagé, ces dernières années, dans un vaste chantier de réformes approfondies en matière politique, économique, sociale et culturelle, ancrant irréversiblement le Royaume dans la démocratie et l'État de droit, a poursuivi le Ministre. De même, la diversité culturelle, socle et richesse de la société marocaine, a été vigoureusement confortée, tandis que le champ religieux a été réformé et adapté aux exigences de notre temps. Par ailleurs, le Maroc s'est pleinement investi sur la scène internationale, en apportant sa contribution au renforcement du système onusien des droits de l'homme. Ainsi, avec la Suisse, a-t-il été à l'origine de la «Déclaration internationale relative à l'éducation et à la formation dans le domaine de la culture des droits de l'homme.» Le Ministre marocain des affaires étrangères et de la coopération a par ailleurs rappelé que la défense et la promotion des droits de l'homme ne peuvent être pleinement assurées qu'assorties d'une protection contre toute tentative d'instrumentalisation ou de détournement à des fins politiques. Enfin, le Ministre a indiqué que le Maroc est à la recherche d'une solution réaliste et démocratique à la dispute régionale concernant le Sahara, susceptible de réunir toutes les parties concernées.

S'exprimant au nom de l'Union européenne, MME RAMA YADE, Secrétaire d'État aux affaires européennes et aux droits de l'homme de la France, a rappelé que c'est au lendemain d'un conflit mondial d'une violence inouïe pendant laquelle l'idée de l'homme, au sens d'une humanité commune, a été niée, que l'Assemblée générale des Nations unies a adopté, à Paris, la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'élément d'universalité était présent, déjà, dans l'origine diverse des rédacteurs de la Déclaration qui ont affirmé l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme. Ce sont ces idéaux qui sont célébrés aujourd'hui. Plus qu'un idéal, il s'agit d'une véritable feuille de route qui doit guider chacun d'entre nous, a souligné la Secrétaire d'État. La Déclaration universelle constitue la pierre angulaire du système international de protection et de promotion des droits de l'homme, a-t-elle rappelé. Les droits de l'homme ne sont nullement une notion occidentale et ne sont pas circonscrits historiquement ou géographiquement, a-t-elle ajouté. Au contraire, ils sont un message d'espoir pour tous les opprimés de la planète, a-t-elle souligné. À l'heure du bilan, soixante ans après l'adoption de la Déclaration universelle, il convient de relever que sur le plan normatif, il existe aujourd'hui un corpus juridique substantiel : il s'agit là d'une avancée importante qui ne sera achevée que lorsque tous les États auront ratifié ce corpus. Par ailleurs, le principe de non-discrimination reste encore trop souvent bafoué, a poursuivi Mme Yade. C'est la raison pour laquelle l'Union européenne vient d'adopter des lignes directrices sur les violences faites aux femmes et les discriminations à leur encontre, a-t-elle précisé. L'Union a aussi adopté des mesures pour lutter contre la violence sexuelle dans le cadre des conflits armés, a ajouté la Secrétaire d'État. C'est un phénomène qui atteint aujourd'hui des proportions insoutenables, que ce soit en République démocratique du Congo ou au Soudan, a-t-elle insisté. L'Union européenne est également à l'origine, à l'Assemblée générale des Nations Unies, d'une déclaration appelant à la dépénalisation de l'homosexualité, alors que l'homosexualité est encore pénalisé dans 90 États et que six pays au moins pratiquent la peine de mort pour homosexualité.

En 2006, le Conseil de droits de l'homme a vu le jour dans une tentative de refonder le système de promotion et de protection des droits de l'homme, a poursuivi Mme Yade. Cette réforme a en partie portée ses fruits, a-t-elle déclaré. Des résolutions déséquilibrées continuent à être adoptées sur le Proche-Orient, a ajouté la Secrétaire d'État, avant d'en appeler à tous les États membres afin qu'ils remédient à ces dysfonctionnements. Par ailleurs, nous assistons à une progression pernicieuse du relativisme, a relevé Mme Yade. Le relativisme, a-t-elle déclaré, «c'est le paravent d'une pensée d'abandon, la remise en cause à peine masquée des principes qui fondent l'universalisme des droits de l'homme». Le relativisme s'efforce de justifier des atteintes aux droits de l'homme au nom de la religion, de la tradition, de l'histoire ou de la culture. Permettez-moi de le réaffirmer haut et fort: la lapidation, l'excision ou les mutilations génitales doivent être combattues, où qu'elles soient pratiquées, a insisté la Secrétaire d'État. La diversité culturelle doit s'exercer, partout et toujours, dans le respect des droits de l'homme ; elle ne saurait s'affranchir de la dignité humaine. Quand un droit fondamental est bafoué, tous les autres droits sont en danger, a souligné Mme Yade. Elle a par ailleurs réaffirmé la détermination de l'Union européenne à participer de manière constructive au processus d'examen de Durban. Ce processus doit se concentrer sur la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d'action de Durban et en aucun cas se focaliser sur des zones géographiques ou un pays en particulier, a-t-elle souligné. Souhaitant conclure sur une note optimiste, Mme Yade a attiré l'attention sur la montée en puissance de la société civile, dont les représentants ont conquis le droit à la parole, souvent au risque de leur vie, et ont su exercer une influence réelle sur des questions telles que la peine de mort, les enfants soldats ou la revendication des droits économiques, sociaux et culturels.

M. JEAN ASSELBORN, Ministre des affaires étrangères et de l'immigration du Luxembourg, a souligné que la Déclaration universelle et les principes intangibles qu'elle consacre sont le fruit des efforts inlassables et de la volonté résolue d'hommes et de femmes issus de toutes les régions du monde. Aujourd'hui encore, diverses initiatives concourent à renforcer les instruments juridiques existants, sans être nécessairement contraignants: il en va ainsi des «Engagements de Paris» et des «Principes de Paris» qui marquent un tournant dans la lutte contre l'utilisation d'enfants soldats, en reconnaissant que la violation des droits de l'enfant est une violation du droit international et que l'État doit non seulement protéger les enfants sur son sol, mais également tout mettre en œuvre pour exercer une pression constante sur les groupes ou milices armés pour faire libérer les enfants enrôlés. Le Ministre s'est ensuite étonné des tentatives, lors de diverses négociations ou lors de débats aux Nations Unies, de remettre en cause les acquis de conventions antérieures. Cette approche constitue un frein à la mise en œuvre véritablement universelle des droits fondamentaux de la personne humaine et permet encore à de nombreux États de cacher les violations dont ils se rendent responsables derrière le paravent de la souveraineté nationale, a déclaré M. Asselborn.

Partout dans le monde, on assiste à des violations généralisées du droit à la vie; devant de telles outrances, on ne saurait plaider l'ignorance, a poursuivi le Ministre luxembourgeois. Il faut insister sur le respect des droits civils et politiques, ainsi que sur la mise en place de sociétés démocratiques habilitées à trouver des solutions pacifiques et permettant à une presse libre et à une société civile dynamique de faire obstacle à l'exercice illégal ou corrompu du pouvoir de l'État. Le Ministre a aussi estimé que les violations flagrantes des droits de l'homme qui se produisent dans des pays ou des régions en crise devraient souvent appeler à une réaction plus énergique de la part des Nations Unies. Le Conseil des droits de l'homme a un rôle à jouer en la matière, notamment par le biais de ses sessions extraordinaires. À cet égard, le Ministre s'est félicité de la session extraordinaire que le Conseil a tenue, il y a quelques jours, au sujet de la situation difficile dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Face à la dégradation de la situation au Zimbabwe, M. Asselborn a appelé les États de la région à s'inspirer de l'exemple courageux du Botswana et du Kenya pour faire pression sur les autorités en place afin de résoudre l'impasse actuelle et éviter un effondrement complet du pays.

M. NIZAR SADEQ AL BAHARNA, Ministre des affaires étrangères de Bahreïn, a souligné que la Déclaration universelle constitue le fondement essentiel de la protection des droits de l'homme, dont le but ultime est de faire régner la paix, la justice et la liberté dans le monde. Il faut mesurer de l'importance de la commémoration d'aujourd'hui à l'aune de cet objectif, a-t-il ajouté. C'est la raison pour laquelle il est approprié, tout en saluant l'engagement des États réunis autour de cette célébration, d'évaluer les efforts qui ont été déployés pour réaliser les objectifs de la Déclaration. Le Bahreïn, pour sa part, s'est fermement engagé pour les droits de l'homme, tant en paroles que dans les actes. Le Royaume a présenté, dans le cadre de l'Examen périodique universel, un rapport sur la situation des droits de l'homme élaboré selon un processus transparent. Il existe une réelle volonté d'améliorer la situation dans le pays, a insisté le Ministre. Il a rappelé que son pays a adhéré à de nombreuses conventions internationales.

Un Conseil suprême des femmes a aussi été créé, présidé par l'épouse du chef de l'État, qui couronne le travail engagé pour le renforcement des droits des femmes, y compris du point de vue de leur participation dans la vie économique et politique du pays. Si la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle est l'occasion d'évoquer les succès remportés, elle fournit aussi l'occasion de rappeler que la tragédie du peuple palestinien a commencé l'année même où la Déclaration universelle était adoptée. Or, aujourd'hui encore, les Palestiniens ne jouissent toujours pas de leur droit à vivre en paix et un effort particulier reste à consentir pour leur assurer la jouissance de leur droit à l'autodétermination.

MME SALAMATA SAWADOGO, Ministre de la promotion des droits de l'homme du Burkina Faso, a rendu hommage à l'œuvre des auteurs de la Déclaration universelle, relevant la pertinence et l'actualité intactes de ce document. De nombreux instruments de promotion et de protection des droits de l'homme ont été adoptés en s'inspirant directement de cette Déclaration; pour autant, la faim, la pauvreté et la discrimination continuent de sévir de par le monde, a-t-elle fait observer. Il faut rappeler à la conscience des individus et aux acteurs concernés qu'un long chemin reste à parcourir, a-t-elle souligné. Le temps est sans doute venu d'imaginer de nouvelles manières de mettre en œuvre la Déclaration universelle des droits de l'homme, proclamée il y a soixante ans déjà, a-t-elle déclaré.

Il tient à cœur au Burkina Faso d'informer ses citoyens de leurs droits de l'homme, a poursuivi la Ministre. Aussi, le pays a-t-il lancé à cette fin une campagne d'information et organisé un forum et une conférence sur les droits de l'homme, qui seront couronnés par une cérémonie officielle de commémoration le 22 décembre prochain, a-t-elle indiqué. Les institutions qui se seront distinguées dans la promotion des droits de l'homme seront honorées dans ce contexte, a-t-elle précisé. Enfin, le Burkina Faso lance un appel en faveur d'une solidarité internationale accrue ainsi qu'en faveur d'une professionnalisation des efforts dans le domaine de l'assistance aux droits de l'homme.

M. ABDELWAHEB ABDULLAH, Ministre des affaires étrangères de la Tunisie, a déclaré que la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle par le Conseil des droits de l'homme témoigne de la volonté de la communauté internationale de renforcer la mise en œuvre de cet instrument. L'interdépendance entre les différents droits de l'homme est au cœur des préoccupations de la Tunisie et constitue l'essence même de l'approche tunisienne en matière des droits de l'homme, a souligné le Ministre. Il a rappelé que son pays a ratifié la plupart des instruments des Nations unies et coopère activement avec tous les organes onusiens de droits de l'homme.

La Tunisie s'efforce de renforcer les droits de l'homme sur base d'un plan adapté à sa civilisation, a poursuivi le Ministre des affaires étrangères. Il a souligné que la justice a été réformée et que la société est devenue plus participative grâce à l'émergence de la société civile. De grands progrès ont été faits en matière de liberté d'expression et de liberté d'association, a-t-il ajouté. En partant du principe qu'il n'y a pas de liberté sans développement et vice-versa, une politique de développement équilibrée a été mise en place qui a permis de faire reculer la pauvreté et de progresser en matière de soins médicaux. La base de la classe moyenne s'est largement élargie, a fait valoir le Ministre. Le pays tente de renforcer ces acquis et de s'appuyer sur eux dans sa lutte contre la haine et la discrimination, a-t-il ajouté. Les dangers du monde actuel nécessitent un grand effort commun afin de faire coexister pacifiquement les différentes cultures et religions.

M. MOURAD MEDELCI, Ministre des affaires étrangères de l'Algérie, a rappelé qu'en adoptant la Déclaration universelle des droits de l'homme, la communauté internationale avait inscrit sa démarche dans une dynamique d'éveil des consciences au sortir d'un conflit mondial qui n'avait épargné aucun peuple. La Déclaration universelle a conforté la détermination du peuple algérien et des autres peuples sous domination à lutter pour le recouvrement de leur liberté, a-t-il également rappelé. La problématique des droits de l'homme a cependant été placée au centre d'enjeux stratégiques qui dépassent, et transgressent parfois, le cadre de motivations éthiques et morales, a poursuivi le Ministre. Une telle démarche ne cadre guère avec les objectifs que les États se sont souverainement assignés, a-t-il déclaré. Il en résulte, au niveau international, une tentative d'instrumentaliser la question des droits de l'homme pour les mettre au service de la poursuite de visées politiques. La nouvelle architecture du Conseil des droits de l'homme a été conçue pour remédier à une telle approche sélective et pour retrouver la hauteur de vue qui fut celle des initiateurs de la Déclaration universelle, a affirmé M. Medelci.

M. Medelci a d'autre part réaffirmé la validité du principe, proclamé par la Déclaration universelle et ensuite à l'issue de la Conférence mondiale de Vienne, d'un traitement égal, équitable et équilibré des droits de l'homme par la communauté internationale. À cet égard, a-t-il souligné, tous les pays ont le même devoir, quel que soit leur système économique, social ou culturel, de promouvoir et de protéger tous ces droits ainsi que les libertés fondamentales. Mais cela ne signifie pas que l'on doive perdre de vue l'importance des particularismes nationaux ou régionaux, pas plus que la diversité historique, culturelle et religieuse de chaque pays. Car le refus de la spécificité a un nom, a-t-il précisé: c'est le dogmatisme - antinomique par essence avec les valeurs porteuses des droits de l'homme, qui transcendent toutes les idéologies. Dans le contexte d'un racisme qui reste un fléau prenant sans cesse de nouvelles formes, les pays du Sud accordent une importance particulière à la Conférence d'examen de Durban de 2009, qui devrait être à l'abri des menaces de boycott, a ajouté le Ministre algérien. Cette Conférence d'examen devrait fournir l'occasion d'un dialogue constructif et serein et il ne faudra pas craindre d'élaborer des normes complémentaires à celles déjà existantes, a-t-il déclaré. M. Medelci a en outre rappelé que la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle est également un moment de vérité qui nous oblige à relever que certains peuples ne jouissent toujours pas du droit de disposer d'eux-mêmes. Ainsi, la Déclaration universelle sera-t-elle remise en cause dans son essence aussi longtemps que les peuples du monde, à l'instar du peuple sahraoui frère, n'auront pas la possibilité d'exprimer leurs aspirations légitimes, a déclaré le Ministre. De même, les violations des droits de l'homme endurées par le peuple palestinien soulignent l'urgence d'une décision de l'ONU de faire bénéficier la population palestinienne d'une protection internationale.

M. ANGEL LOSADA TORRES-QUEVEDO, Secrétaire d'État aux affaires étrangères de l'Espagne, a déclaré que l'événement qui rassemble aujourd'hui les États membres du Conseil est un légitime motif de fierté. Depuis soixante ans, des efforts persistants sont déployés afin de mettre en œuvre la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui reste le premier accord véritablement mondial. Les Nations Unies restent le seul organisme capable d'insuffler une universalité véritable à une œuvre telle que les droits de l'homme, a déclaré le Secrétaire d'État. L'Espagne doit beaucoup à la Déclaration universelle, qui a grandement influencé la Constitution espagnole; cette dernière y fait explicitement référence. La Déclaration universelle a également exercé une influence certaine sur l'évolution des institutions espagnoles, notamment pour ce qui est de la justice.

La protection des droits de l'homme et le développement doivent, selon la conception de l'Espagne, aller de pair, a poursuivi M. Torres-Quevedo. Il reste à la communauté internationale à entamer une grande réflexion sur ce qui a échoué, dans le domaine des droits de l'homme, et sur les raisons de ces échecs. La pauvreté doit diminuer, la peine de mort disparaître, l'accès à l'eau potable se généraliser, a notamment souligné le Secrétaire d'État. Saluant par ailleurs le rôle joué par les rapporteurs spéciaux et autres experts des droits de l'homme, M. Torres-Quevedo a préconisé que leurs pouvoirs soient étendus. Partageons nos efforts pour faire du XXIème siècle le siècle des droits de l'homme, a-t-il conclu, ajoutant que si nous échouons, c'est une barbarie nouvelle qui nous attend.

M. GUNTER NOOKE, Commissaire aux droits de l'homme et à l'aide humanitaire du Gouvernement fédéral de l'Allemagne, a déclaré qu'en dépit de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, ces droits restent bafoués à grande échelle dans le monde entier. L'an dernier, a-t-il rappelé, le Conseil des droits de l'homme applaudissait l'Archevêque Desmond Tutu quand il prenait la parole devant cette instance. Or, il y a quelques jours, M. Tutu appelait à la démission du Président Mugabe au Zimbabwe, par la force au besoin. Les paroles de M. Tutu reflètent la vraie gravité de la crise dans ce pays, a estimé M. Nooke.

Le Commissaire aux droits de l'homme et à l'aide humanitaire a ajouté que si les cultures et les religions varient, les droits de l'homme doivent, eux, rester véritablement universels, sous peine de cesser d'exister. L'article 2 de la Déclaration stipule très clairement le droit de toute personne de jouir des droits et libertés contenus dans ce texte, indépendamment de toute considération. Cet article nous dit que les droits de l'homme ne s'appliquent pas à des collectivités, mais bien à des individus, a souligné M. Nooke. Il faut donc regretter que les débats de ces dernières années aient porté davantage sur la diffamation des religions que sur le droit à la liberté de croyance et de religion. Cette même attitude est à déplorer dans le cadre de la lutte contre le terrorisme: le droit à la sécurité de la société ne saurait prévaloir sur les droits individuels à la liberté et à la justice, a souligné M. Nooke.

M. AKMAL SAIDOV, Président du Centre national des droits de l'homme d'Ouzbékistan, a souligné que la Déclaration universelle des droits de l'homme est le premier instrument international auquel l'Ouzbékistan ait souscrit après avoir acquis son indépendance. Il a fait part du ferme souhait de son pays de se fonder sur les principes énoncés dans la Déclaration universelle pour bâtir la société ouzbèke, en gardant à l'esprit le principe de l'indivisibilité de tous les droits - économiques, sociaux, culturels, civils et politiques.

L'Ouzbékistan est partie à de très nombreux instruments de droits de l'homme, en vertu desquels il présente régulièrement des rapports, a poursuivi M. Saidov. Le pays formule des plans d'actions conformément aux recommandations qu'il reçoit de la part de divers organes de droits de l'homme, a-t-il ajouté. Il a rappelé que l'Ouzbékistan possède notamment un ombudsman et de très nombreuses organisations non gouvernementales. La peine de mort a été abolie dans le pays et c'est aujourd'hui un tribunal qui décrète la détention préventive, a également fait valoir M. Saidov. Le vœu des Ouzbeks est de créer une culture démocratique soucieuse des droits de l'homme, a-t-il insisté.

M. THEODOROS KASSIMIS, Ministre adjoint des affaires étrangères de la Grèce, a rappelé que son pays, berceau de la démocratie, a toujours été un fervent défenseur de l'Organisation des Nations Unies, gardienne de l'ordre juridique international et principal acteur de la défense des droits de l'homme. C'est pourquoi la Grèce a signé et ratifié tous les traités et conventions relatifs aux droits de l'homme, ainsi que la plupart des Protocoles facultatifs y relatifs. Au-delà de son engagement au plan national, la Grèce a participé au renforcement des droits de l'homme, à la démocratisation et à l'instauration de l'État de droit. La Grèce croit fermement que le respect des droits de l'homme, la promotion de la démocratie et la primauté du droit sont intimement liés à la justice, à la paix, à la sécurité et au développement socioéconomique. La Grèce est ainsi engagée contre le racisme et la xénophobie et en faveur du respect des principes humanitaires des politiques migratoires et d'asile; elle est également engagée en faveur de la protection des droits des enfants, des femmes et des personnes handicapées.

Soixante ans après l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, les États et les groupes régionaux s'efforcent encore d'améliorer la protection et la promotion des droits de l'homme, notamment par le biais du Conseil des droits de l'homme, a relevé M. Kassimis. Ce dernier organe permet la tenue d'un dialogue permanent et mérite à ce titre d'être renforcé, a-t-il déclaré. Certes, des critiques, peut-être justifiées, sont émises quant au fonctionnement du Conseil, notamment sous l'angle de la politisation. Néanmoins, le Conseil est un forum unique où chacun peut se faire entendre et confronter ses opinions et aspirations. C'est pourquoi la Grèce a posé sa candidature pour être membre du Conseil des droits de l'homme pour la période 2012-2015, a conclu M. Kassimis.

MME ADRIANA MEJIA HERNANDEZ, Ministre adjointe des affaires étrangères de la Colombie, a expliqué que la Colombie a été grandement influencée par la Déclaration des droits de l'homme proclamée lors de la Révolution française et que ce legs fait partie intégrante de l'histoire et des institutions du pays. Elle a en outre rappelé que la Colombie avait eu l'honneur de faire partie des membres fondateurs des Nations Unies. Saluant les grands progrès réalisés par le Conseil des droits de l'homme, elle a souligné que la Colombie s'est soumise à l'Examen périodique universel, précisément le 10 décembre dernier. Il s'agit d'un exercice qui permet d'insuffler une volonté commune à l'ensemble de la société pour faire progresser les droits de l'homme, a fait observer Mme Mejia Hernandez.

La Ministre adjointe a par ailleurs insisté sur l'importance de l'éducation aux droits de l'homme. Elle a rappelé qu'une conférence régionale portant sur les médias, l'éducation et la culture des droits de l'homme s'est tenue à Carthagène, dans le cadre des célébrations du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle. Cette conférence s'est avérée propice à un échange utile de bonnes pratiques. La situation des générations futures, du point de vue des droits de l'homme, dépendra du travail en faveur de ces droits que la génération présente parviendra à accomplir, a conclu la Ministre adjointe.

M. RAJIVA WIJESINHA, Secrétaire au Ministère des droits de l'homme et de la gestion des catastrophes de Sri Lanka, a insisté sur la nécessité de protéger tous les droits et non pas seulement ceux qui jouissent d'une popularité circonstancielle. Depuis de nombreuses années, Sri Lanka offre une éducation et des soins gratuits à ses citoyens et ce, jusque dans certaines régions temporairement sous contrôle de terroristes. Dans ce contexte, M. Wijesinha s'est félicité de la déclaration faite aujourd'hui au nom du Mouvement des non-alignés, mettant l'accent sur certaines lacunes de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en particulier dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels, trop souvent ignorés. Il faut songer aux besoins des personnes pauvres et défavorisées, y compris dans les pays qui se targuent de respecter les droits de l'homme.

En dépit des difficultés rencontrées du fait du terrorisme qui afflige le pays, Sri Lanka est également attachée au respect des droits civils et politiques, a poursuivi M. Wijesinha. Il a souligné que Sri Lanka est confrontée à la nécessité de rétablir la démocratie pluraliste dans les régions de son pays qui en ont été privées depuis de trop longues années. M. Wijesinha s'est félicité de l'aide que le Haut Commissariat aux droits de l'homme va accorder à son pays sous la forme d'un programme de formation à l'intention de ses forces de police.

MME IRENE KHAN (Amnesty International) a souligné que durant les soixante années écoulées depuis l'adoption de la Déclaration universelle, de nombreux succès ont été remportés dans le domaine des droits de l'homme. Il existe désormais toute une gamme de normes et une société civile engagée pour la défense des droits de l'homme. Pour autant, il n'y a pas lieu de s'endormir sur nos lauriers, a poursuivi la représentante d'Amnesty International. Dans d'autres domaines, les avancées sont bien moins évidentes. Le monde contemporain est marqué par l'injustice, les inégalités et l'impunité. Les violations les plus flagrantes sont l'œuvre des mêmes États qui sont censés les combattre. L'attaque de Mumbai a rappelé la vulnérabilité de tous face au terrorisme. Si Amnesty international condamne fermement tout acte terroriste, l'organisation s'oppose aussi à l'instrumentalisation du terrorisme pour limiter les droits et libertés, car une telle instrumentalisation équivaudrait à une victoire pour les terroristes. Beaucoup de violations des droits de l'homme n'attirent pas l'attention des médias, a poursuivi la représentante, citant notamment la discrimination rampante et cachée. Le viol est utilisé comme arme de guerre dans de nombreux conflits, a-t-elle ajouté. La violation la plus fragrante reste la pauvreté et le fossé entre pauvres et riches risque de se creuser en raison de crise économique actuelle, a-t-elle déclaré. Les droits ne distinguent pas entre riches et pauvres et il n'existe pas de hiérarchie dans les droits de l'homme, qui sont universels et indivisibles.

MME SOUHAYR BELHASSEN (Fédération internationale des ligues des droits de l'homme - FIDH) a attiré l'attention sur les nombreux cas de disparitions de défenseurs des droits de l'homme et d'opposants politiques dans le monde. Une journaliste et défenseur des droits de l'homme qui vient d'être libérée, grâce à la pression de la communauté internationale, après trois ans de prison et de sévices a été plus chanceuse que deux de ses collègues, arrêtés quelques semaines après sa libération et condamnés à dix années de prison, a-t-elle indiqué. L'intervention de la communauté internationale peut sauver des vies, a-t-elle ainsi tenu à souligner. Toutes les victimes se tournent vers la communauté internationale pour obtenir une protection quand elles sont menacées dans leur pays. L'espoir de la FIDH, en ce soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, est que le Conseil des droits de l'homme mette pleinement en œuvre son mandat et réponde à l'appel des victimes de violations des droits de l'homme.

MME BIAN JIAN-XIN, médaillée d'or en levée de poids féminin aux Jeux paralympiques de Beijing 2008, a souligné que chacun a droit à l'égalité et à la dignité. Les personnes qui souffrent d'un handicap devraient participer au même titre que les autres à tous les aspects de la vie, a-t-elle insisté, précisant que tel est son cas, à elle qui, athlète, a pu travailler, se marier et avoir un enfant au même titre qu'une personne valide. Pour les Chinois souffrant d'un handicap, l'organisation des Jeux paralympiques a amené une amélioration des conditions de vie et a surtout apporté un espoir de pouvoir jouir de la même considération que les personnes valides.

M. WILLITON LITTLECHILD, représentant de la nation Cree d'Ermineskin, a cité un proverbe cree qui indique que pour déterminer son avenir, il faut connaître son passé et savoir où l'on se trouve aujourd'hui. Le passé: il y a soixante ans, les Nations Unies adoptaient le document le plus important concernant les droits de l'homme, la Déclaration universelle des droits de l'homme. Mais en 1948, les peuples autochtones n'étaient pas prévus par cette Déclaration et n'avaient pas les mêmes droits que les autres peuples. Aujourd'hui, on doit se féliciter des progrès enregistrés depuis une trentaine d'années pour améliorer la qualité de vie des peuples autochtones. Les Nations Unies ont ainsi pris des mesures, par l'intermédiaire de leurs institutions spécialisées, et commandité des études approfondies dans des domaines importants. L'un des grands succès a été la mise sur pied de l'instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones. Le travail collectif ainsi réalisé a abouti à l'adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui clarifie l'application de la Déclaration universelle des droits de l'homme au bénéfice de ces peuples. Demain, d'autres problèmes devront être résolus, a souligné le représentant: en particulier celui de la non-reconnaissance par le Canada, les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande des droits consignés dans la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Aussi, M. Littlechild a-t-il appelé le Conseil à encourager ces quatre États à remplir leurs obligations.


Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

HRC08114F