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Conseil de sécurité : le séisme s'ajoute à d'autres urgences tragiques en Afghanistan, selon l'ONU

Alors qu’un tremblement de terre meurtrier a frappé mercredi la province afghane de Paktika aux premières heures du jour, l’ONU a rappelé, ce jeudi au Conseil de sécurité, les défis politiques et économiques qui s’amoncellent pour la population afghane. Le taux de pauvreté explose et les femmes sont de plus en plus exclues de la vie en société.

« La journée d'hier a été un nouveau rappel tragique de la myriade de dangers auxquels le peuple afghan est confronté en ce moment », a déploré Ramiz Alakbarov.

Au lendemain de la secousse, les acteurs humanitaires ont mobilisé une réponse immédiate aux côtés de leurs homologues des autorités de facto, a expliqué le Coordonnateur humanitaire de l'ONU et chef adjoint de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) au Conseil de sécurité de l’ONU.

M. Alakbarov a toutefois concentré son exposé sur les « autres urgences » auxquelles la population afghane est confrontée. Notamment « la situation des droits de l'homme, la crise économique, l'urgence humanitaire actuelle et enfin, la nécessité d'un engagement continu avec les autorités de facto ». 

Les femmes « collectivement exclues de la société »

Le Coordonnateur résident a notamment décrit une situation des droits de l'homme précaire malgré une mesure d’amnistie générale et les promesses répétées des autorités de facto de la respecter : « la MANUA continue de recevoir des allégations crédibles de meurtres, de mauvais traitements et d'autres violations visant des personnes associées à l'ancien gouvernement afghan, ainsi que des allégations crédibles de violations commises par les autorités de facto contre des personnes accusées d'être affiliées à l’État islamique d’Iraq et du Levant-Khorassan (EIIL-K) », a-t-il expliqué.

M. Alakbarov a exhorté les autorités de facto à faire davantage pour prévenir ces violations et à traduire leurs auteurs en justice.

M. Alakbarov a aussi reproché aux nouveaux dirigeants du pays de restreindre de plus en plus l'exercice des droits humains fondamentaux, en particulier les droits et libertés des femmes et des filles afghanes, en limitant leur participation à la vie sociale, politique et économique.

« Il s'agit notamment de l'interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles et de la décision d'imposer le port du voile aux femmes », a-t-il dénoncé, en pointant le coût immense de ces politiques sur l'économie afghane. « Les femmes sont collectivement exclues de la société d'une manière sans équivalent dans le monde », a-t-il déclaré, tout en assurant au Conseil que la MANUA resterait « une voix claire et visible pour sauvegarder les droits du peuple afghan, en particulier ceux des femmes et des filles ». 

En écho à ces propos, la journaliste australienne d’origine afghane Yalda Hakim a profité de la tribune offerte par le Conseil pour mettre l’accent sur les privations de libertés dont sont victimes les femmes afghanes, et en premier lieu, sur l’interdiction faite « depuis 279 jours » à des millions de filles afghanes d’aller à l’école. « L’éducation n’est pas un privilège, c’est un droit humain fondamental, qui continue pourtant d’être refusé aux filles afghanes », a-t-elle rappelé.

Le taux de pauvreté pourrait atteindre 97% à la fin de l'année 2022

Le taux de pauvreté pourrait atteindre 97% à la fin de l'année 2022. L’économie afghane s’est contractée de 30 à 40% depuis le mois d'août 2021 et le chômage pourrait atteindre 40% cette année, contre 13% en 2021. 82% des ménages sont aujourd'hui endettés.

« Si l'économie n'est pas en mesure de se redresser et de croître de manière significative et durable, le peuple afghan sera confronté à des crises humanitaires répétées, ce qui pourrait provoquer des migrations massives et créer des conditions propices à la radicalisation et à un nouveau conflit armé », a mis en garde M. Alakbarov.

Martin Griffiths, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, a appelé à s’attaquer à la paralysie économique et bancaire qui continue de bloquer la vie des femmes, des hommes et des enfants.

Le Chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a regretté que le système bancaire bloque les transferts d’argent vers le pays par souci de réduction des risques : près de la moitié des organisations ayant répondu à une enquête de suivi de l'OCHA ont ainsi signalé des difficultés à transférer des fonds vers l'Afghanistan, contre 87% en octobre de l'année dernière. 

Davantage d’ « ingérence » des autorités de facto dans l’aide humanitaire

Autre problème selon M. Griffiths : les autorités nationales et locales cherchent de plus en plus à « jouer un rôle » dans la sélection des bénéficiaires l’acheminement de l'aide, mettant en avant des « listes prioritaires ». Les autorités de facto demandent davantage de données et d'informations concernant les budgets, les contrats de travail, et « les ONG sont confrontées à des difficultés persistantes lorsqu'elles essaient d'embaucher des femmes dans certaines fonctions ».

Il a constaté davantage d'ingérences aujourd'hui qu'au cours des mois précédents, ajoutant que la plupart des difficultés étaient toutefois résolues grâce à un dialogue avec les autorités de facto compétentes. « Cependant, pour chaque problème résolu, un autre problème similaire apparaît, parfois au même endroit avec les mêmes services », a-t-il regretté, parlant de « frustration des organisations humanitaires, des communautés et des autorités locales ».

L'Afghanistan reste très vulnérable aux changements climatiques et aux chocs géopolitiques à venir, a enchéri M. Alakbarov, qui a appelé en priorité à relancer l'économie agricole et à trouver une culture de substitution pour remplacer celle du pavot.